Le Couvent des Dominicains de Sens [microform]
FONDATION DE L ORDRE DES FRERES PRECHEURS. — LE COU- VENT DE SENS ÉTABLI AVANT 1227, PAROISSE SAINT-DIDIER, EN DEHORS DE l'eNCEINTE DE LA VILLE. — QUELQUES RELIGIEUX CONNUS DES XIIF ET XIVC SIÈCLES. — DÉRIVATION DU RUIS- SEAU DU MONDEREAU (1347) — DESTRUCTION DU COUVENT AU MILIEU DU XlVe SIÈCLE. — GÉNÉROSITÉ DE PIERRE PAYEN, MAITRE EN LA CHAMBRE DES COMPTES, QUI DONNE ASILE AUX DOMINICAINS DANS SA MAISON DE LA RUE DU GRAND VERGER (1359). — CONSTRUCTION D'UN NOUVEAU COUVENT DANS LA VILLE.
DANS rancieiine rue Mauconseil, aujourd'hui rue Charles-Leclerc, il existe au w'^ 8, un grand bâtiment servant maintenant de cliantier de taille I de pierres. Elevé à l'intérieur d'environ 9 mètres, sous un plafond latte à pans coupés et éclairé au couchant par six belles fenêtres à meneaux du style ogival de la fm du xv^ siècle, cet édifice servit d'abord de réfectoire, puis, à partir du xvnp siècle, de chapelle à un couvent de Dominicains, établi au-
f^jifiJ
trefois à Sens. Mon aiteiilion avait déjà été attirée depuis longtemps par ces curieux vestiges, mais l'été dernier, au cours d'une nouvelle exploration, je reconnus qu'il était possible de reconstituer dans son ensemble la disposition des divers bâtiments composant l'ancienne maison religieuse.
Toutefois, avant d'exposer le résultat de mes recherches au point de vue topographique et archéologique, il m'a semblé intéressant de connaître un peu l'histoire de ce couvent qui a partagé si souvent les vicissitudes de la cité hospitalière et abrité des religieux remarquables, dont les noms semblent inscrits en leur brillant éclat sur ces murs aujourd'hui délabrés.
C'est en 1216, le 22 décembre, que le pape Honorius III, approuva solennellement l'ordre des Frères Prêcheurs (1), fondé à Toulouse par saint Dominique afin de détruire l'hérésie des Albigeois. Moins d'un an après, le 12 septembre 1217, les premiers apôtres de saint Dominique arrivaient à Paris et, grâce aux pieuses libéralités de Jehan de Barastre, chapelain du roi, doyen de Saint-Quentin, recevaient asile dans l'hospice et la chapelle de Saint- Jacques récemment édifiés pour héberger les pauvres pèlerins. Presque en même temps d'autres frères prêcheurs se fixaient à Lyon. En 1219, saint
(1) Les détails concernant la fondation de l'Ordre des Frères Prêcheurs sont extraits de Vllist. des Dominicains de la province de France due aux savants travaux du R P, Chapotin, qui a bien voulu, avec une obligeance extrême, nous communiquer les précieux documents recueillis par lui à Rome dans les archives de l'Ordre. Nous sommes heureux de lui en témoigner, au début de cette notice, toute notre reconnaissance,
Dominique vint lui-même à Paris encourager sa nouvelle colonie qui comptait déjà trente religeux, et confier à plusieurs d'entre eux la mission de répandre sur tous les points de la France l'œuvre de l'Apostolat. Cette dispersion des religieux de Paris fit naître les couvents de Reims, de Metz, de Poitiers, d'Orléans et de Limoges. L'Ordre grandit et la mort de saint Dominique, arrivée le 5 août 1221, n'arrête pas son essor ; de nouvelles maisons sont fondées en 1224 à Besançon, à Angers, à Lille, puis la colonie de Sens se forme vers 1225 ou 1226, peu après s'élèvent encore les couvents de Clermont- Ferrand, de la Rochelle, de Saint-Quentin etc., celui d'Auxerre (1) ne fut créé qu'en 1241 par Amicie de Monttort, comtesse de Joigny.
Le couvent de Sens paraît donc avoir été le 11« de la province de France, dans l'ordre de fondation des maisons de saint Dominique, et ce rang donnait à son prieur la préséance sur les représentants de tous les autres monastères établis postérieurement.
Cependant la plupart des anciens chroniqueurs et historiens tels que Geoffroy de Courlon, Pierre Bureteau, Jacques Taveau, Hugues Mathoud, Pierre Cartault, Jacques Rousseau, Louis-Anastase Guichard, etc., ont avancé, en se copiant les uns les autres, que les Dominicains n'étaient venus s'établir à Sens qu'en 1231 ou 1242.
La date de 1240 figure même dans la grande in-
(1) p. CiiAPOTiN, Les /)oiii!ii!Coiii,s rfMii.rcriT, Paris, 1892, p. 1 el ;niiv.
scription commémorative qui avait été placée, audessus de la porte de la cuisine, dans le cloître du couvent, par les soins d'un prieur, Jean-Baptiste du Boys, mort en 1661. Nous allons voir que toutes ces assertions sont erronées, car, s'il ne nous a pas été possible de retrouver la date précise de la fondation du couvent, du moins certains actes indiquent qu'il existait avant l'époque fixée par les historiens sénonais.
Le rang occupé par le prieur de Sens, dans les chapitres provinciaux (1) où il précédait les prieurs de Clermont et de la Rochelle, dont les maisons furent certainement fondées avant 1228, est une première preuve de l'antiquité de la colonie sénonaise, puis une transaction de septembre 1227 (2) nous apprend que les Frères Prêcheurs de Sens consentirent à payer au curé de Saint-Didier une rente de 30 s. à titre d'indemnité pour les dons gratuits qui pouvaient leur être faits. En 1229, Eudes Paris amortit cette rente en cédant une maison au curé de Saint-Didier.
Il faut dire qu'à cette époque le couvent des Jacobins était établi sur la paroisse Saint-Didier, en dehors de l'enceinte de la ville, entre les portes Saint-Didier et Saint-Antoine, sur un emplacement appelé l'ancien marché, il tenait du midi aux
(1) Chapitres provinciaux, Eciiaiu), Scriptores. Nolilia provinciaruiii et domorum, p. vi.
(2) Cette pièce et la suivante sont rapportées dans le préambule hist. se trouvant en tête du journal des rentes du couvent en 1709. Arcliives de l'Yonne, li 581,
fossés (1) de la ville et du nord à un chemin allant au feiibourg Saint-Antoine qui fut dénommé rue des Frères-Prêcheurs.
Il formait un clos d'environ cinq arpents qui resta, après le transfert de la maison dans l'intérieur delà ville, la propriété des religieux jusqu'à la Révolution (2). Ce clos occupait à peu près l'emplacement actuel du théâtre, de la rue de Paris, de la Sous- Préfecture, d'une partie du Tapis-Vert et de l'Esplanade. Une église y avait été élevée sous le patronage de saint Jacques si cher à la grande famille dominicaine, et peut-être aussi en souvenir du saint Apôtre qui abritait la colonie parisienne. Ce vocable est constaté dès 1233 dans le rouleau de Guillaume des Barres, sur lequel la communauté de Sens s'est inscrite sous le titre suivant : « Titiiliis Sancti Jacobi Fratnim predicatonim Senonensiiim (3). » Deux pièces conservées dans les archives de l'Yonne mentionnent également en 1247 et 1248 la même église Saint- Jacques (4).
En janvier 1240 les chanoines de l'autel Saint- Pierre et autres propriétaires d'un moulin, situé
(1) La propriété du ooiivent comprenait même le fossé devant l'enclos. Sentences de la prévoté de Sens des 25 juillet 1081), 28 avril 1G91 et 27 décembre 1713 rapportées dans H 081. Archives de l'Yonne,
(2) Le clos des Jacobins, dit closde l'Esplanade, futadjugé Ie30décembrc 1700 à un sieur Iloger pour 4200 livres.
(3) L. Delisle. Rouleaux des morts du IX' au XV' siècle, Paris, 186G, p. 111.
(4) Archives de l'Yonne, G 13(51 et H 414. Il paraît donc assez difficile d'accepter comme vraisemblable la version de certains historiens de Sens, notamment du P. Guichard, d'après laquelle les Dominicains commencèrent à bâtir en 1242 et firent consacrer leur église vers l'an 1252 par rarchcvêque Gilon, assisté d'Odon. légat du Pape. — IMbl. de Sens. Ms. n»71, p. Itt3.
hors du cloitre, près de la porte /en Gilon, appelée plus tard Saint-Antoine, sur une dérivation du Mondereau passant dans les fossés de la ville, cédèrent aux Frères de l'Ordre de Saint-Jacques un filet d'eau qui devait être amené par un conduit souterrain dans leur monastère (1). De son côté et en échange de cette concession, le prieur des Jacobins promit aux propriétaires du moulin de leur rendre un égal volume d'eau provenant de la Vanne (2). Ce prieur se nommait Pierre de Saint- Julien et eut pendant longtemps la direction du couvent des Dominicains de Sens. Nous remarquons dès 1207 un Pierre de Saint-Julien, clerc, qui est déclaré adjudicataire d'une maison située devant l'église Saint-Etienne (3). Le prieur des Jacobins fut exécuteur, avec l'archevêque Gilon I"'' Cornut, du testament de Gauthier Cornut mort le 20 avril 1241, et en cette qualité, prit toutes les mesures nécessaires pour l'institution et la dotation de dix vicaires (4) dans l'éghse de Sens.
Pierre de Saint-Julien fut aussi, en 1252, l'exécuteur testamentaire d'Amicie de Montfort, comtesse de Joigny et fondatrice du couvent d'Auxerre.
Parmi les religieux de la maison de Sens, dont les noms sont parvenus jusqu'à nous, une mention spéciale doit être accordée à Geoffroy de Blévex ou
(1) Arch. de l'Yonne, G 1494, la pièce a été publiée par M. Quantin, Ccirtulairc de l'Yonne, xur siècle, n" 4(j2.
(2) Arch. (le l'Yonne, H 78, le te.xtc de celte promesse est donné par M. JuLLioT dans le Bullelin de la Soc. arch. de Sem, XI j). 198.
(3) Arch. de FYonne, G 13()0,
(4) Archives (le l'Yonne, G 121.
de Blével, qui, d'après le P. Echard, était originaire de Sens et s'illustra par sa piété et son érudition. Il lut recteur des écoles Saint- Jacques de Paris à partir de 1236 et l'un des juges chargés d'examiner et de condamner les livres du ïalmud. Il mourut à Lyon en août 1250 (1).
Un autre religieux, appelé frère Thomas de Sens, eut aussi au xm^ siècle son heure de célébrité et vint à Paris prêcher à Saint-Leufroi (2). Le Chapitre provincial de France se réunit dans le couvent de Sens en 1266 (3).
Enfin, indiquons encore Herbert de Sens qui fut désigné, en 1335, parle Chapitre général de Londres, et, en 1336, par celui de Bruges pour interpréter à Paris le Livre des sentences (4).
Nous avons vu que les Frères Prêcheurs avaient établi dans leur couvent, en 1240, une conduite d'eau du Mondereau, cette concession ne leur donnait pas, paraît-il, entière satisfaction, car en 1347 ils supplièrent le roi de leur accorder tout le cours du ruisseau appelé (( Merderel, courant entre les murs de la cité et le couvent. » Après information établissant que la demande des religieux ne pouvait porter préjudice à personne, sauf peut-être à quelques petits (c menagiers )) qui habitaient devant le cou-
ci) Echard ET Quétif, Scripiores. 1, 127-130.
(2) Echard et Quétif, Scriptores, I, 269.
(3) Ce Chapitre provincial est mentionné dans une chronique nuuiuscrite du xvn" siècle publiée par Ch. Cosnard dans l'Histoire du couvent des Frères Prêcheurs du Mans, 1879, p. 6.
(4) Archives Nat. L L 1528 b et Acta capilulorum generalinni Ordinis prœdicalorum, edit. Reichert, Rome, 1899, II, 235 et 242,
vent et se trouveraient ainsi un peu plus éloignés du ruisseau, que « tout considéré, plus grant dommage etinconvéniens seroit se l'ostel dudit couvent ou il a continuelment granl nombre de notables personnes es toit corrompu d Philippe de Valois fit don aux Frères Prêcheurs par lettres données à Amiens en septembre 1347 (1) de tout le ruisseau du Mondereau et leur permit de le détourner pour le faire passer dans leur monastère à la seule condition qu'il reprendrait son cours régulier, à la sortie et au-dessous de leur maison.
Mais de graves événements allaient bouleverser de fond en comble les conditions normales de l'existence ; après la funeste journée de Poitiers, l'invasion anglaise s'étendit, les Navarrais et les Jacques semèrent la terreur dans toute la France, Les habitants de Sens durent, pour se mettre en sûreté, faire creuser et élargir à leurs frais les fossés de leur cité. L'exécution de ces travaux entraîna la démolition partielle des constructions que, pendant la longue période de calme et de prospérité du XlIIe siècle, l'on avait élevé imprudemment trop près des remparts : ainsi se trouvèrent atteints les couvents des Jacobins, des Franciscains, l'église Saint-Rémv et la Maison Dieu de la Poterne, fondée par Garnier des Prés, au début du XIII^ siècle. Ce qui resta de ces monuments fut saccagé et brûlé par les bandes ennemies auxquelles la ville
(1) Archives Nat. J. J. G8, fol. 432. En mars 1331 Philippe de Valois avait fait remise aux mêmes religieux d'un droit de cens sur une maison leur appartenant et située à Cliâteaulandon, J. J. GG, n° 627.
put seule échapper grâce aux réparations de son enceinte. Les Dominicains de Sens se trouvèrent sans abri et exposés aux fureurs des guerriers.
Touché d'une sainte pitié pour ces malheureux religieux, un riche chevalier nommé Pierre Payen, maître en la Chambre des Comptes de Paris, leur offrit asile dans une grande maison appelée « l'ostel des Segoignes », située rue du Grand-Verger, qu'il avait acquise de Philippe de Solerne et de Jehanne de Lamet, sa femme. Par acte passé devant Raoul Lavenant, notaire au Châtelet, le 22 février 1359 (1), il leur fit don de cette habitation tenant d'une part à feu Gilles Moreau, d'autre à François Dalement, avec les vergers situés devant la maison de l'Abbaye de Preuilly. Une bulle du pape Innocent VI du 5 avril 1360 autorisa le transfert du couvent, et, des lettres de Charles, régent, du mois de mai suivant (2), accordèrent la sanction royale à ce grand acte de générosité.
