CHAPITRE I
Le crâne des criminels comparé au crâne des sujets non criminels
Le crâne est l'asile du cerveau. Son étude, en raison des relations intimes qu’il affecte avec Torgane de la pensée et de la volonté, est de la première importance en Anthropologie générale et philosophique. A fortiori l’examen du crâne est-il d’une importance majeure en Anthropologie criminelle.
J’envisagerai successivement le crâne dans son poids, sa capacité, ses dimensions absolues et relatives, dans sa forme et ses caractères de surface.
I. — Poids , capacité , dimensions , angles et diamètres du crâne.
Le poids, la capacité cubique, les dimensions absolues et relatives, les courbes crâniennes et les angles crâniens étudiés comparativement chez les sujets normaux et chez les criminels nous donnent-ils un critérium pour distinguer le crâne des criminels de celui des honnêtes gens? — Voyons.
1° Poids du crâne. — Le poids moyen du crâne n’a jusqu’ici fourni que des résultats assez contradictoires. Alors que 21 assassins italiens donnaient à Lombroso un poids supérieur à celui que lui fournirent des sujets normaux de même race, Manouvrier en opérant sur une série de 44 crânes d’assassins et de 50 crânes ordinaires, trouvait, au contraire, un poids moyen un peu inférieur chez les assassins.
Poids du crâne
Parisiens ordinaires 645 gr. (Broca)
44 assassins (Musée Orfila) 642 » (Manouvrier)
Nous avons, de notre côté, obtenu un poids moyen plus grand (700 gr.) chez les assassins que chez les sujets normaux (650 gr.). Mais quelle créance accorder à ces chiffres, quand on voit une série de crânes d’assassins comparés à une série de crânes d’hommes distingués fournir à peu près un poids identique? — Toutefois nous reviendrons sur le poids du crâne à propos du poids de la mandibule et du poids du cerveau. — J’ajouterai seulement ici que le poids du crâne féminin est au poids du crâne masculin :: 86,9 : 100 dans la série Broca, — : 85,6 : 100 dans la série Morselli.
2* Capacité du crâne. — La capacité crânienne moyenne des Parisiens contemporains est de 1.559 c. c. (P. Broca), celle des Italiens est de 1.474 à 1.550 (Lombroso), celle des Allemands de 1.520 (Weisbach).
Mais pour montrer combien la capacité du crâne peut varier avec la race, et avec la méthode et celui qui opère (quotient personnel), je dirai que Lissauer (1) n’a accordé qu’une capacité de 1385 c.c. aux 283 crânes de Prussiens modernes qu’il a étudiés.
(1) Lissauer, Cranta Prussica (Zeitschrift für Ethnologie, 1874-1878).
Capacité crânienne (Broca)
Parisiens contemporains 1.559 c. c.
» du xiie siècle 1 531 »
Mérovingiens 1.504 »
Nègres d’Afrique 1.437 »
Auvergnats 1.598 »
Epoque des Dolmens (Lozère) 1.606 »
» (Marne) 1.534 »
Bordier (1), étudiant à cet égard la tête de 34 assassins du Musée de Caen, obtint une capacité moyenne de 1.548 c. c. avec 22 0/o entre 1 .600 et 1.700 c. cubes, et 16 0/o compris entre 1.700 et 1.800 c. cubes.
Je ne vois donc pas pourquoi il accorde à ses criminels une capacité supérieure moyenne à celle des honnêtes gens, mais je comprends qu’il la trouve plus considérable que la capacité moyenne des crânes de l’époque mérovingienne (1.504 c. c.), et que celle des crânes du cimetière des Innocents et du cimetière de l’Ouest (1.529 et 1.534 c. c.), surtout si l’on retient que le nombre proportionnel des grands crânes est beaucoup plus considérable chez les assassins que chez les normaux.
Ranke (2), qui a fait ses recherches sur les Bavarois, estime que la capacité crânienne des criminels est sensiblement pareille à celle des autres hommes, mais il admet que les variations individuelles dans les extrêmes sont beaucoup plus grandes.
Lombroso (3) déclare que les criminels offrent une prédominance de petits crânes; dans les criminels italiens il trouva une capacité moyenne réduite à 1 .466 c. c. — Ferri a confirmé ces résultats et, de plus, il a fait voir que cette capacité était plus faible encore quand on examinait les voleurs et les escrocs comparativement aux assassins. Benedikt, de son côté, est arrivé à des résultats analogues, et des chiffres de Bordier lui-même (en extrayant les femmes) et de Weizbach, il résulte que les
p) Bordier, Rev. d'anthropologie , t. II, p. 266, 1879.
