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LE BRUIT DES FEUILLES

Déserteur soucieux du foyer villageois, Vous étes-vous, le soir, attardé dans les bois : Et de leurs sons plaintifs traducteur taciturne, Avez-vous écouté, dans leur langue nocturne.

Les discours fabuleux des arbres et du vent : Non pas ceux que l'orage en arrache souvent, Lorsqu'y portant des mers les vagues conjurées, n fait de leur feuillage un écho des marées.

Mais ces soupirs rêveurs qu'échangent les rameaux, Quand un souffle si doux s'ébat sous leurs réseaux. Qu'on croirait que le ciel entend monter la brume. Et que l'encens des fleurs n'est que du bruit qui fume ?

De ces rameaux entre eux quels sont donc les secrets : De quoi se parlent-ils? Des ramiers indiscrets, Qui cachent, sous leurs toits, des amours peu fidèles, Et s'y laissent bercer, en repliant leurs ailes 1 Causent-ils de ces nids, qu'ils gardent tout Tété : De Tonde, où leur fraîcheur prend un bain argenté : Des papillons qu'on voit, chenilles de la veille. D'un parterre qui vole émerveiller l'abeille? Admirent -ils tout bas, à travers leurs treillis, Ce fanal promeneur, qui luit dans les taillis : Et quand l'amour demande un refuge à leur ombre. Lui font-ils le serment de la rendre plus sombre ? Du nuage qui passe implorant la faveur, Élèvent-ils vers Dieu leurs frissons de ferveur? Et les feuilles enfin, de quoi se parlent-elles? Des baisers du soleil, de ces ponts de dentelles. Qu'y suspend l'araignée avec ses doigts fileurs. Et que l'aube vermeille adome de ses pleurs!

Jasent-elles du soir, et de leur courte vie.

D'une chute si prompte, hélas 1 sitôt suivie?

C'est à quoi je rêvais, sous les bouleaux du Val, Hier, en regagnant mon couvent féodal.

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