Pierre Payen était maître en la Chambre des Comptes de Paris où il avait été reçu le 13 juin 1357 à la place de Nicolas Braque ; confirmé dans ces fonctions par l'ordonnance du 28 novembre 1359, il les avait exercées jusqu'en cette même année 1360 (3). Jouissant d'une fortune considérable, le charitable chevalier en faisait un emploi profitable
(1) Menlioii de cet acte est faite dans le livre des rentes dues au couvent. Archives de TYonne, H 582.
(2) Ax-chives de l'Yonne, H 578, nous en donnons le texte à la fin de cette étude.
(3) CousTANT d'Yanville, Ariiiorial de la Chambre des Comptes, p. 4G0; Pierre Payen portait : d'azur à 3 besans d'or.
au bien public, plusieurs fois il prêta de l'argent au Régent dans les circonstances difficiles, c'est ainsi qu'il reconnaît, par quittances des 2 avril et 1^' juillet 1361, avoir reçu 180 francs, « lesquiez, dit-il, j'avoye prestez et bailliez comptans à mon dit seigneur pour en faire sa volenté (1). )) Il passait d'ailleurs à juste titre pour un dévoué partisan du Dauphin.
Plus sincèrement attaché à la cause royale que Jean Maillard qui, un mois avant la fameuse journée du 31 juillet 1358, était encore complice d'Etienne Marcel, Pierre Payen avait fait tous ses efforts pour ramener la ville de Paris à la soumission, s'exposant en personne, dans une foule d'occasions, aux plus grands périls et dépensant de son bien propre au profit de son souverain. C'est ce que constatent des lettres du Régent du 10 novembre 1358 (2) lui accordant, en reconnaissances de ses services, 200 livres parisis de rente perpétuelle assignée sur les amendes, confiscations, épaves , etc. de la vicomte de Paris, de la ville et du ressort du bailliage de Sens, ainsi que sur les revenus de la prévôté de Villeneuve-le-Roi.
Les Payen appartenaient à une très ancienne l^nmille de Normandie, dont une branche vint se fixer à Paris et donner plus tard son nom à une
(1) BiJ)l. Nat. pièces originales, Vol. 2217.
(2) Ces lettres, conservées aux Archives Nat., Rcg. 8G, n" 488, du Trésor des Chartes, ouf été publiées par M. Siméon Luce à la suite de son étude intitulée « Du rôle politique de Jean Maillard en 135S » dans la Bihl. de l'Ecole des Chartes, 4" Série, 111, 415 et suiv.
rue de cette ville, la me Payenne (1). Des mem])res de cette famille possédaient déjà des intérêts dans notre région au xnF siècle (2) : si nous en croyons D. Morin dans son Histoire du Gâtinais, deux frères Jehan Alpes Payen, chevalier, et Antoine Payen, écuyer, se partagèrent, en 1207, la terre de Villechasson (3). Quant à notre généreux chevalier, il était seigneur de Varennes, Bellefontaine, Flagy, Monceaux (4), terres voisines situées près de Montereau, et de Granchettes-lez-Sens en partie.
Non content d'avoir donné aux religieux Jacobins sa maison et son terrain, Pierre Payen voulut encore diriger lui-même les travaux de construction du nouveau couvent, il s'entendit à cet effet avec le prieur Guillaume de Joigny qui, suivant convention du 2 janvier 1360 (anc. st.) (5), lui céda tous les matériaux en bois et en pierres de l'ancien couvent. De ce dernier, il ne subsista bientôt plus que l'église Saint- Jacques, appelée à cette époque la chapelle Saint- Louis (6), et qui disparut à son tonr, peu de temps après, en 1374; les matériaux en provenant furent employés, ainsi que le relatait un ancien compte de
(1) Bibl. Nat., Dossiers ])leiis, 514. La rue Payenne est dans le Hl- Arr' de Paris et donne rue des Francs-Bourgeois.
(2) Le hameau de la Chapelle, commune de Champigny (Yonne), nommé dès le xiir Siècle la Chapelle feu Païen, semble conserver le souvenir d'un meml)re de cette famille.
a) DoM MomN, p. 593-r5!)5.
(4) Il est qualifié de seigneur de Flagy et de Monceaux en 1301. Ribl. Nat. pièces originales, Vol. 2.217,
(.■j) Mention dans le préam])ule hist. de Jean Larnois, prieur en 1710, Etat des J)iens et des rentes du couvent. Archives de l'Yonne, H .^81.
(0) Louis IX fut canonisé le 11 Août 1297.
la ville (1), aux fortifications et à la construction d'une tour sur le pont d'Yonne, pour la défense du pont et des moulins que l'on avait l'intention d'y bâtir (2).
Afin de donner à leur nouvelle résidence toute l'ampleur nécessaire, les dominicains réunirent à l'hôtel de Pierre Payen une maison voisine appartenant à Guillaume d'Orly, clerc notaire du roi, et à Perrenelle Dalement, sa femme. Cette maison, qui avait été autrefois possédée par François Dalement (3), frère de Perrenelle, leur fut vendue
(1) Compta de Jehan de Savigny, Cari, de Taueau, p. 132 et 177.
(2) Carlulaire Sénonais de Baltasav Taveau, publié par G. Julliot, p. 132.
(3) Cette maison devait être située au coin de la rue Mauconseil et de la rue des Jacobins. La famille Dalement était une des plus anciennes familles de la bourgeoisie de Sens. Etienne Dalement fut élu deux fois maire de Sens en 1254 et 1259 (Archives nat. J 261, n° 13 et BiiUeUn de la Soc. arch. de Sens, II p. 57 et suiv.l; c'est sans doute le même Etienne Dalement qui devint en 1283 bailli de Troyes, Meaux et Provins (Quantin, Pièces du XIII" siècle, n° 714), on trouve aussi en 1282 un Pierre Dalement, s' de Champbertrand (Archives de l'Yonne, H 205). Guillaume Dalement, bourgeois de Sens, 1260-1279 (Archives de l'Yonne, H 135 et 288), exerça aussi les fonctions de maire de 1272 à 1278; de Thèce, sa femme, il eut deux lils : Jehan Dalement, bourgeois de Sens en 1270 (Archives de l'Yonne, H 301) et Adam, préchantre, 1260-1320 (Archives de l'Yonne, H 135, 288, G 1250), ce dernier mourut avant 1324, époque à laquelle le Chapitre accepta pour la célébration de son anniversaire une rente de 50 livres donnés par son neveu Erard Dalement (Archives nat. JJ 62, fol. 90 et 153). La descendance se continua jiar Jehan Dalement qui eut pour enfants : 1° Erard, conseiller au Parlement, anobli en octobre 1326 (Arclaives nat. JJ 64 fol. 136), trésorier de France (1329) ; 2° François, mort avant 1360, et 3" Perrenelle, propriétaire de la maison vendue aux Jacobins en 1362, qui épousa Guillaume d'Orly, clerc du roi (celui-ci a contresigne des lettres du roi Philippe VI en 1340, 1342 et 1343, J. Viard, Doc. par. du règne de Philippe VI de Valois, II, 83, 160 et 200, Paris, 1900). Perrenelle et son mari moururent en 1363 (Vente par leurs enfants à Guillaume de Melun, archevêque de Sens, de la seigneurie de Grancliettes, 5 mars 1363 (anc. st.). Titres de Granchet- /e.W laissant trois enfants ; Hélyot d'Orly, Thévenin et Marguerite, mineure
le 7 mai 1362 (1), au prix de 400 livres loiimois.
Ainsi s'éleva le nouveau couvent dont la construction fut à peu près achevée vers l'an 1365 ; des lettres de Charles V de novembre 1366 (2) accordèrent aux dominicains de Sens la permission d'avoir un cimetière, dans l'enceinte de la ville, devant la porte de leur église. A côté de celle-ci existait une petite chapelle sous le patronage de sainte x\gnès, martyre. Adam de Nemours, évoque de Senlis, ancien religieux de la maison de Sens, ayant obtenu l'autorisation de l'acquérir, la réunit en 1371 (3) à l'église conventuelle qui paraît avoir été dédiée à la môme sainte.
Pierre Payen qui avait loué une maison à Sens devant le pressoir du grand Hôtel-Dieu (4), eut donc la satisfaction de voir prospérer sa grande œuvre de charité. Il mourut vers 1372 (5) et liit enterré devant le grand autel de l'église des Dominicains, place d'honneur digne du généreux fondateur et suprême témoignage d'une dette de reconnaissance que pouvaient seules acquitter les prières des rehgieux.
en l.%3, qui épousa (1375) Henry le Compasscur, bourgeois de Sens, et, en (leuxièines noces, Clément la Hure, également l)ourgeois de Sens (138()). Titres de Granchettes communiqués par M. le docteur Lorne.
(1) Archives de l'Yonne, H 78.
(2) Mention de ces lettres dans le préanihulc liist. placé en tête du Livre des rentes du couvent. Archives de l'Yonne, H 582.
(3) Archives de l'Yonne, H 582, et Inscription commémorative, Bibl. d'Auxerre, ms 215, fol. 103.
(4) Chapitre de Sens, compte de la Chambre en 13G9, Archives de l'Yonne, G 9,Ï2.
(5) Accord du 3 janvier 1372 (anc. st.). Titres de Granchettes. Le bienfaiteur des Dominicains laissait deux enfants : Pierre Payen le jeune, chevalier, et Marie Payen, dame de Sainl-Cyr, qui épousa Jacques d'Egreville.
LA GRANDE EPOQUE DU COUVENT DE SENS. — ADAM DE NEMOURS, MAURICE DE COULANGES, CONFESSEURS DE ROIS DE FRANCE. — MARTIN PORÉE, JEHAN MARCHAND, LAURENT PIGNON, ÉVÈ- QUES ET DIRECTEURS DES DUCS DE BOURGOGNE. — NOUVEAUX DÉSASTRES DE LA GUERRE DE CENT ANS. — RUINE DE L'ÉGLISE CONVENTUELLE. — NOMBREUX DONS FAITS AUX RELIGIEUX. — HOTEL DE GONTIER COL, SECRÉTAIRE DU ROI, SITUÉ A SENS DANS LA GRANDE-RUE. —- CONCESSION PAR CE PERSONNAGE AUX DOMINICAINS d'uN PASSAGE CONDUISANT A LEUR ÉGLISE ET DIFFICULTÉS A CE SUJET (1467-1471). — LIBÉRALITÉ DE JACQUES DU CROISET. — DÉLIMITATIONS ENTRE LES COUVENTS DE SENS ET d'AUXERRE. — GUILLAUME POETE, PRIEUR (1491), ET GILLES CHARRONNELLES, PROVINCIAL (1510).
A la fin du xiv^ siècle s'ouvre la période la plus brillante de l'histoire du couvent de Sens.
Adam de Nemours, religieux proies de cette maison, donateur de la chapelle Sainte-Agnès, fut confesseur du roi Jean et mourut, en 1378, évêque de Senhs, siège qu'il occupait depuis juillet 1356. Peu après, Maurice de Coulanges-la- Vineuse illustra notre couvent par ses brillantes leçons de théologie qu'il continua à Paris ; il devint en 1377 confesseur de Charles V, assista le roi dans ses derniers moments (1) et fut l'un de ses exécuteurs testamentai-
(1) Voy, le récit de la mort de Charles V dans Siméon Luce, la France pendant la guerre de Cent ans, 2' série, 1893,
res; pénitencier du Pape, directeur du jeune roi Charles VI, Maurice de Coulanges mourut évoque de Nevers (1), le 6 janvier 1395.
Puis apparaît un religieux dont la mission diplomatique et l'influence au concile de Constance ont été appréciées de diverses manières et ont soulevé, encore de nos jours, des critiques assez vives (2), nous avons nommé Martin Porée. Il naquit à Sens au milieu du xiv^ siècle et entra dans l'ordre de Saint-Dominique au couvent de sa ville natale, vint ensuite à Paris étudier la théologie au collège de Saint-Jacques, où il fut reçut docteur. Son zèle ardent et son grand talent de prédicateur le firent bientôt remarquer du duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, qui le choisit pour lui confier la direction du caractère entreprenant et violent de son fils aîné, Jean, comte de Nevers ; il sut gagner l'estime de ce jeune prince et exercer sur son esprit une si légitime influence que celui-ci, devenu duc de Bourgogne en 1404, à la mort de son père, le conserva auprès de sa personne et lui donna de nombreuses preuves de sa confiance en l'employant dans les affaires les plus délicates. Sur l'insistance que mit son puissant protecteur à le recommander au pape Benoît XIII, il fut nommé, dès le 24 novembre 1407 (3),
(1) p. Chapotin, les Dominicains d'Aiixcrre, p. 91 à 93.
(2) Voy. notamment les accusations de vénalité formulées contre JMartin Porée par Simkon Luge clans Jeanne d'Aix d Domrénuj, et la réponse du P. Chapotin, dans la Guerre de Cent ans, Jeanne d'Arc et les Dominicains, Paris, 1889.
(3) Noël Valois, la France et le grand schisme d'Occident, III, p. 591). et H. Df.niflk, Chnrtnlarinm Univcrsilalis Parisiensis, lY. p. l-f?.
évêque d'Arras, ville des Etats du duc de Bourgogne. Malgré son élévation à un siège épiscopal, le duc le retint toujours à sa cour et lui continua sa pension de 120 francs.
En 1409, Martin Porée se rend au concile de Pise, se fait remarquer par sa diplomatie prudente et y reçoit de nombreuses marques d'estime. De retour dans son diocèse, il assemble, en octobre 1410, un synode oîi sont approuvés de nouveaux statuts ou règlements ecclésiastiques (1).
C'est alors que Jean sans Peur lui confie sa première mission politique, il l'envoie en 1411 au roi d'Angleterre pour traiter une affaire secrète et importante en son nom et en celui du roi Charles VI. Satisfait sans doute du résultat obtenu par son ambassadeur, le duc lui fait don de 300 francs d'or (2), tant pour l'indemniser de ses dépenses que pour lui témoigner sa reconnaissance. En 1413, c'est encore le même religieux (3) qu'il charge de présenter à Charles VI ses excuses pour son départ précipité de Paris, au moment de la réaction qui suivit les troubles suscités par les Cabochiens.