(2) Ranke. Beitræge zür Anthrop. der Bayeras, 1883.
(3) Lombroso, L'homme criminel , p. 142.
assassins ont proportionnellement plus de petits crânes que les normaux.
Lombroso indique la capacité moyenne de 1455 c.c., chez les criminels italiens, la normale s’élevant aux alentours de 1500 c.c. De même il a observé que la capacité moyenne des femmes normales étant 1312, celle des criminelles n’est que de 1272 c.c.
D’après leurs recherches sur 54 crânes de criminels appartenant au Muséum et au Musée Orfila, à Paris, Ten Kate et
Pawlovsky (1) ont trouvé
Moy.
Max.
Mini.
Criminels S
En Belgique, Héger etDallemagne(2), sur 50 crânes d’assassins bruxellois, liégeois et gantois ont obtenu :
Assassins bruxellois 1.538
« gantois 1.555
« liégeois 1.487
Il ressort de ces chiffres que la moyenne de la capacité crânienne des assassinsparisiens ne dépasse point celle des Parisiens actuels normaux (1.545 c. c. contre 1559), et, qu’au contraire, celle des assassins belges, excepté la série liégeoise, dépasse notablement celle des sujets belges ordinaires, auxquels Héger et Dallemagne attribuent une capacité de 1.490 c. cubes.
Plus récemment Manouvrier (3) a cubé 61 crânes de décapités à Paris et à Lyon. La moyenne qu’il a trouvée, 1.573 c. c., ne s’élève que fort peu au-dessus de la moyenne ordinaire des Parisiens qui est, d’après Broca, de 1.559.
La différence observée, en faveur des assassins, soit 14 c. cubes,
(1) Ten Kate et Pawlovsky, Loc. cit., p. 113.
(2) Héger et Dallemagne : Etude sur les caractères crdniologiques d’une série d’assassins exécutés en Belgique, Bruxelles, 1881, p. 161.
(3) Manouvrier : Les crânes des suppliciés (Arch. de l’Anthrop. criminelle A- I, 1886, p. 135).
est égale, d’après l’anthropologiste précédent, à celle que l’on trouve entre deux groupes de Parisiens quelconques dont la taille moyenne diffère de 2 centimètres. Ce qui revient à dire que si la taille moyenne des assassins dépasse celle des sujets ordinaires, — comme on l’a supposé, — la faible supériorité crânienne constatée chez les décapités s’évanouirait du même coup. — Manouvrier conclut que la seule différence que l'on remarque chez les suppliciés, c’est un certain nombre de capacités excessives.
Onze crânes de criminels ont fourni à Benedikt (1) une moyenne de 1404 c.c. Le même auteur attribue celle de 1420 c.c, aux 104 crânes de la collection de Bonn, qui ont été étudiés par Schaaffhausen. En rapportant cette capacité à celle qui a été trouvée par Weissbach sur 210 crânes î des races Autrichiennes, soit 1500 à 1520 c.c. (moyenne), Benedikt conclut que le monde des criminels se recrute parmi les êtres anthropologiquement inférieurs.
Le crâne d’Hugo Schenk cube 1.700 c. c. et celui de Charlotte Corday 1.300 c. c.; celui d’Esposito avait une capacité de 1.448.
Dans de récentes recherches sur 44 crânes de criminels de l’Italie du sud, Cascella a obtenu une capacité de 1397 c.c.
En présence de ces divergences et de ces résultats contradictoires, que nous apprennent nos recherches personnelles?
La capacité crânienne moyenne d’une série de 10 assassins, obtenue par la méthode de P. Broca (2), nous donne 1.570 c. cubes avec écarts de 1.431 à 1.790, tandis que celle de dix sujets normaux, morts aux hôpitaux et pris pour termes de comparaison, nous fournit une capacité moyenne de 1.590 c. cubes avec écarts de 1.445 à 1.075. — Une série de 14 autres crânes
(1) Benedickt, Manuel ci Anhtropomêtrie crànio- céphalique, p. 9 et 10, tract. Kéraval, Paris, 1889.