L'année suivante s'ouvrait à Constance la grande assemblée générale de l'Eglise, où Martin Porée devait jouer un rôle considérable. ,
On sait qu'après le meurtre du duc d'Orléans Jean sans Peur avait essayé de se justifier et qu'un
(1) A, TouRON, Hommes illustres de l'ordre de Saint-Dominique, 1740, 111, p. 144 et suiv.
(2) Archives de la Côto-d'Or, rog. de la Chaml)re des (Comptes, B 1.072. CA) IMd. B l.')7().
maître de l'Université, Jean Petit, se montra, en la présence des princes, l'ardent apologiste du crime politique. La grande popularité du duc Jean, sa puissance et la faiblesse royale firent différer, pendant quelques années, l'examen des doctrines scandaleuses de Jean Petit. Ce fut seulement en février 1414 que, sur l'initiative de Jean Gersôn, un concile de la foi, réuni à Paris, condamna les théories exposées pour la justification du meurtre du duc d'Orléans. La question avait donc repris une nouvelle actualité et allait être, à la demande même de Jean sans Peur, soumise en appel au concile de Constance. L'honneur du duc de Bourgogne était encore une fois menacé, et pour le défendre, celui-ci dut faire choix des hommes qui lui inspiraient le plus de confiance par leur dévouement et leur autorité. Martin Porée se trouvait tout naturellement désigné pour remplir cette mission délicate, ses compagnons furent le si tristement célèbre Pierre Cauchon, alors vidame de Reims, et le franciscain Jean de la Roche (1). On prétend que les représentants du prince partirent chargés de joyaux, de présents de toutes sortes et surtout de vins de Bourgogne (2). Dès les premières séances du Concile un véritable tournoi oratoire s'engagea entre Martin Porée et le savant Gerson qui dénonça sept fois en quinze jours (3) les erreurs de Jean Petit. Après de longues discussions et d'ardentes polémiques dans lesquel-
(1) p. CiiAi'OTix, Jeanne d'Arc et les Dominicains, p. 123, 125 et suiv.
(2) Cette assertion a été contestée par le P. (Hiapotin. Ibid. p. 99 et suiv,
(3) Noël Valois, la France et le grand schisme d'Occident, IV, p. 322,
les Martin Porée se distingua par son extrême habileté et sa grande souplesse, la commission de la foi annula la sentence de Paris et le Concile se borna à condamner d'une façon vague et générale la légitimité du tyrannicide. Finalement des Lettres de Charles VI expédiées le 31 août 1415 (1) déclarèrent Jean sans Peur « bon vassal et non moins bon cousin », et défendirent à tout sujet de rien dire ou faire contre son honneur. Ce résultat, Martin Porée n'avait pu l'obtenir qu'en suivant scrupuleusement les instructions de son maître et, si Ton peut regretter qu'il ait mis son grand talent au service d'une aussi mauvaise cause, il est plus difficile de lui en faire un crime comme l'ont soutenu certains historiens. Ne doit-on pas, en effet, considérer qu'il n'avait pas recherché cette mission déhcate, mais compromettante, que sa reconnaissance envers le duc de Bourgogne ne lui permettait pas de s'y soustraire et que, les circonstances lui imposant une tâche aussi lourde, son devoir était de défendre son prince et de faire écarter toute proposition portant atteinte à son honneur.
Nous n'insisterons pas davantage sur le rôle joué par le représentant du duc de Bourgogne dans cette triste affaire, il nous semble que le P. Chapotin, par sa remarquable étude sur la guerre de Cent ans, Jeanne d'Arc et les Dominicains, a répondu victorieusement à toutes les accusations de M. Sici) XoiH Valois, Umi. p. 320.
méon Liice, membre de l'Institut, et a su restituer son vrai caractère à la mission de Martin Porée.
D'ailleurs, si la manière dont Martin Porée s'acquitta de son ambassade avait froissé les sentiments de ses contemporains, comment admettre qne le concile ait pu continuer à lui témoigner sa confiance dans de fréquentes et importantes circonstances ?
Quand le pape Jean XXÏII, désespérant de sa cause, quitta brusquement Constance, ce fut l'évêque d'Arras que le concile députa auprès du Pontife fugitif pour le supplier d'offrir sa démission dans l'intérêt de la paix de l'Eglise, ce fut encore lui que l'on choisit pour lire en séance solennelle la sentence de déposition (29 mai 1415). Les Pères du concile le chargèrent ensuite de se rendre à la Cour d'Angleterre dans le but d'obtenir un concours précieux à la grande cause de la pacification. Enfin, après félection de Martin V, le nouveau pape et le concile désignèrent le même évêque d'Arras pour faire partie, avec F archevêque de Sens, Henri de Savois}^, les évêques de Langres et de Térouanne, d'une députa tioii envoj^ée à Charles VI afin d'obtenir la réconciliation définitive du dauphin et du duc de Bourgogne. Cette ambassade parut couronnée de succès et aboutit à un accord entre les deux princes, accord, hélas ! plus apparent que réel, puisqu'il fut bientôt suivi de l'assassinat de Jean sans Peur sur le pont de Montereau (10 septembre 1419).
Après la tragique disparition de son puissant protecteur, Martin Porée se retira tristement dans
son évêché d'Arras. Il mourut le 6 septembre 1426 et fut inhumé dans sa cathédrale. Il portait pour armes, d'azur à trois roses d'or, et a laissé un ouvrage manuscrit composé pendant les débats du concile de Constance, intitulé : Tradatus compositiis per episcopiim Atrebaiensem pro parte diicis Burgiiiidiœ qiiod licite fuit occidi ducem Aurelianensem (1).
Après l'élévation à l'évêché d'Arras de Martin Porée et pendant les longues absences qu'il dut faire afin de s'acquitter de ses missions importantes, Jean sans Peur avait choisi pour confesseur un autre religieux du couvent de Sens, nommé Jean Marchand, investi du titre d'évêque de Bethléem (2), de 1411 à 1422. Jean Marchand fut bientôt remplacé lui-même par un troisième religieux, toujours de la maison de Sens qui fut, à cette époque, comme la pépinière des directeurs de la conscience des ducs de Bourgogne. Ce religieux s'appelait Laurent Pignon; né à Sens, il était entré au couvent de cette ville, et, ses études achevées, avait été lecteur au couvent de Reims; élu, en 1403, prieur de Sens, quelques années plus tard le duc Jean se l'attachait comme compagnon de son confesseur, Jean Marchand, et lui confiait le soin de l'instruction
(1) Gallia christ., III, col. 341.
(2) Jean Marchand reçut du duc, à l'occasion de sanoniinalion comme évcque de Betlilcîem, a ung annel d'or pontifical a ung saphir. » (Archives de la Côted'Or, 15 1572.; Les évêques de Bethléem ne possédaient aucune juridiction, mais avaient une résidence dans un Iiôpital du fauhourg de Pantenor, à Clamecy, qui leur avait clé légué, eu 11C8, par le comte Guillaume lY de Nevers.
religieuse du jeune comte de Charolais, qui allait devenir le duc Philippe le Bon.
Dès ses débuts, Laurent Pignon reçoit à la cour de Bourgogne de réelles marques d'intérêt, on lui fait une petite fête quand il obtient, enl412,legrade de maître en théologie et on lui vient en aide dans une longue maladie qui l'éprouva en 1414-1415. En retour, il ne ménageait, pour être agréable à ses princes, ni sa peine ni son dévouement; en janvier 1414 il accomplit un pèlerinage à la place du duc Jean, retenu par des affaires urgentes ; il se rend à Gand, en 1422, auprès de la duchesse de Bourgogne de la part de son fils, Philippe le Bon (1).
Il fut bientôt récompensé de ses services, dès 1423 le titre d'évêque de Bethléem lui est conféré à la place de son frère sénonais^ Jean Marchand, et, neuf ans plus tard (31 mai 1432), il se voit promu à l'évêché d'Auxerre.
Vers cette époque, Phihppe le Bon le désigne, en même temps que l'archevêque de Rouen, les évêques de Châlon et de Nevers, pour préparer sa réconciliation avec Charles VII et rendre enfin à la France une paix qui était dans les vœux de tous. Ces premières négociations furent longues; délicates, pleines de difficultés presque insurmontables, enfin un congrès pour le rétablissement de la paix générale s'ouvrit le 5 août 1435 à Arras où le duc de Bourgogne s'était rendu. Les prétentions orgueilleuses des Anglais ne permirent pas de s'entendre
(1) p. CiiAPOTiN, les Dominicains d Aiixeire, p. 114 et siiiv.
avec eux, ils durent se retirer, mais un heureux rapprochement se fit entre le roi et Philippe le Bon, et grâce aux concessions accordées pour calmer les scrupules et les rancunes de ce dernier, un traité fut signé le 21 septembre dans l'église Saint- Vaast d'Arras.
Pendant les six semaines que durèrent les préliminaires de cet accord, Laurent Pignon célébra plusieurs fois la messe à Saint-Vaast en présence du cardinal de Sainte-Croix, légat d'Eugène IV, des représentants des princes du sang et des plénipotentiaires de Charles VII, plusieurs fois aussi, devant la même assistance, il prit la parole en faveur de la paix, et enfin, le jour de la signature du traité, exalta, dans un magnifique sermon d'actions de grâces, le succès de négociations qui devaient procurer à la France épuisée les bienfaits de l'apaisement si désiré.
Laurent Pignon se consacre ensuite à son diocèse d'Auxerre, partageant sa vie entre son administration épiscopale et ses devoirs à la cour du duc de. Bourgogne. Il mourut en juin 1449 et fut enterré, suivant son désir, au milieu du chœur et l'église des dominicains d'Auxerre (1).
L'évéque d'Auxerre avait pris pour armoiries, d'azur au dieu rond' or accompagné de trois pommes de pin d'or, et laissa plusieurs travaux importants, entr'autres une chronique de son ordre conservée parmi les manuscrits latins de la Bibliothèque na-
(1) Abbé Lf.beue, HisI, d'Auxerre, édit. 1851, II, p. 51 et suiv.
lionale (1), des catalogues des saints, des saintes, des maîtres de l'ordre, des provinciaux de France, des religieux illustres, etc., et un Traité du commencement des seigneuries et diversité des Etats, dédié au duc de Bourgogne, et qui, d'après le P. Echard (2), ne serait qu'une traduction du traité de Durand de Saint- Pourçain (3), évoque de Meaux, sur la puissance temporelle des rois.
La renommée de ces personnages jetait un vif éclat sur la maison de Sens qui avait reçu leurs vocations et favorisé leurs débuts.
Le couvent, protégé par les murs de la cité, parut quelque temps en sûreté et était entré dans une voie de prospérité remarquable. Malheureusement, dès les premières années du xv^ siècle, les désastres de la guerre de Cent Ans, parvenue à son suprême degré d'acuité, s'abattirent jusque dans l'intérieur de la ville de Sens; de fréquentes attaques, des passages incessants de troupes, l'entrée de Charles VI et du roi d'Angleterre, en 1420, réduisirent tous les habitants à la dernière extrémité; ce n'était partout, ainsi que l'indiquent de nombreuses mentions dans les comptes de l'époque (4), que maisons brûlées et en ruines, un fragment de requête adressée au roi pour obtenir une exemption d'impôts constate que la ville de Sens a été (l defou-
(1) Bibl. nat., r. latin 14582.
(2) Eciun» et Quétik, Scripiores, I, 804.
(3) Guillaume Durand de Saint-Pourçuin, dominicain, Ihéologicn, évèque du Puy en 1318, évêque de Meaux (1326-1331).
(4) Voy. surtout les comptes du Chapitre. (Archives de l'Yonne, G 757, 7,-)9, 71)1 h 7()3, etc.)
lée et détruite par les Anglois, )) que les ponts ont été (( par plusieurs fois destruiz et couppez (1). »
La maison des Dominicains ne fut pas épargnée, son église eut surtout beaucoup à souffrir de ces ravages. Nous voyons que Laurent Pignon, qui gardait une grande affection au couvent de sa ville natale, obtint de la duchesse de Bourgogne un don de. quarante francs en faveur, des Frères-Prêcheurs de Sens c pour icelle somme convertir en réfection de leur éghse qui par occasion des guerres avoit esté désolée et destruicte )) (2) (17 septembre 1421). Il semble d'ailleurs qu'à cette nouvelle époque de détresse les habitants de Sens, stimulés par l'exemple de Pierre Payen, aient redoublé de zèle et de générosité pour venir en aide aux communautés religieuses qui honoraient leur cité. Nous en trouvons la preuve dans les nombreux dons qui furent faits, pendant le xv° siècle, au couvent des Dominicains.
Dès la fin du xiv^ siècle un personnage, dont le rôle politique fut considérable, Gontier Col, secrétaire du roi, possédait à Sens un hôtel situé au coin de la Grande -Rue et de la rue des Jacobins (aujourd'hui Beaurepaire) et dont une partie des belles substructions existent encore (3). Pendant
(1) Archives de l'Yonne, E 616.
(2) Archives de la Côte-d'or, compte de Jean Fraignot. Le P. Chapotin a donné un extrait de ce compte dans les Dominicains d'Auxerre, p. 115.
(3) Les caves de la maison faisant le coin de la Grande-Rue, n" 69, et de la rue Beaurepaire sont formées de voûtes supportées par de nombreux piliers à chapiteaux ornés de feuillages ; à » 50 environ de profondeur, sous le remblai actuel, existe, parait-il, un dallage; ces caves se pour-
quelque temps la Chambre de la Ville, expulsée du Bailliage royal par Colard de Calleville, vint tenir ses séances dans cette vaste habitation qui fut louée six écus par an, ainsi qu'il apparaît dans un compte rendu par Pierre Oger en 1393 (1). Les dépendances de cet hôtel s'étendaient de l'autre côté de la rue des Jacobins le long de la Grande-Rue et formaient deux autres corps de maisons donnant sur le carrefour de l'église Sainte-Colombe-du-Carouge. Gontier Col accorda au couvent des Dominicains l'usage d'(( une alée, court et ruele » commune (2) entre ses (( hostes demorans es maisons et heritaiges es-
suivent sous rimmeuble contigu de la rue Beaurepaire et étaient sans doute, à l'origine, une grande salle basse qui devait se trouver, même en tenant compte de l'exhaussement du terrain, un peu au-dessous du niveau de l'ancien sol.