(2) Dans la mesure de la capacité du crâne, j’opère comme on le fait à l’Ecole d’Anthropologie, à part que je fais repasser tout le plomb par l’entonnoir quand je cherche la quantité de plomb employé dans le remplissage et le bourrage du crâne. Cette modification au procédé de Broca donne environ 30 c. cubes de moins. — Les chiffres que je donne sont des chiffres rectifiés, par conséquent comparables à ceux des anthropologistes qui ont opéré d’après le procédé Broca.
Lli CRANE DES CRIMINELS
normaux nous a permis de constater une capacité moyenne de 1.582 c. c. (écarts = 1.450-1.675), tandis qu’une dernière série de 6 crânes ne nous donnait qu’une capacité moyenne de 1.372 c. c., ce qui prouve une fois de plus qu’il ne faut pas, en l’espèce, se hâter de conclure d’une façon trop absolue du particulier au général.
Mais nos assassins sont de la région lyonnaise, tandis que nos sujets normaux sont des sujets du Nord; or, on sait que ces pays ne sont point peuplés par la même race. Aussi, ce que nous voulons surtout retenir en ce qui concerne la capacité crânienne de nos suppliciés, c’est moins leur capacité moyenne moindre (1.578 contre 1.590) comparée à celle de notre série ordinaire, que leur capacité supérieure à la moyenne générale des sujets normaux (1.560 c. cubes), et surtout que l’étendue de l'échelle des capacités par laquelle ils se distinguent réellement. En d'autres termes, on trouve chez eux plus d’irrégularité dans la capacité et le volume du crâne que chez les normaux.
Si nous envisageons en bloc nos 109 criminels comparés aux sujets non criminels, nous trouvons en définitive une capacité crânienne moindre chez les criminels que chez les non criminels, 1.542 c. c. contre 1.560 c. c.
En résumé, les données actuelles de l’anthropologie en ce qui a trait à la capacité du crâne, ne nous montrent pas avec évidence que les criminels se distinguent par là des autres hommes.
Comme termes de comparaison à la capacité crânienne des sujets ordinaires et des assassins, je joins ici la capacité d’un certain nombre d'hommes distingués et d’aliénés.
La capacité des hommes distingués et des criminels est la suivante, d’après les évaluations de Manouvrier :
Î Moyenne des 10 premiers 1.661 c. c.
« 10 suivants 1.619 »
u 12 derniers 1.701 »
Moyenne générale 1.663 »
ILes 10 premiers 1 .534 c. c.
suivants 1.572 *
Les 10 « 1.594 »
Les 11 derniers 1.664 »
Moyennegénèrale. 1.593 »
4g ( 16 crânes d’aliénés 4 (collection de Gall) 1.449 c. c.
5 < 88 crânes d’aliénés 4 (Zuckerkandl) 1.468 »
^ / 28 crânes de folles (?) (Zuckerkandl) 1.338 »
D’après ces chiffres il est difficile d’accorder à Meynert, Sommer, Morselli, Peli, Amadei que, dans leur ensemble, les crânes d’aliénés ont une capacité moyenne supérieure à celle des individus sains d’esprit.
3 ° Indice crânio-cérébral. — D’après Manouvrier (1), le rapport du poids du crâne à sa capacité, c’est-à-dire Yindice crâniocérébral , serait moins élevé : a) chez les Parisiens que dans les races inférieures (nègres, néo-calédoniens) ; b) chez l’enfant et chez la femme que chez l’homme adulte dans une môme race. Cet indice serait enfin à son maximum chez les microcéphales et chez les anthropoïdes.
Eh bien ! cet indice qu’est-il chez les assassins?
Les chiffres obtenus par Manouvrier ne permettent pas une opinion nette et arrêtée à cet égard.
Néanmoins, les voici :
Indice crânio-cérébral
89 crânes
S parisiens contemporains .
41,3 (extrêmes — 33 —
40,1 (extrêmes = 33 —
d’assassins français .
40,1 (extrêmes = 32 —
d’hommes distingués .
39,7 (extrêmes = 33 —
de nègres africains
46,5 (extrêmes = 40 —
de néo-calédoniens .
57 (extrêmes = 43 —
de microcéphales ....
58,8 (extrêmes = 46 — -
d’anthropoïdes
101 (extrêmes = 60 —
Nain de lm 04
Géant de 2" 10
Nouveau-né
Enfant de 3 ans
Enfants de 7 à 15 ans
(1) Manouvrier : Rech. d’anatomie sur les caractères du crâne et du cerveau (Thèse de Paris, 1882, p. 63).
Debierre 3
Si l’on classe l’indice crânio-cérébral d’après la capaéité croissante du crâne, on trouve en tête les Européens distingués, les Européens ordinaires, les assassins, les nègres. Ensuite viennent s’intercaler les microcéphales entre les races humaines inférieures et les anthropoïdes. A ne considérer que ces faits, on est tenté de voir dans l’indice crânio-cérébral un caractère sériaire et hiérarchique dominé par le développement du cerveau et de l’intelligence. Mais si l’on examine des séries différentes entre elles par le développement général du corps (races de haute et de petite taille, hommës, femmes, enfants), on voit l’indice cérébral dominé cette fois parle développement du système osseux. — Manouvrier trouve l’explication de ce fait dans la précocité du développement encéphalique par rapport à celui du crâne, et dans la précocité du développement crânien par rapport au développement des os en général. En réalité, l’interprétation de ce fait se rattache à celle du poids relatif de l’encéphale .
Si maintenant nous comparons avec Manouvrier l’indice crânio-cérébral chez l’adulte et le nouveau-né d’une même race, — considérant que la capacité du crâne est de 400 c. c. chez le nouveau-né (Welcker) et 1,560 chez les Parisiens s adultes (Broca), — on trouve :
Enfant nouveau-né 12,0
Homme adulte 41,3
Dans une double série de 10 sujets, j’ai trouvé moi-même l’indice crânio-cérébral comme suit :
Normaux 40,9
Assassins 44,9
Il ne faudrait pas se hâter de conclure du reste , d’après quelques chiffres, qui paraissent établir une sorte de parallélisme entre le poids du crâne et sa capacité — qui est dans d’étroites connexions, on le sait, avec le développement du cerveau, — à un développement cérébral particulier chez les criminels, car le poids du crâne n’exprime pas sa capacité, mais est en rapport surtout, avec le degré de développement du squelette et l’état ostéoporotique.
4° Indice crânio- fémoral. — Le rapport du poids du crâne = 100 au poids des fémurs (qui traduit assez bien le poids du reste du squelette) porte le nom d indice crànio- fémoral. Cet indice est le suivant d’après les recherches de Manouvrier :
Indice crânio-fémoral.
8 Péruviens et Californiens , . . 105,4
20 nègres 121,9
20 Européens 129,0
4 Gorilles mâles (1) 141,3
De ces chiffres, il résulte que si l’indice crânio-fémoral varie selon les races, cela tient à la différence de stature, et si la différence sexuelle qui se traduit par un poids crânien surpassant 83 fois sur 100 le poids des fémurs dans le sexe féminin et seulement 19 fois sur 100 dans le sexe masculin, cette différence tient aussi à la différence de taille entre l’homme et la femme. Ce qui n’empêche pas d’ailleurs, pour le dire en passant, que l’indice crânio-fémoral, est l’un des caractères sexuels les plus tranchés que l'on connaisse.
Au fond, le poids du crâne augmente en général avec le poids du squelette, mais pas proportionnellement au poids de ce dernier. Ce poids est d’autant plus élevé par rapport à celui du squelette que le poids de ce dernier est moins considérable, et l’importance pondérale du crâne décroît, dans l’espèce humaine, de l’enfant à l’homme en passant par la femme, et de l’hompne de petite taille à l’homme de haute stature.
Ces faits démontrent que le poids du crâne subit une autre influence que celle du développement général du squelette. Cette influence, il est rationnel de l'attribuer au développement du cerveau, car on sait que le rapport du poids de l'encéphale
(1) Je n’indique l’indice du gorille que pour donner une idée de ce qu’il est chez les anthropoïdes, car la face prenant une ampleur toute particulière chez les animaux, vient troubler toute comparaison sur ce sujet entre l’espèce humaine et les quadrupèdes.
au poids du reste du corps est plus considérable chez l’enfant que chez l’adulte, plus élevé chez le petit homme que chez l’homme grand, chez la femme que chez l’homme. Ce qui fait que l’indice crânio-fémoral traduit la valeur du rapport cérébrofémoral.