Sur l'emplacement des dépendances de Ihôtel de Gontier Col, situées de l'autre côté de la rue Beaurepaire, maisons portant aujourd'hui les numéros impairs 51 à 67 de la Grande-Rue, on a découvert récemment, en démolissant mie vieille construction attenant au n» 67 de la Grande-Rue, du côté de la rue Beaurepaire, plusieurs Iragments de meneaux en pierre et deux fûts de colonnes superposées, couronnées de chapiteaux à feuillages et à figures. Le chapiteau de la première colonne, qui prenait naissance dans la cave ou salle basse, est sculpté en feuilles de nénuphar. Celui delà deuxième colonne, reposant sur la précédente et paraissant soutenir l'étage supérieur, porte, d'un côté, une tête de chien, je crois, et, de l'autre, une sculpture brisée qui semble être le fragment informe du corps d'un oiseau; ces sujets devaient être répétés sur les deux autres faces du chapiteau ; il est intéressant de faire remarquer que dans les armoiries de Gontier Col se trouvent trois têtes et cous de cygnes, l'oiseau dont il ne reste qu'un fragment pourrait bien être un cygne.
En outre, une pierre en forme de console était engagée dans le mur du fond du même immeuble, côté de la rue Beaurepaire, elle représente une tête d'homme aux cheveux bouclés, dont un bras et une main supportent la moulure supérieure. — Ces morceaux de sculptures paraissent être du xiv siècle.
(1) Cartiilaire de Baltasar Taveaii, édit. Julliot, p. 34.
(2) Il y avait aussi un puits commun qui existe encore.
tans en icelle alée. » Cette ruelle, qui existe encore en partie, venait de la Grande -Rue et se terminait au mur bordant le jardin et le cimetière des religieux devant le portail de leur église ; une porte ou (c huisserie de pierre de taille » fut alors ouverte au fond de la ruelle, pour permettre au public de se rendre directement à l'église sans traverser le couvent, mais des difficultés s'étant élevées au sujet de la jouissance du passage^ la porte des Jacobins fut murée. En 1467, Nicolas Col, prévôt de Sens, fils de Gontier, « considérant le grant et fervant amour et devocion qu'il avoit et disoit avoir a l'esglise des frères prescheurs dudit Sens, D permit à ces religieux de rouvrir la porte donnant accès à leur église et leur concéda à nouveau (l)la jouissance complète de la ruelle, sans en rien retenir qu'cc une chambre ou bertauche estant sur le devant de lad. alée, portée sur quatre pocteaulx de bois qui comprenent la largeur du devant de lad. alée (2). » Cependant de nouvelles contestations se produisirent de la part de quelques habitants des maisons (3) situées dans la ruelle du côté opposé à la propriété de la famille Col. Le
(1) Lettres du 2G décembre 14G7. (Archives de l'Yonne, H 78, lîibl, de Sens.)
(2) Arrêt du Parlement du 28 mars 1470. (Archives de l'Yonne H 78, Bihl. de Sens.)
(,{) Ce fut surtout Gillette, veuve de Jehan Hardi, qui soutint le procès contre les Dominicains. Une autre maison, bâtie dans la même ruelle des Jacobins, appartenait à Perrette, veuve de Andry le Conte, qui l'avait acquise par contrat du 20 avril 1494 de Jehan Pied, laboureur à Courtois, en lui cédant en échange sa maison sur la Grande-llue, tenant au presbytère de l'église de Sainte-Colonibe-du-Carouge. Il est intéressant de
possesseur d'une de ees maisons lit Mre nne porte sur la Grande-Rue et ferma ainsi le passage, d'où procès, arrêt du Parlement de Paris du 28 mars 1470 prescrivant l'ouverture de la ruelle, enfin transaction l'année suivante (28 avril 1471) (1), aux termes de laquelle il fut convenu que les deux portes de ladite ruelle seraient ouvertes depuis la messe conventuelle jusqu'après les compiles.
L'entrée de cette ruelle était encore surmontée d'une petite bertauche au xvi^ siècle (2).
Perrette Thibault, veuve de Guillemin Dufour, légua au couvent, par testament du 7 août 1508, une maison, cour et jardin, sise en ladite ruelle, entre l'hôtellerie de la Levrette et le jardin des l'cligieux (3). Des lettres royaux du 3 avril 1510 accordèrent l'amortissement de celte propriété (4).
noter, en passant, que l'immeuble cédé à Jehan Pied avait été accensé pour 4it de rente, le 1" janvier IIOS, à Jehan Lal)l)é, tonnelier, par Denis de Landes, cliangeur, Michel de Landes, licencié en lois, avocat au Châtelet de Paris, sire Germain Braque, maître des monnaies du roi, Catherine de Landes sa femme, Philippe de Landes, chanoine d"Autun, et Nicolas de Landes, frères et sœur. (Arch. de TYonne, H 78.)
(1) La transaction de 1471, passée entre les dominicains et Gillette, veuve de Jehan Hardi, donne les noms des religieux composant la maison de Sens : « l'rère Loys lîleno, prieur, Symon Finet, liseur, Pierre le Simple, soubz prieur, ^Michel Regnart, Nicolas Janvier, Kslicnne des Mares, Jehan Arfresy, Symon du Val, Hugues Croiset, François Thibault, Jehan Regnart, Guillaume du Puys et Estienne Conloue, tous prebtres et religieu.x de l'Eglise et monastère des Frères-Prêcheurs de Sens, assemblez ensemble a son de cloche ou chappitre d'iccUui monastère. » (Archives de l'Yonne, H 78.)
(2) Nous devons ce dernier détail à l'obligeance de M. Porée, archiviste de l'Yonne, qui prépare un très intéressant travail sur V Histoire des maisons de Sciif.
(15; Archives de l'Yonne, H 582.
(1) Archives de l'Yoïnie, H 585.
Le 12 janvier 1466, Jean Moreau et Marion, sa femme, par acte passé devant Matignon et Béjard, clercs tabellions delà prévôté deJoigny, donnèrent une maison sise dans la cour ou préau existant devant la grande porte de l'église (1).
Jacques du Croiset, secrétaire du roi, élu à Sens sur le fait des aides, affranchit le couvent d'une redevance annuelle de 40 s. accordée, suivant transaction dul4 juilletl360 (2), au curé de Sainte- Colombe pour lui tenir lieu des oblations de la chapelle Sainte- Agnès. Pour obtenir le rachat de ladite rente il dut céder, le 10 août 1473, au curé de Sainte- Colombe, deux maisons à Sens, l'une paroisse Saint- Pierre-le-Rond, rue de la Poterie, et l'autre paroisse Saint-Didier. En reconnaissance de cette libéralité, les religieux s'engagèrent à célébrer deux anniversaires solennels, le premier dans l'octave des rois et le second le lundi après la Saint-Pierre. Jacques du Croiset mourut en 1475 et fut enterré avec sa femme, Martine Petitpas, dans l'église des Jacobins (3).
Ainsi donc, dès la fin du xv siècle, le couvent de Sens, grâce à la générosité des habitants, se relevait de ses ruines, sa situation était redevenue relati-
(1) D'après le préambule liislorique qui se trouve dans H 582, cette maison avançait du côté de l'immeuble de M. Pelée de Yalencourt. On a vu d'ailleurs plus haut que l'hôtel de Pierre Payen tenait d'un côté à feu Gilles Moreau.
(2) Archives de l'Yonne, H 585.
(3) Voyez son inscription à la fin de cette étude. Jacques du Croiset laissa trois filles : l'aînée, Jehanne, qui fut inhumée avec son père aux Jacobins ; la seconde, Catherine, femme de Jehan le Goux, secrétaire du roi, morte à Provins, à l'âge dc26 ans, le 14 juillet 1474. « Le chapitre, dit le chanoine
vement prospère, c'est de cette époque, d'ailleurs, que datent les belles fenêtres ogivales du réfectoire. Le Chapitre provincial de France se tint dans cette maison en 1475 (1).
Vers la même époque avait été résolu un conflit d'intérêts spirituels qui existait depuis longtemps entre les deux maisons dominicaines de Sens et d'Auxerre. A chaque couvent était assigné un territoire ou champ d'action exclusivement réservé à son influence, c'était généralement pour les couvents placés dans les villes épiscopales toute la superficie du diocèse où les religieux pouvaient prêcher et quêter ; or, le diocèse de Sens s'étendait jusqu'aux portes d'Auxerre et limitait étroitement l'action des religieux de cette dernière ville ; sur leurs instantes réclamations un Chapitre de la province de France, réuni à Rouen en septembre 1301, avait déjà donné satisfaction aux dominicains auxerrois en leur abandonnant toutes les paroisses situées à quatre lieues d'Auxerre, dans le diocèse de Sens. La question fut reprise en 1471 et tranchée définitivement dans le même sens par une sentence du Chapitre provincial de Bourg (2).
Garsement de Fontaine, alla par honneur faire la levée du corps à l'Al)liaye S'-Remy où on l'avoit déposée, de là elle fut portée à S'-Pierre, sa paroisse, d'où elle fut portée et inhumée aux Jacol)ins. » La troisième, Geneviève, épousa Jehan de Balot et fut la mère d'Alice de Ralot, femme de .Ichan de Bierne, écuyer, maire de Sens en 1501 et 1502. Cette dernière, morte le 14 novembre 1559, fut aussi enterrée aux Jacobins dans la tombe de son grand-père Jacques du Croiset.
(1) Reg. I, de Léonard de Mansuctis, général de l'Ordre, fol. 257. (Archives de l'Ordre à Rome.)
(2) Archives de l'Yonne, H 1390, et P. Chapotin, les Dominicains d'Anxerre, p. 51.
Le religieux de Sens qui fut chargé de défendre les intérêts du couvent, dans cette affaire, se nommait Guillaume Poëte ; lecteur à l'Université de Bourges pendant les années 1477 et 1478 (1), il était prieur de Sens en 1491 et des Lettres du 29 mai de cette année lui laissèrent le choix entre le professorat et une nouvelle élection au priorat (2), c'est ce dernier parti qu'il prit, puisqu'il ne fut relevé de ses fonctions de prieur qu'en juillet 1497(3). Louis Bleno, qui avait déjà été prieur en 1471 (4), succéda à Guillaume Poëte et fut confirmé le 3 mai 1503 (5).
En cette même année, le maître général de Tordre, Vincent Bandelh, s'arrête au couvent de Sens et y accorde, le 22 février (6), une dispense d'âge à deux religieux, Jacques Guillaume et Jehan Déon.
Nous devons maintenant dire quelques mots d'un religieux sénonais qui parvint aux charges les plus élevées de son ordre dans la province de France. Gilles Charronnelles, fils d'un pauvre pêcheur de Sens, fut remarqué encore tout enfant par l'Arche-
(1) Fraler GuiUelmus Poëte convenliis Senoncnsis ad legenduin sentcntias uoininatui- iu Universitati Bituvieensi pro secundo anno. — 25 mai 1478. Rog. II de Léonard de Mansuelis, général de l'Ordre. Archives de l'Ordre à Rome. — Nous retrouvons Guillaume Poëte à Sens, en 1490, où il reçoit de la ville 3 sous « pour avoir a son sermon et prédication adverty le peuple et remontré en général le dangier que c'est d'encourir sentence d'cxcommunicaliou a gens ignorens et non lectrez. » — Compte de 1490. Archives municipales de Sens, CC7.
(2) Reg. de Joachin Turiani. — Archiv(;s de l'Ordre.
(3) Reg. IV de Joachin Turiani. — Archives de l'Ordre.
(4) Voy. plus haut, p. 125 note.
(5) Reg. I de Vincent Bandelli, maître général. — Archives de l'Ordre.
(6) Fratres Jacobus Guilleriuus et Joannes Deon, conv. Senon., dispensautur sacerdotium complelo 22° anno. — 22 feb. 1503, Reg. I du maître général Vincent Bandelli, étant à Sens. — Archives de l'Ordre.
véquc Tristand de Sallazar qui lui lit donner une instruction soignée (1); d'abord simple religieux de ce couvent il devint prieur de Paris et fut absous de sa charge le 17 avril 1505 ; institué inquisiteur général le 20 septembre 1509, il fut élu à l'unanimité en 1510 provincial de France. Le chapitre général de Naples et un bref de Léon X du 23 mai 1515 (2), le relevèrent de ses hautes fonctions et il vint se retirer dans notre couvent où il mourut en 1519. On l'inhuma devant le grand autel de l'église dominicaine de Sens (3).
En 1525 (4), François Sylvestre, maître général de l'Ordre, se trouve à Sens et y approuve un contrat passé entre le couvent et Nicolas Hostelin, ancien élu du roi à Sens, et Geneviève Quatrelivre, sa femme, au sujet d'une maison construite devant l'église conventuelle.
(1) Jacques Rousseau. Hisl. de Sens. Bihliolh. de Sens, ms n" Ijô.
(2) Reg. I du maître général Cajétan. Archives de l'Ordre à Rome.
(3) Voy. son inscription à lu suite de cette notice.
(4) 15 juin 1525. Registre I de François Sylvestre. Archives de l'Ordre.
ni
GUERRES DE RELIGION. — INFLUENCEDES FRÈRES PRECHEURS. — ASSEMBLÉE PROVINCIALE DE 1551. — ELECTION DE PIERRE DYVOLÉ. — MASSACRE DE PROTESTANTS A SENS EN 1562- — DÉTAILS HISTORIQUES SUR l'ASSASSINAT DE HENRI HI PAR JACQUES CLÉMENT, l^r AOUT 1589. — LE SAINT MISSIONNAIRE NICOLAS DE LA MARE. — ETIENNE RAVENEAU, PRIEUR ET PRO- VINCIAL, 163G-1672. — DISCORDES dans la communauté. —
RÉFORME DE 1682. — DÉCADENCE DU COUVENT. — LISTE DE PRIEURS ET DE RELIGIEUX DE 1672 A 1789. — PROJET DE SUPPRESSION DE LA MAISON DE SENS, 1772. — ÉTAT DE LA COMMUNAUTÉ EN 1789. — DISPERSION DES DERNIERS RELI- GIEUX ET VENTE DE LEURS BIENS, 1790-1791.
NOUS arrivons à l'époque funeste des guerres de religion qui ont tant éprouvé le pays Sénonais. Les Frères Prêcheurs y ont joué un rôle important par l'influence qu'exerçait leur Calent de parole sur les masses populaires.
Dès le 5 août 1545, des lettres patentes de François !«'■ avaient donné commission à un conseiller du Parlement, Jacques Leroux, de procéder à une information au pays de Sens, sur les prédications et pratiques de la nouvelle hérésie (1).
La religion reformée s'était rapidement développée et avait fait à Sens de nombreux prosélytes, qui s'efforçaient de répandre leur doctrine par des ré-
(1) A. Challe. Hîst. des guerres du Caluinisine cl de la L'quc dans l'Auxeryois, le Sénonais, etc., Auxerre, 1863, 1, p, 21.
unions publiques. Leur propagande fut même si active qu'ils essayèrent de lutter aux élections municipales de décembre 1561 et réunirent un nombre considérable d'adhésions.
Les catholiques, effrayés de leurs progrès menaçants, se rendirent compte qu'ils ne pouvaient plus efficacement les combattre qu'en opposant à leurs austères prédications la parole si persuasive et si populaire des religieux dominicains. En conséquence, Robert Hémard, lieutenant criminel du Bailliage, qui- venait d'être nommé maire de Sens, pour la seconde fois, après deux années d'exercice, fit prendre, le 22 février 1562, par la Chambre de la ville, une délibération pour « combattre l'effet de ces (( prêches et prier les Jacobins de la part de la ville (( d'employer ce qu'ils pourront, comme ils ont fort (( bien commencé, à résister et prescher contre les (( protestants, et leur sera a la fin du caresme « baillié à.chascun d'eux 10 livres tournois (1). »
Mais les protestants, malgré la défense du maire, s'assemblèrent, en dehors de la ville, dans une grange située sur le marché aux pourceaux et attenant à la vieille éghse des Cordeliers, où leur prêche eut lieu en grand scandale les dimanches 29 mars et 5 avril 1562. C'est alors que Robert Hémard forma le projet de mettre fin aux manifestations qu'il avait interdites, et tint, dans la maison du conseiller Pierre ToUeron avec les 'éche vins et procureurs de la ville, une réunion secrète où il fut dé-
(1) Manuscrits duD' Croii. — Bibl. de Sens,
cidé de s'opposer par la force aux prédications des protestants.
Le dimanche suivant, 12 avril, était le jour d'une grande cérémonie qui se célébrait annuellement à Saint-Savinien. La procession parcourut les rues de la ville sous les regards irrités des protestants qui osèrent même, si l'on en croit les mémoires de Claude Haton, injurier et molester quelques catholiques ; cependant le cortège religieux parvint sans s'arrêterjusqu a l'éghse Saint-Savinien, où, au miheu d'une nombreuse affluence, le P. Béguet, dominicain du couvent de Sens, prêcha avec son ardeur habituelle, non toutefois, dit Claude Haton, qu'il incitât les catholiques à se jeter sur les hérétiques, toutefois advisa ses auditeurs d'être très vigilants et de prendre garde d'être surpris et pillés par les huguenots, plaçant sous leurs j^eux le tableau des séditions qui étaient arrivées dans certains lieux (1). Théodore de Bèze ne paraît donc pas sincère quand il dit que ce prédicateur sonna le premier la trompette du massacre (2). Pendant le sermon, ou à son issue, selon certains historiens, le temple des protestants fut assailli et démoli. Ces derniers prirent la fuite et se répandirent dans les rues de la ville où eurent lieu des altercations dans lesquelles j)lusieurs catholiques furent blessés ; il s'en suivit une mêlée générale, un véritable déchaînement de la fureur populaire qui ne connut plus de bor-
(1) Mémoires de Chimie Haton, p. 191 et siiiv.
(2) TiiÉODOUE DE UÈzi',. J/i,s(. rfcs EtjUsen rèfonims.
nés et ne fut assouvie que par le terrible massacre de 1562.
A la même époque se fit aussi remarquer Jehan le Bègue, docteur de Paris, prieur du couvent de Sens, qui avait une grande réputation d'orateur et d'ardent défenseur de la foi catholique, ainsi qu'en témoigne l'inscriplion élogieuse gravée sur sa pierre tombale. Il mourut le 16 octobre 1563 et fut inhumé au pied du Maître-Autel de l'église des Dominicains (1). :
En 1551 s'était réunie au couvent de Sens une assemblée de la province, dans laquelle le célèbre prédicateur Pierre Dyvolé, prieur d'Auxerre, fut élu canoniquement provincial de France. Le maître général de l'Ordre confirma cette élection par lettres données à Florence le 12 juin 1551.
Bien que retenu par les devoirs de son administration, Pierre Dyvolé entreprit une véritable croisade de prédications contre les erreurs du protestantisme naissant. Il fut surnommé le marteau des hérétiques, le Jérémie de son temps.
Claude Haton nous a conservé dans ses mémoires la relation du sermon qu'il prononça en 1560 aux Jacobins de Provins où il montra un grand courage en dénonçant publiquement les funestes projets des huguenots. Lorsqu'il obtint le 30 novembre 1563 l'autorisation de se démettre de ses fonctions de provincial, ce fut le P. Béguet, le religieux du couvent de Sens qui avait prêché l'année
(1) Voyez plus loin l'inscriplion de sa pierre tombale.
précédente à Saint-Savinieii, que l'on délégua pour le remplacer provisoirement jusquà l'élection du nouveau provincial (1). Ayant ainsi retrouvé toute sa liberté d'action, Pierre Dyvolé, poursuivit avec plus d'ardeur que jamais sa campagne contre les dangers de la religion réformée. Echappé au supplice que voulaient lui faire subir les huguenots qui s'étaient emparés d'Auxerre le 23 septembre 1567 , il vint à Sens et édifia cette ville par ses vaillantes convictions et ses belles prédications, puis il retourna à Paris, s'employa avec la dernière énergie pour empêcher le roi de conclure avec les protestants la paix de Longjumeau, et, affligé de son insuccès, mourut le 31 mars 1568. (2)
C'est dans la grande salle du couvent, située au nord du cloître et donnant sur la rue Mauconseil, que se réunirent le lundi 4 novembre et jours suivants de l'année 1555 les trois états du bailliage convoqués pour procéder à la rédaction de la nouvelle coutume de Sens (3).
En 1581 un second chapitre de la province de France eut lieu le troisième dimanche après Pâques et la ville accorda dix écus d'or soleil en aumône aux Dominicains pour subvenir aux frais de leur assemblée (4). Cette même année, le 13 novembre, s'éteignit dans le couvent un ancien et
(1) Registre du maître général Ju.st4niani.— Archives de J'Ordre à Rome.
(2) Yoy. P. Chapotix, op. cit., p. 166 à 205.
(3) Procès-verbal de la rédaction de la coutume de Sens dans Pelée de Chenouleau, Conférence de la Coutume de Sens, 1787, p. 431.
(4) Ms de M. Quantin appartenant à M. l'abbé Chartraire.
vénérable prieur, Jean Boiiy (1), qui était parvenu à l'âge de 98 anss Nous donnons son épitaphe à la fin de cette étude.
Notons enfin un dernier incident des guerres religieuses du XVI' siècle : quand la reine Catherine de Médicis, après avoir signé le traité de paix d'Etigny, favorable aux calvinistes, s'arrêta à Sens au mois de mai 1576, pour faire chanter dans la cathédrale un Te Deum, le Chapitre mécontent protesta par son abstention, et à la cérémonie qui eut heu le lendemain « le sermon fut faict, dit Claude <( Haton, par ungdocteur jacobin, nommé maistre (( Prévost, qui fut fort bien et doctement dict, non (( sans taxer laditte dame et ceux qui avoient ac- (f cordé ladicte paix en termes qu'on pensoit « qu'elle estoit. (2) »
Les protestations du clergé de Sens trouvèrent un écho à Paris où le chapitre de Notre-Dame refusa à son tour de célébrer la cérémonie d'actions de grâces. Partout dans la population catholique s'élevèrent des résistances contre les conditions de la paix. Ce mécontentement général amena, sous l'inspiration du prince Henri de Guise, la formation d'une grande ligue cathohque pour la défense de la religion qui semblait abandonnée par le pouvoir royal. L'Union s'étendit rapidement dans toute
(1) Par son testament du 2 mai 1566, Michel Raju, chanoine, lègue « au nepveu de M° Bouy, religieux du couvent des Jacobins de Sens, 100 livres tournois pour estre emploies à aider et entretenir led. religieux a estude des sainctes lettres. » — Archives de l'Yonne, G 135.
(2) Mém. de Claude IMon, p. 833.
la France et Fadhésion, politique plutôt que sincère, d'Henri III, lui donna une force considérable. Sens fut une des premières ville qui acceptèrent d'entrer dans cette affiliation. On connait la médaille commémorative de l'Union frappée en 1579 au nom de la ville de Sens.
Dix ans plus tard, après le meurtre des princes de Guise, lorsque le grand conseil de la Ligue déclara le duc de Mayenne lieutenant-général du royaume, Sens se signala encore par son empressement à envoyer son adhésion au nouveau régime préconisé par la Sainte Union.
Les religieux dominicains qui auraient dû rester à l'écart de ces luttes fanatiques et politiques se trouvèrent malheureusement pris dans le tourbillon des passions contemporaines.
Le couvent de Sens, qui avait vu autrefois l'un des siens, Martin Porée, se faire, pour défendre l'honneur du duc de Bourgogne, l'ardent apologiste du tyrannicide, va maintenant produire un autre religieux, pauvre insensé qui ne se contentera plus d'excuser le crime politique, mais se laissera entraîner jusqu'à son exécution.
Né vers 1560 au village de Serbonnes, à quatre lieues de Sens, d'une famille obscure, Jacques Clément entra fort jeune au couvent des dominicains de Sens et y fit sa profession. Petit de corps, chétif d'apparence, sa large face commune, ses grands yeux sans expression, sa barbe noire fort courte en faisaient un de ces êtres dégénérés pour lesquels la Nature semble avoir été avare de ses moindres
dons ; avec cela, esprit faible, d'une simplicité naïve/ les impressions brntales se manifestaient chez lui avec une puissance que ne pouvait tempérer la raison à peu près absente. A une époque si profondément troublée, si agitée par les passions religieuses, où le pouvoir entre les mains d'un roi sceptique paraissait être la cause de tous les maux, le sens moral du malheureux religieux fut complètement obscurci et il se crut inspiré en formant le projet d'assassiner Henri de Valois. Bien qu'il ne dissimulât à personne ses intentions perverses, on y attachait que peu d'importance et on le considérait comme un déséquilibré, les religieux du couvent le tournaient môme en dérision et l'appelaient en riant le (c capitaine Clément. )) Cependant un frère de la maison de Sens, nommé Chantebien, s'efforça d'influencer cet esprit faible et de l'encourager dans sa funeste résolution (1).
Toujours hanté par son idée fixe, Jacques Clément, qui était alors âgé de 28 à 29 ans, quitta le couvent de Sens pour se rendre à Paris et y terminer ses études de théologie au collège Saintci) Chantebien niourul en mars IGlô, et fut enterré dans le cloître du couvent, voyez son inscription ;i Ja fin de celte étude. La noie suivante extraite d'un ms. de la Bibl. nat. f. français, 20153, fol. 431, donne quelques détails sur le rôle de ce religieux : « On a ouy souvent à ïroyes un religieux de l'Ordre, docteur, décédé depuis dix ans, qui estudioit a Paris ez années 1588 et 1589, qui disoit que un religieux du mesnie ordre au couvent de Sens, licencié en lliéologie a Paris, grand prédicateur, nommé Clianlebien, sceut manier l'esprit loible de l'ontrepreneur et en lin exécuteur, aussi profex aud. couvent du Sens, pour le disposer a l'entreprise, et s'y prépara led. entrepreneur aux jeusncs et austerilez, disant souvent a ses con)i)agnons qu'il avoit un grand dessein duquel désiroit eslrc assisté de leurs prières, passa quelques nuictz en oroisori derier le grand
Jacques. Il s'y trouvait depuis plusieurs mois (1\ quand Henri III et le roi de Navarre vinrent mettre le siège devant cette ville le 30 juillet 1589. La réunion de l'armée protestante à l'armée royale rendait la situation de Paris fort critique et un assaut décisif devait être donné le 2 aoiit suivant. En présence du danger imminent, les esprits des ligueurs s'exaltèrent et leur fureur ne connut plus de bornes, notre fanatique jacobin était destiné à devenir entre leurs mains l'instrument de la tourmente révolutionnaire. Les pièces originales du procès criminel de Jacques Clément (2) conservées parmi les manuscrits
autol (le l'église du couvent a Paris ou led. Chantebien artilicieusement par une sarbalanne luy faisoit entendre des voix comme angéliques qui l'cxcitoient ù l'exécution. Et que auparavant se tint un conseil au logis de Madame de Montpensier auquel assista le docteur Bourgoing, originaire de Soulaines au diocèse de Troj'es... led. Chantebien demeura dans Paris jusques à la réduction de la ville et en sortit le mesme jour se retirant au comté de Bourgogne, il est mort estant théologal en l'église collégiale de Befort aud. comté... » (Note portant la date de 1631.)
(1) Dans sa déposition, François Dumont, archer de la porte du roi, demeurant à Paris au logis du Temple, ce a dict qu'il a congneu frère Jacques Clément, jacobin, pour l'avoir vu dire la messe aux Mathurins de lad. ville de Paris environ quelques troys semaines après la feste de Noël dernier. » (.Procès-verbal de déposition du 1" août 1589.)
(2) Ces pièces consistent en : 1° un passeport délivré à Jacques Clément, le 29 juillet 1589, par Charles de Luxembourg, comte de Brienne ; 2" un procès-verbal d'information et déposition des témoins par François du Plessis, s»' de Richelieu, grand prévôt de France, du 1" août 1589 à 8 h. du malin; :i° un procès-verbal de confrontation et information du même jour, et enfin 4" une ordonnance royale du 2 août 1589. (Bibl. nat. F. français, 14 051.) Elles ont été publiées intégi-alement dans les Curiosités historiques ou Recueil de pièces utiles d l'Histoire de France et qui n'ont jamais paru. Amsterdam, 1759, tome II, p. 1 et suiv. — Nous nous sommes servi également d'une lettre adressée par Jacques de la Guesle à un ami sur la mort du roi, imprimée par Cimber et Danjou dans les Archives curieuses de l'Histoire de France, Paris, 1836, 1" série, tome XII, p. 376 et suiv.
de la Bibliothèque nationale vont nous permettre de retracer en détail, et avec toute rauthenticité désirable, les diverses péripéties de l'assassinat d'Henri III. Nous n'insisterons pas sur le rôle odieux attribué au prieur des dominicains de Paris, François Bourgoing, et sur les moyens scandaleux mis en œuvre par les chefs de la Ligue pour troubler le cerveau du pauvre religieux et le pousser définitivement au crime, il suffira de suivre le régicide à partir de sa sortie de Paris.
Ayant réussi à se faire délivrer un passeport par le comte de Brienne, Charles de Luxembourg, alors gardé à vue au Louvre, et muni d'une lettre simulée du premier président de Harlay, prisonnier à la Bastille, Jacques Clément partit le 31 juillet pour Saint-Cloud oii Henri III avait établi son quartier général. Aux premières sentinelles de l'armée royale il montre son passeport et demande à être conduit à Saint-Cloud ; escorté de deux soldats du régiment de Comblanc, il marchait dans cette direction lorsqu'il fit la rencontre de quelques cavaliers parmi lesquels se trouvait Jacques de la Guesle (1), jeune homme de 31 ans, conseiller du roi et procureur général au Parlement de Paris, qui revenant d'une promenade à sa maison de campagne de Vanves s'en retournait à Saint-Cloud. Il était alors
(1) Jacques de la Guesle, né en 1557, était le lils de Jean de la Gueslo, i^remier président du Parlement de Bourgogne, puis procureur général et président à mortier au Parlement de Paris. Il succéda à son père dans la charge de procureur général, fut emprisonné quelque temps après la journée des barricades (12 mai 1588) et venait de rejoindre Henri III à Saint-Cloud.
4 ou 5 heures du soir. Le }3rocureur général s'étant adressé aux soldats qui accompagnaient le religieux et ayant appris que celui-ci venait de Paris et se faisait conduire auprès du roi pour une affaire importante, pensa qu'il était de son devoir de l'interroger et de connaître le motif de sa démarche. Intrigué par ses premières réponses, il l'invite à le suivre ; on le fait monter en croupe sur le cheval de l'un des frères de Jacques de la Guesle et notre jacohin est ainsi conduit, jusqu'à Saint-Cloud, au logis du procureur général qui le prend à part et le soumet à un véritahle interrogatoire. Jacques Clément répondit assez 'habilement à toutes les questions ; se disant l'envoyé du premier président deHarlay et des partisans du roi, montrant à l'appui de ses affirmations, avec son passeport, une lettre du premier président écrite en lettres romaines et suffisamment bien imitées pour tromper Jacques de la Guesle qui connaissait pourtant l'écriture du chef de sa Compagnie, racontant qu'il était parvenu à pénétrer dans la Bastille sous le nom du fils d'Antoine Portail, chirurgien et valet de chambre du roi, qu'il y avait vu le premier président et avec lui l'abbé de Rivault, dépeignant si bien leurs contenances et leurs physionomies que le magistrat fut convaincu de l'exactitude du récit, enfin faisant entendre, après de nombreuses réticences, que les partisans d'Henri III, enfermés dans Paris, offraient de s'emparer d'une porte de la ville et de l'ouvrir à sa Majesté, quepour ce motif il désirait vivement parler au roi lui-môme afin de convenir du lieu et de l'heure de l'entre-
prise projetée. Le procureur général fut bientôt persuadé delà bonne foi du religieux qui lui lit l'impression d'un homme assez simple, mais dont la naïveté semblait être précisément un gage de sincérité. Certain qu'il avait à faire à un dévoué serviteur du roi, Jacques de la Guesle se rend, le soir môme, auprès de sa Majesté qu'il trouve à table et lui fait part de sa singulière rencontre. Henri III exprime aussitôt le désir de voir le religieux et ordonne qu'on le lui amène dès le lendemain matin. Pendant ce temps Jacques Clément, resté au logis du procureur général, soupait gaiement avec ses gens et se servit même à table du couteau dont il devait faire un si funeste usage. Le lendemain, à la première heure, Jacques de la Guesle fait éveiller son hôte qui dormait paisiblement et le conduit à l'hôtel du roi, où ils attendent quelque temps dans le jardin le réveil de Sa Majesté, puis, un peu avant 8 heures du matin, l'huissier de garde les appelle et les introduit dans la chambre du souverain. Sa Majesté qui sortait de son lit était assise sur sa chaise d'atfaires et n'avait qu'une robe de chambre sur les épaules (1); ce que voyant, Jacques de la Guesle arrêta à la porte le jacobin qui le suivait et lui prit des mains son passeport et la lettre du premier président pour les présenter au roi; Henri III, aj^ant lu ces papiers, fit approcher Jacques Clément ; il n'y avait alors dans la chambre royale que deux personnes, le procureur général et Roger de Bellegarde, grand écuyer de France, qui se tenaient de chaque
(1) PiEURiv DE l'Estoii.e. Reijislre-joiimal de Henri III.
côté de sa Majesté ; Jacques Clément, d'abord visiblement embarrassé, hésite à répondre, puis aussitôt manifeste le désir de parler à part au roi et, malgré l'insistance du procureur général, déclare qu'il ne peut s'exprimer à haute voix snr une mission secrète, le roi lui ordonne alors de s'approcher et lui permet de prendre à son côté la place du grand écuyer, celui-ci s'éloigne de quelques pas avec le procureur général, au même instant Henri III se penche sur sa chaise et tend l'oreille pour mieux saisir la communication du misérable qui, profitant de cette circonstance favorable à son criminel projet, enfonce son couteau dans le bas ventre du souverain, Henri III pousse un violent cri de douleur : (( Ah, malheureux, que t'avais-je fait pour m'assassiner ainsi ! » se lève tout ensanglanté, arrache luimême l'arme de la plaie et en frappe au front son meurtrier. Jacques de la Guesle bondit, se précipite sur le religieux, lui assène plusieurs coups avec la garde de son épée et le repousse violemment dans la ruelle du lit; aussitôt les gardes et les gentilhommes du roi, avertis par le bruit de cette scène, font irruption dans la chambre, s'emparent du jacobin étendu dans la ruelle et le massacrent en un instant, pendant que le procureur général, fou de douleur, se considérant comme l'homme le plus misérable de la terre et l'instrument d'une terrible fatalité, se jette aux pieds du roi et le supphe d'ordonner sa mort.
Le premier moment de stupeur passé, Henri III fut porté sur son lit et l'on crut d'abord que la
blessure n'offrait pas de gravité, mais cet espoir fut vite déçu, et le roi succomba la nuit suivante, entre 2 et 3 heures du matin (1).
On sait quel retentissement eut cet événement tragique qui portait sur le trône Henri de Navarre. A Paris, où la Ligue régnait en maîtresse, il fut accueilli avec une joie indicible, des placards élogieux (2), répandus à profusion, reproduisirent les traits de Jacques Clément et la scène de l'assassinat, des prédicateurs le glorifièrent et une procession eut lieu à Notre-Dame pour sa canonisation. De nombreux ouvrages ou plutôt de petits traités, où ses vertus et son courage étaient exaltés, furent imprimés à Paris; le plus connu est le Martyre de frère Jacques Clément, contenant toutes les particularités de sa sainte résolution et heureuse entreprise contre Henri III, par Charles Pincelet , chefcier de Saint-Germain l'Auxerrois, Paris, le Fizelier, 1589, in-S", 62 pages et une figure (3). Plus tard, au xvni*^ siècle, un religieux, le P. Bernard Guyard, essaya de réhabiliter le jacobin régicide dans un curieux livre paru en 1774 et intitulé : ta Fatalité de Saint- Cloud. Ce singulier ouvrage tendait à prouver que
(1) Voy. le procès-verbal d'autopsie du corps de Henri III du 3 août ISSO, réimprimé par A. Franklin, les Médecins, 1S02, p. 293. « L'iiilestiii grcsle nommé iléon étoit percé d'oulre en outre selon la largeur du coustoau de la grandeur d'un pied. »
(2) La plupart de ces imprimés est conservée à la Bil)liolliéque nationale dans le recueil de Lesloille, intitulé ; les hcllex figures ei droUeries de la Ligue, et au département des eplampes dans la collection de rilisloire de France. Le portrait de Jacques Clément fut même imprimé en Allemagne.
(3; Le Martyre de Jacques Clément fut aussi imprimé à Troyes, J. JIonrAU 108'.). Parmi les pul)lications du même genre on peut encore citer :
Jacques Clément, innocent du crime, avait été victime d'une méprise intéressée. Aucun doute ne peut cependant subsister à cet égard : le procès-verbal d'information fait par le grand prévôt de France, François du Plessis, seigneur de Richelieu, quelques instants seulement après l'attentat, offre toute l'authenticité désirable ; les dépositions identiques des témoins, confirmées, sans la plus légère contradiction, lors de leur confrontation avec le curateur au cadavre du régicide, ne peuvent laisser place à la moindre hésitfition.
Dès le lendemain du crime, Henri IV, après avoir pris l'avis de son conseil, signa une ordonnance prescrivant que le corps de Jacques Clément serait tiré à quatre chevaux, brûlé et ses cendres jetées à la rivière « à ce qu'il n'en soit à l'avenir aucune mémoire (1). »
Ainsi fmit misérablement un des néophytes du Couvent de Sens^ triste épave d'une génération bouleversée et atfolée par les luttes et les passions religieuses.
Mais oublions vite cette terrible vision de fanatisme qui a enveloppé quelques instants d'un voile
Histoire mémorcMe récitant la vie de Henri de Valois et les louanges de jrèrc Jacques Clément, Paris, 1589, in"8°, avec ligure.
Figure de l'admirable et divine résolution de frère Jacques Clément, jacobin, in S' avec fig.
Discours vérilablc de l'étrange et subite mort de Henri UI, 0({uejiiic, par permission divine, par un religieux jacolnn, Varia, ISHO, iii-S"
Histoire mémoratûe récitant la vie de Henri de Valois et la louange de Jacques Clément, en 55 quatrains fort catholiques, etc., par André I^ossant, poète lyomiois, Paris, 1589, in-8°, etc.
(1) Ortloiiniincc royale du 2 août 1589. Tîil)l. nal. IV. 14 054.
funèbre l'histoire de notre maison dominicaine, et revenons à parler des vrais religieux qui demandent aux seules prières l'adoucissement des malheurs de leur temps, le relèvement et la gloire de leur patrie.
La Providence réservait au couvent de Sens une heureuse compensation.
L'année même où Jacques Clément accomplissait son crime naissait à Sens un enfant qui allait devenir un sujet d'édification pour tous et un saint missionnaire.
Nicolas de la Mare vint au monde le 14 octobre 1589. Il était fils de Claude de la Mare, marchand au faubourg Saint -Sjmiphorien, et d'Elisabeth Bossu. Cette famille tenait un rano" honorable dans la bourgeoisie de la ville : Claude de la Mare fut maire de Sens en 1592, Jehan de la Mare, marchand libraire , demeurant en la Grande-Rue à l'enseigne de VAigle-d'Or, avait fait imprimer le Maimale seii Instriidorium ciiratonim insignis ecclesie Senonensis (1) et en 1571, chez Jean Savine, un Antiphonaire pour le cardinal de Pellevé. Jehan de la Mare et Jehanne Chiganne, sa femme, morts les 6 septembre 1571 et 15 janvier 1580, furent inhumés dans l'église Sainte -Colombe du Carouge (2). On remarque encore un Simon de la Mare, marchand, enterré en 1573 dans le couvent des Cordeliers (3),
(1) Un exemplaire de cet imprimé est conservé parmi les manuscrits de la biblïolhèque de Provins, n° 17.
(2) QuiîsvERS et Stein. Inscriptions de l'ancien diocèse de Sens, I, 578,
(3) QuEsvERS et Stein. Op. cil., 1, (îOô,
et un Nicolas de la Mare, également marchand et marguiller de Saint-Pierre-le-Rond, en 1591 (1).
Elevé par mie mère pieuse dans l'austérité et les pratiques de l'abstinence, le jeune Nicolas de la Mare se fit de bonne heure remarquer par son application à l'étude, sa fréquentation assidue des églises et son heureuse mémoire qui lui permettait de retenir tous les sermons qu'il entendait. Il avait une dévotion particulière pour l'église des Dominicains de sa ville natale ; c'est là qu'il reçut l'habit à l'âge de 12 ans et prononça ses vœux à 16 ans, il se rendit ensuite à Paris pour terminer ses études au collège de Saint-Jacques, où l'ordre de la prêtrise lui fut conféré en 1614, Dès lors la prédication l'absorbe complètement et ses efforts sont couronnés de nombreux succès. Elu prieur d'Auxerre en 1623, puis définiteur de la province de France l'année suivante, il fait en 1628 le pèlerinage de Jérusalem. De retour en France au mois de mars 1629, il s'arrête à Marseille pour y prêcher la station du carême et, se rend ensuite à son couvent de Sens, qui le retrouve plus dévoué que jamais au salut des âmes. Son éloquence attirait tous les dimanches et jours de fête une si grande affluence à l'église dominicaine qu'il était presque impossible d'3^ trouver une place.
Au bout d'une année environ de séjour à Sens, étant allé prêcher le carême à Nevers, il fut élu prieur du couvent de Poitiers et contraint d'accepter
H) Archives de l'Yonne, G 2ô05,
cette charge. Son temps de priorat achevé, il se retira au noviciat général de Paris, mais les suffrages de ses frères l'appelèrent encore à la direction de la maison de Langres.
Entraîné par un zèle incomparable, il demande en 1649 à faire partie d'une mission aux Antilles que préparait le noviciat de Paris. Il parvient au but du voyage, à la Guadeloupe, où il est nommé supérieur de la mission , et, après avoir édifié la colonie par son dévouement et sa piété, y meurt le 1er mars 1652, à l'âge de 58 ans. Sa réputation de sainteté fut telle que l'on a rapporté plusieurs faits miraculeux qui se seraient produits sursa tombe (1) . Ce saint missionnaire laissait une sœur, Marguerite de la Mare, qui, comme lui, se consacra entièrement à la dévotion, et, en son souvenir, gratifia de dons importants (2) la communauté de Sens.
Un autre religieux remarquable (3), mais qui appartient surtout ati couvent d'Auxerre et que nous citons, parce qu'il fut un instant prieur de Sens, est Etienne Raveneau. On le dit originaire de Saint-Bris. Il prononça ses vœux àAuxerre, le 30 novembre 1623, en présence du P. de la Mare
(1) p. Chapoïin, Les Dominicains d'Auxcrre, p. 231, et Année Dominicaine, nouv. édit., mois de mars, Lyon, 1886, p. 16 et suiv.
(2) Voy. ci-dessous et plus loin, chap. IV.
(3) Parmi les religievix remarquables de celte époque, Théodore Tarbé, dans ses Recherches sur Sens, cite, comme ayant appartenu au couvent de Sens, le célèbre prédicateur Nicolas Coëffeteau qui mourut évcque de Marseille en 1633; mais c'est au couvent du Mans que ce dominicain fit sa profession et Tarbé pourrait bien avoir lu Senoncnsis pour Cenoninncnsi,s co/iuen/ifs. Voy, Echard et Quéth', Scriptores, H, 434,
et fit ses études théologiques à Saint-Jacques de Paris. Nous le trouvons prieur de Sens en 1636, le 23 juillet (1), et acceptant en cette qualité un don de 257 livres accordé à la communauté par Marguerite de la Mare, sœur du missionnaire dont nous venons de parler. Il fait ensuite partie du conseil de la province de France, est élu pour la première fois prieur d'Auxerre en 1648 et exerce les mêmes fonctions à Beauvais en 1655. Renommé prieur d'Auxerre il est peu de temps après élevé au rang de provincial de France et remplit avec distinction cette charge difficile de 1661 à 1665. Il se retire ensuite dans son couvent d'Auxerre dont il redevient pour la troisième fois prieur et y meurt le 14 janvier 1672 (2). Après Etienne Raveneau, nous remarquons à la tête du couvent André Marchand qui reçoit, par ordonnance capitulaire du 10 mai 1639 (3) , une somme de douze livres pour avoir prêché à Sens l'A vent et le Carême (4).
(1) Archives de l'Yornie. H 578.
(2) Le P. Chapotin a donné dans les Dominkaiiis (TAiixerrc une intéressante biographie d'Etienne Raveneau, p. 252 à 270; il fut inliumé dans la chapelle du couvent d'Auxerre, voici son inscription d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale, F. français 8225, pièce 402 :
Tombe de pkvve plate au pied du balusire à gauche du maitre-aulcl STEPHA^us Raveneau, doctor
ïnÉOLOGUS PARISIENSIS, HU.IUS CONVENTUS PlURIES PRrOR, PROVINCIAE FrANGIAE PnOVINCIÂLIS, IN CAPITULO GENERAL! HAHTTO ROMAE 1(570 DEFFINITOR, DE OrDINE SUO RENE MERITUS OBnT DIE 14 JAN. 1672.
(,"5) Archives de l'Yonne, G 1056.
(4) Les dons faits aux religieux jacobins en considération de leurs prédications sont assez nombreux. Nous trouvons, en effet, dans les anciens comptes les mentions suivantes :
Compte de la ville de 1469-1470, a frère .Jean Cornet, bachelier en Ihéolo-
OO
Docteur en théologie et prédicateur de grand talent, André Marchand, après avoir été prieur de Provins et de Beaune, exerça la même charge à Sens.
gie, de Forclre des Frères-Prêcheurs, et au gardien du couvent des Frères- Mineurs, pour avoir prêclié le carême dans leurs couvents, 100 sous. — Archives m'" de Sens, CC 4.
Compte du Chapitre de 1525-1526, a Jean Cholet, frère-prêcheur, prédicateur du carême, 32 sous. — Archives de l'Yonne, G 801.
— 1597-1598, payé à frère Michel Gicquot, docteur en théologie, pour les prédications faites au couvent des Jacobins de Sens pendant l'Avent de 1597, ouvres. — G 1022.
— 1G03-1604, 3G livres à frère Pierre Régis, religieux du couvent de Sens, pour la pension que MM. du Chapitre luy ont accordé par chascun an payable au jour S' Thomas Apostre pendant sa vye suivant la transaction de ce faicte pour la chapelle S' Denis de Lécher. Item par ordonnance capitulaire du XXVIII mars 1605 a été distribué au couvent des Jacobins 1 septier de bled méteil ; a frère Jordin Decyhault, docteur en théologie, du couvent des Frères-Prêcheurs, qui a presché le caresme en la présente année, a esté payé la somme de 18 livres par acte du XXIII avril. — G 1026.
— 1632-1633, à frère Pierre Symoneau pour prédications en l'église de Sens et en celle des Frères-Prêcheurs pendant l'Avent et le Caresme, 12 livres. — G 1050. — Ce Pierre Symoneau fut prieur du couvent de Sens en 1G52. - G 189.
Voici, en outre, les noms des dominicains qui ont prêché à la cathédrale de Sens de 1662 à 1781 ; le relevé en a été fait par M. l'abbé Chartraire ;;ur les registres des conclusions capitulaires conservés aux archives de l'Yonne, G 679 à 681 :
1G62. Octave et Avent. P.Vincent Coflairy, dominicain, doct. en théologie.
1G65. Avent. P. Louis de S'« Marie, —
1666. Octave du S' Sacrement. Jean-Dominique l'Archevêque, prieur de
1GG9, — P. Jolly, dominicain. [Sens.
1725. . — J.-B. Colomb —
— Avent. P. Jolly —
1728. Octave. Mathieu Marchand —
— Avent. J.-B. Colon —
1729. — Georges Toulouze — 1733. — Pierre des Granges — 1736. Carême - -
1738. Octave. François Frémy —
1739. — Alexis de Bona, prieur de Sens.
Atteint d'hydropisie il mourut la dernière année de son priorat à l'âge de 42 ans le 6 février 1644 et fut inhumé dans son église conventuelle (1).
Jean-Baptiste du Boys, ancien prieur d'Angers, qui lui succéda, fit poser dans le cloître la grande inscription commémorative rappelant la fondation de l'ordre de Saint-Dominique, l'arrivée à Sens des Frères prêcheurs, la dévastation du premier couvent, sonrétablissementdansla ville, ainsi que les pieuses libéralités de Pierre de Varennes, d'Adam de Nemours et de Jacques du Croiset. Nous avons fait remarquer plus haut, page 6, l'inexactitude de la date de 1240 assignée dans cette inscription à la fondation du couvent de Sens. Jean-Baptiste du Boys mourut à 60 ans, le 10 septembre 1661.
De graves difficultés surgirent alors pour le choix d'un nouveau prieur : le provincial de France, ayant voulu instituer le P. Raymond Gopoys, docteur en théologie, ancien religieux d'Auxerre, une certaine opposition se manifesta dans la communauté contre cette décision et le maître général de l'Ordre dut déléguer le P. François Gorgeat, prieur de Provins, pour faire une enquête et mettre fin à une situation
1741. Octave. Mathieu Lecerf, dominicain.
1745. — P. Bernax-d, Fr. Desnoys —
1746. Avent. Louis Reynaud — 17.'53. — Jo.sepli-Alexis Bona, prieur de Sens. 1754. — Pliilippc Pronier, dominicain.
17.Î8. — Bernard-François de Noailles, prieur de Sens. 1759. Octave Honoré-Joseph Logier, dominicain. 1781. — Plerre-Josepli Perrault, prieur de Sens. (1) Voy, son inscription à la fin de cette notice.
anormale (1). Ce fut le P. François Bourgoin qui prit temporairement la direction de la maison de Sens; Jean-Dominique Larclievêque fut ensuite nommé prieur (2), François Bourgoin le remplaça en 1668, mais une querelle s'éleva avec l'ancien prieur et la nouvelle discorde motiva encore l'intervention du général de l'Ordre (3).
Toutes ces discussions, généralement assez mesquines, dénotaient un regrettable relâchement de zèle et de discipline. Il parut nécessaire de prendre des mesures afin de détruire les premiers ferments de désagrégation et l'on songea dès lors à réformer le couvent pour y établir l'observance régulière. L'archevêque de Sens, Ma^" Montpezat de Carbon, poursuivit ce but avec une sollicitude toute particulière (4).
Des Lettres du 8 avril 1682 (5), données à Bome par le Père général de l'Ordre, soumirent la com-
(1) Lettre du 19 septembre 16G1. Regestiiin episiolariim Galliae de Marignis. — Le 10 octobre suivant, le général de l'Ordre écrivit au P. Bourgoin pour ["informer de la mission du P. Gorgeat. — Archives de l'Ordre à Rome.
(2) Un acte du 12 avril 1666 portant constitution d'une rente au profit du couvent par Claude Prunay, bourgeois de Sens, Edme Prunay, procureur du roi, et Etienne Prunay, nous donne les noms de quelques religieux de cette époque : Louis de Sainte-Marie, licencié en théologie de la faculté de Paris, prédicateur à Sens, Fi'ançois Bichy, Antonin Fleury, syndic, Charles Mesnuy, Gaspard-Louis Ponceau et Louis Launoy. (Min. de Jacques BoUogne, Ch. des Not.)
(3) Lettre du maître général à François Bourgoin, prieur de Sens, pour l'informer de la visite du commissaire général chargé de mettre ordre à la querelle. — 1G68. — Archives de l'Ordre.
(4) Bibl. de Sens, ms. n" 05, f» 449.
(5) Archives de l'Yonne, H 578 et Lettres privées du maître général de Monroy, — Archives de l'Ordre.
miinauté de Sens à l'autorité de Jean-Louis Floriot, ancien prieur de Provins, ex-provincial de France, vicaire et commissaire général des couvents réformés de la Province, qui avait mission de la faire rentrer dans la règle ainsi que de remplacer le prieur et les religieux non réformés (1). Cette commission fut enregistrée au Parlement de Paris en vertu des lettres patentes (2) du roi du 10 juin de la même année. La réforme produisit d'heureux effets, le couvent rentra dans le calme et, le 18 juillet 1684, le maître général de Monroy écrivait au P. Jean Frapier, prieur de Beaune, qu'il est heureux «. de voir se multiplier au couvent de Sens les éléments d'observance et l'y transfiliera volontiers (3). »
Mais la décadence de l'Ordre de Saint-Dominique commençait presque partout en France, les communautés se dépeuplaient, celle de Sens qui avait été autrefois si prospère et comprenait encore, au xvi<^ siècle, une quinzaine au moins de religieux, fut réduite à sept ou huit personnes (1), le jansénisme avait, suivant l'expression si juste du P. Chapotin, desséché les âmes, la philosophie et l'incrédulité naissante du xvm^ siècle allaient porter un Coup fatal aux vocations monastiques, les liens qui rattachaient entre elles les diverses maisons
(1) Le curé Rousseau fait cette réflexion : « Les religieux ont été réforii;és en 1G82 pour des raisons que je ne sçay pas déduire, mais en tous cas pour quelque chose de mieux puisque ceux qui y sont aujourd'luiy sont plus parfailz que ceux qui y étoient. » Ms. n' G5.
(2) Nous donnons plus loin, aux Annexes, le texte de ces Lettres patentes.
(3) Archives de l'Ordre
religieuses se rompaient peu à peu, et chaque communauté, s'isolant de plus en plus, ne pourrait bientôt trouver dans ses propres ressources ni les biens temporels nécessaires à son existence, ni surtout cette énergie morale qui assure l'avenir.
Dès la fin du xvnc siècle nous assistons à la déchéance progressive du couvent des dominicains de Sens, Faction de ces religieux, sans cesse décroissante, deviendra même si restreinte, leur situation si précaire, que le rôle de la Révolution consistera uniquement à précipiter une solution qui se serait fatalement produite quelques années plus tard.
Il suffira donc, pour retracer l'histoire si effacée de cette dernière période, de donner, en l'accompagnant de commentaires sommaires, une simple énumération des prieurs et des religieux dont nous avons pu retrouver les noms :
1672. Mathieu Hyacinfiie du Ay, docteur en théologie, prieur. (Archives de l'Yonne, G 189.)
1675. François Augustin Poyrier, prieur. (Archives du Loiret.)
1677. Denis Hervé, maître en théologie. Par une lettre du fô décembre 1677, le maître de l'Ordre de Monroy accorde son affiliation au couvent de Sens et félicite la communauté d'avoir élu un fils aussi distingué qui doit contribuer à l'illustration de l'Ordre. (Archives de l'Ordre à Rome.)
1678. François Cotty, bachelier en théologie, transféré du .couvent de ChAlons à celui de Sens, prédicateur général en 1682. (Arch. de l'Ordre.)
1679. Eustache de Béraud, prieur. (Archives de l'Ordre,
(1) A. DE BoiSLisLE, Mémoire de la généralilé de Paris, 1C98-1700, I, 48, Diocèse de Sens, les religieux jacobins sont huit.
Reg. deMonroy, 5 juin 1679) ; au terme de son priorat, c'esfà-dire au bout de trois années, une lettre du maître général du 10 avril 1680 autorise sa réélection. (Ici.)
1683. François Félix, fds et prieur du couvent, professeur de philosophie et de théologie, meurt, à cinquante-cinq ans, le 24 septembre 1683 [IdJ.
1684. Jacques le Fèvre, religieux de Rouen, affilié à Sens sur sa demande. (Arch. de l'Ordre Lettre du 23 mai 1684 du maître général de Monroy.)
1685-1690. Guillaume Hyacinthe de la Roche, docteur en théologie, prieur, réélu en 1687 avec dispense d'interstices (Arch. de l'Ordre, lettre du général Cloche, du 15 juillet 1687. Acte du 8 avril 1G90 devant J. Rollogne, notaire à Sens, Arch. de la Chambre des Notaires), puis prieur d'Auxerre.
1690. Jérôme Véron, procureur du couvent. (Min de. Jacques Bollogne.)
1690. André Poncet et Claude Nelaton, religieux. (Acte du 8 avril 1690, J. Bollogne, not.)
1692. Jean Frapier, maître en théologie, ancien prieur de Beaunc et d'Auxerre, autorisé à se retirer au couvent de Sens. (Arch. de l'Ordre. Lettre du général Cloche du le avril 1692.)
1695. Louis le Long, prieur. (Arch. de l'Yonne.)
1697. François le Comte, bachelier en théologie, prieur.
— Jacques Marchand, sous-prieur.
— Jacinthe Roy, procureur syndic du couvent. (Min. de J. Bollogne.)
1697. Pierre Houlley, Olivier Damorin, sacristain en 1699, et Léonard Jaïl, religieux (1).
1698-1700. Philippe Guillemin, docteur en théologie, prieur. (Archives de la Ch. des notaires de Sens, Min. de Jacques
(1) ]]ail du 28 octobre 1097, à Michel Granger, marchand arboriste à Monlargis, « de 2 arp. de terre la^)ourable entourée présentement de treilles et vigne despendant du cloz appelle le cloz des Jacobins assiz sur la douve des Ibssez de ceste vUle proche la Butte.» — Min. de Jacques Bollogne, notaire à Sens. Archives de la Chambre des Not.
BoUogne.) Institué de nouveau prieur en 1703 (2 octobre 1703. Arch. de l'Ordre. Reg. du général Cloclie). Sous-prieur la même année (10 août. Min. de J.-J. Bollogne).
1699. Louis Mainthier, sous-prieur en 1700 (Min. de Jean- Jacques Bollogne, not. à Sens).
1700. Jean Philbert, procureur [doj.
1700. Pierre de Putigny, sacristain, Jean-Baptiste Cliicot de la Noue, religieux (et).
1701 Guillaume Verteau, procureur fd"].
1701-1703. Cliarles-Hyacinthe Pinot, docteur en tliéologie, prieur (Min. de J.-J. Bollogne).
1705. Jean-Dominique Marchand, /^rzemv (Arch. de l'Yonne).
1706. Âmbroise Valleriole, procureur. (Min. de J.-J. Bollogne.)
1707. N. Rossignol, prieur. (Livre des obits.) 1709-1710. Jean Larnois, docteur de Sorbonne, prieur.
(Min. de J.-J. Bollogne.)
1711. Antoine Larnois, sous-prieur, Charles Legrand, religieux [d"].
1711-1714. François-Hyacinthe Lemaire, prieur. (Archive de l'Ordre et de l'Yonne et Min. de J.-J. Bollogne.)
1712-1720. Pierre Hennessy [d^'J, Irlandais affilié au couvent de Sens. (Archives de l'Ordre et min. de J. J. Bollogne.)
1712-1719. Jean-Baptiste Badoilliar [doj.
1715-1716. Jean Pigornet, professeur en théologie, prieur. (Min. de J.-J. Bollogne.)
1715-1719. Jean Maure, procureur en 1715 (d^'J.
1716-1718. Jean Larnois, prieur fd°J.
1716. Etienne Colombeau, procureur /'rf"/.
1716. Charles Boisleux, religieux (d"].
1719-1721 Louis Vuiron, docteur en Sorbonne, prieur [d^J.
1722-1723. Antoine Baudouin , professeur en théologie , prieur (d°J.
1719. Louis Gênée, sous-prieur, procureur en 1722 fdoj.
1720. Charles Breton, religieux {d°J.
1713-1721. Baltasar Lambert, religieux du couvent de Gre-
noble, sous-prieur de la maison de Sens, inhumé à Sens. (Archives de l'Ordre.)
1722-1729. Pierre Beaujard, religieux d'Auxerre, prieur de Sens, prédicateur général. (Archives de l'Ordre. Reg. du général Ripail.)
1722. François Desgranges, ancien prieur de Beaune , prieur de Sens, de nouveau prieur en 1731. (Archives de l'Yonne.)'
1728. Gilbert Gallais, affilié à la maison de Sens. (Arch. de l'Ordre.)
1737. P. Laurens, prieur. (Arch. de l'Ordre. Reg. du général Cloche.)
1739-1755. Alexis de Bonadona, prieur, prédicateur général. (Arch. de l'Yonne.)
1758-1762. Bernard-François de Noailles, prieur. (Arch. de l'Yonne.)
1765-1767. Jean-Pierre Demolombe, j!)i-/enr fd").
1772. François-Nicolas Vassou, prieur fd°J.
1780-1781. Pierre- Joseph Perrot, prieur [d<>J.
Août 1781-1787. Bernard de Coux, prieur, religieux du couvent d'Angoulême, admis le 14 novembre 1772 à soutenir sa thèse de doctorat. (Arch. nat., LL 1531.) Continué dans ses fonctions de prieur (1) à la demande de l'archevêque de Sens.
1789. Barthélémy Laniaille, profès en 1753, prieur en 1789.
1789. François Triboulet, né en 1724, profès en 1746.
1789. Jean-Pierre Damelincourt, né en 1722.
(1) La lettre suivante, adressée par le cardinal de Luynes au général des Dominicains pour demander la j)rorogation des pouvoirs du P. de Coux, est intéressante à rapporter ;
« Sens, 15 may 1784.
(( Il y a,, mon très révérend Père, un couvent des Dominicains dans ma ville de Sens dont le Père Bernard de Coux est prieur depuis trois ans. Ce religieux est très régulier et régit très bien sa maison, tant pour le spirituel que pour le temporel. Des Anglois catholiques romains se sont retirés à Sens et dans les environs, mais ils ont besoin, pour se confesser, d'un prêtre qui sçaclie leur langue, et le Père Bernard de Coux est le seul prêtre dans la ville de Sens à qui cette langue soit familliére. 11 a du talent pour
1789. Augustin Membre, né en 1749, profès en 1775, dans sa famille en 1789, pour cause de démence.
1789. Ambroise Duclin, diacre, né en 1748, profès en 1768, dans sa famille en 1789.
1789. Edme- Hubert Verrot, frère convers, né en 1750, profès en 1782.
A la fin dn xviif siècle, vers 1772^ la maison des Dominicains de Sens était tombée dans nne telle misère que la Commission établie en 1771 par le roi pour la réforme des communautés religieuses avait émis l'avis (1) de supprimer le couvent et de le réunir à celui de Provins.
La communauté de Sens, en apprenant la décision qui la menaçait, protesta vivement et présenta un mémoire (2) dans lequel elle fit valoir l'antiquité de sa fondation, son observance régulière, les services qu'elle rendait par ses prédications et en assurant le service divin dans plusieurs paroisses et chapelles du diocèse (3), insistant sur ce
la chaire et il m'a toujours montré beaucoup de zèle toutes les fois que je l'ai emplo3'é dans mon diocèse. Mais le temiis de sa priorature expire au mois d'aoust prochain et je serois fâche qu'il passât dans une autre maison. S'il n'est point contre le bon ordre qu'il soit continué encore trois ans dans sa place, vous m'obligerez, mon très révérend Père, en prorogeant ses pouvoirs de prieur dans la maison de Sens. Les motifs que j'ai de vous demander celte grâce pour le Père de Coux ne sont fondés que svir la persuasion où je suis qu'il sert utilement la religion clans mon diocèse et qu'il conduit bien sa communauté. Je vous prie d'être persuadé, mon très révévércnd Père, de la considération distinguée avec laquelle je vous honore. « Le card. de Luynes, archevêque de Sens. »
Le T. R. P. Quinones, général des religieux Dominicains à Home. — (Arcliives du Vatican).
(1) Bibl. Nat. f. Fr. 13851. Rapport de la Commission des Réguliers.
(2) Archives Nat. G 9-19.
(3) Dans leur mémoire les religieux de Sens font connaître qu'ils sont
point que, si son revenu était à la vérité fort modeste^ du moins aucune dette ne le grevait, que les bâtiments du couvent restaurés à grands frais se trouvaient actuellement en meilleur état que ceux de Provins et pouvaient contenir un plus grand nombre àe religieux. Cette réclamation, sans doute appuyée de la puissante influence du cardinal de Luj^nes, fut entendue et l'on laissa la maison s'éteindre tout doucement jusqu'à la Révolution. Un Chapitre provincial y eut encore lieu en 1774; dans cette assemblée, qui se réunit le 27 avril et dura huit à dix jours, le P. François-Nicolas Corard, prieur de Dijon, fut élu provincial de France (2).
En 1789, la communauté ne comprenait plus que six religieux, dont quatre seulement résidaient à Sens. Voici l'état de la maison au 19 octobre 1789 (3).
R. I^. Barthélémy Lamaillc, prieur, profès en 1753.
P. François Triboulet, né en 1724, profès en 1746, confesseur du monastère de Saint-Dominique de Montargis.
P. Jean-Pierre Damelincourt, né en 1722, en résidence à Sens.
« chargés de 4 dessertes : Lorris, Langues, Saint-Loup-d'Ordon, l'abbaye Saint-Antoine, d'une messe dimanches et fêtes aux prisons roj'alles de la ville (Vo}'. Archives de l'Yonne, H 583), qu'ils font des prédications dans dilléreiites paroisses de Sens et sont à la disposition du cardinal de Luynes pour se porter partout où leur présence est jugée nécessaire. » En ce qui concerne ce dernier point on remarque en effet que des Frères Prêcheurs sont souvent délégués pour remplacer des curés de paroisses, même rurales. A Paron en 1679 (10 oct.) c'est frère Gaspard Louis Ponceau, jacoljin de Sens, qui dessert la cure, à Sainl-Marlin-du-Tertre les P. Garnier en 174G (oct.) et de la Lande en 1751 (janvier) rendent les mêmes services. (Etats civils de Paron et de Saint-Martin).
(2) Affiches de Sens, n" du 10 mai 1774.
(,^) Archives de l'Yonne, série Q
P. Augustin Membre, né en 1749, profès en 1775, assigne à Bourges, actuellement dans sa famille pour cause de démence.
Fr. Ambroise Duclin, né en 1748, profès en 1768, diacre, envoyé aux études dans la Savoie, actuellement dans sa famille.
Fr. Edme Hubert Verrot, né en 1750, profès en 1782, frère convers à Sens.
Le revenu de ces religieux, compris les baux des terres, les rentes foncières et constituées ainsi que le produit des fondations, ne s'élevait qu'à 1429"= 13'' (1), et encore de cette modique somme devait-on déduire les charges annuelles suivantes :
La rente due aux Jacobins de Provins 50 livres. La rente due aux Jacobins de Quingey
en Franche-Comté 50 t>
La rente due à M. Lhuit, procureur . 30 »
Les impositions royales . . . • . 57 14 Et celles de Granchettes 5 17
Ensemble 1931iv. 11 Il ne leur restait donc, pour subvenir aux besoins de l'existence, à l'entretien des bâtim ents et aux frais du culte, que la somme bien insuffisante de de 1236 livres 2 sous. C'était, on le voit, presque la misère.
Les ordres religieux et les vœux monastiques ayant été abolis (12 février 1790) et la vente des biens ecclésiastiques prescrite, tous les religieux dominicains de Sens déclarèrent, dès le 22 mai 1790, se soumettre aux décrets de l'Assemblée nationale
(1) Archives de l'Yonne, série Q,
et accepter les pensions qui leur étaient offertes (1). Cependant, le 15 septembre suivant, la communauté subsistait encore de fait. Le conseil du district de Sens ayant alors député l'un de ses administrateurs et le procureur syndic pour ce prendre des renseignements sur la maison des Jacobins relativement aux vues qu'avait l'administration sur cette maison pour V établir le lieu de ses séances, » le P. Lamaille repondit fièrement qu'il resterait dans sa maison (( jusqu'à ce qu'on l'expulsât par force » et qu'il ne permettrait, à aucun religieux d'en sortir. Mais cette protestation fut bien éphémère, car dès le lendemain, lorsqu'un commissaire désigné par le district se présenta, demandant la mise en liberté immédiate d'un religieux, le P. d'Amelincourt, qui s'était plaint d'être retenu en captivité et réclamait la pension décrétée par l'Assemblée nationale en faveur des religieux qui voudraient se retirer du cloîtré, le même prieur déclara a qu'il n'entendait apporter aucun obstacle à l'exécution des décrets de l'Assemblée et à la sortie du P. d'Amelincourt (2). ))
Ainsi se dispersa, sans résistance, la petite communauté de Sens, puis il fut procédé à la ventç de ses biens.
Dès le 30 décembre 1790, le clos de l'Esplanade, l'emplacement du premier couvent fondé au xnie siècle, était adjugé moyennant 1 600 livres à un sieur Royer. Le 14 janvier 1791, une partie des bâ-
(1) Archives de l'Yonire, série Q.
(2) Archives de l'Yonne, série Q.
timents claustraux fut vendue pour 3 550 livres au sieur Chaussefoin, puis, le 16 février suivant, le surplus de la maison conventuelle, l'église, le jardin et le chantier, partagés en cinq lots, devinrent, par suite d'enchères qui s'élevèrent à 14 600 livres, la propriété de divers citoj'^ens (1).
Telle fut la fin de ce couvent, l'un des plus anciens de la province de France ; nous espérons ne pas nous être complètement trompé en pensant que son antique splendeur, ses infortunes et l'illustration de quelques-uns de ses religieux le rendaient digne de sortir un peu de l'oubli profond dans lequel il était tombé.
(1) Archives de l'Yonne, Q 55 £'• 125, 12G.
DESCRIPTION HISTORIQUE ET ARCHEOLOGIQUE DU COUVENT. — l'ÉGIASE, le CLOITRE, LE RÉFECTOIRE ET LA NOUVELLE CHA- PELLE. — INSCRIPTIONS DES PIERRES TOMBALES.
LE couvent des Dominicains occupait tout le terrain compris entre la rue des Jacobins (aujourd'hui Beaurepaire), la rue Mauconseil (aujourd'hui Charles-Leclerc), la rue du Grand-Verger (aujourd'hui des Vieilles -Eluves) et bordé au midi par divers bâtiments ou dépendances des maisons bâties sur la Grande- Rue. Nous avons pu d'ailleurs établir un plan qui permet de se rendre suifisamment compte de l'emplacement des diverses constructions composant rancienne maison religieuse.