Dans uu autre ordre d’idées, si la capacité du crâne ne croît pas toujours avec le poids du crâne, c'est que ce dernier poids est souvent influencé par le grand développement du système osseux, sans un développement parallèle du cerveau, ce qui arrive fréquemment chez les hommes de haute taille qui ne sont pas toujours des intellectuels, on le sait. — D’autre part, si le poids du crâne ne s’élève pas toujours parallèlement avec sa capacité, c'est que certains sujets très intelligents et possédant en conséquence un cerveau volumineux, sont néanmoins de petite taille et ont, par suite, un crâne d’un poids assez faible.
5° Indice cérébro-fémoral. — Le rapport de la capacité crânienne = 100, au poids des fémurs porte le nom d 'indice cérébro-fémoral. Il est d’après Manouvrier :
14 squelettes Européens. . . . 54,5 (Ecarts — 46-64)
20 squelettes de Nègres. . . . 55,4 (Ecarts = 45-69)
Cet indice est chez l’assassin Gonachon du musée du professeur Lacassagne de 68,2.
6° Indice cranio-spinal . — On entend sous ce nom, le rapport entre la superficie du trou occipital indiquée en millimètres carrés et la capacité crânienne exprimé en centimètres cubes. Cet indice fournit la valeur relative du trou occipital.
Mantegazza (1) a trouvé comme moyenne :
(1) P. Mantegazza, Dei caracteri gerarchia del cranio umano (Archivio dell’Anthropologia, Florence, 1875).
20 Italiens
2 Australiens . .
3 Néo-Zélandais
6 Nègres
Indice moyen . .
Extrêmes
Anthropoïdes. . .
A s’en rapporter aux résultats obtenus par Varaglia et Silva (1) les criminels se rapprocheraient, sous ce rapport, des Anthropoïdes et des races humaines inférieures. Leurs chiffres ont été obtenus chez 60 femmes coupables de différents délits :
Crime
Nombre de sujets examinés
Superficie du trou occipital
Indice
cranio-spinal
Viol
Incendie
Homicide
Assassinat
Blessures
Vol
Infanticide
Prostitution
Empoisonnement
D’après Lombroso (2), la superficie du trou occipital a donné plus de 800 millim. c. chez 14 voleurs, et chez 4 meurtriers elle dépassait 1.000 millim. c., tandis que chez S autres voleurs et chez 7 assassins, elle n’atteignait pas 700 millim. c.
La discordance de ces chiffres n’annonce-t-elle pas ellemême leur peu de valeur?
7° Circonférence horizontale totale du crâne. — Les données que nous fournit l’étude de la circonférence du crâne ne sont pas moins contradictoires que celles que nous a procurées la capacité crânienne. Dans notre race, la circonférence horizon-
(1) Varaglia et Silva : in Lombroso, L’Homme criminel, p. 161.
(2) Lombroso : Loc-cit, p. 161.
taie totale du crâne est en moyenne de 525 millim. chez l’homme et de 498 chez la femme, 513 chez les Nègres 1 2 3 4 5, 488 chez les nègres
Or, si les chiffres obtenus par Ten Kate et Pawlovsky (1) n’accordent aux criminels qu’une circonférence crânienne inférieure à celle du crâne des normaux, les chiffres de Bordier (2) et de Héger et Dallemagne (3), au contraire, leur attribuentune circonférence plus élevée. Nos propres recherches s’accordent avec celles de Ten Kate et Pawlovsky. Il en est de même de celles qu’a faites Corre sur les 18 crânes de criminels français du Musée anatomique de l’Ecole de Brest.
Bordier a trouvé 523 millim. de tour de tête chez ses assassins; nous, nous avons trouvé 521 chez nos décapités et 525 chez nos sujets normaux. Corre n'a obtenu que 512 millim.
Ten Kate et Pawlovsky ont noté :
Moy.
Max.
Min.
Criminels &
Ces chiffres placent les assassins au-dessous de la moyenne générale, au niveau des races nègres et océaniennes, au niveau des Parisiens du moyen-âge.
Or, ceux de Héger et Dallemagne les placent au-dessus, ainsi que le prouve le tableau suivant :
Assassins bruxellois 534 millim.
» liégeois 5V9 »
» gantois 527 »
Bruxellois normaux (82) 525 »
Bordier (4), comparant les résultats obtenus par lui, sur des meurtriers, avec ceux qu’a obtenus G. Le Bon (5) sur des savants,
(1) Ten Kate et Pawlosky, Loc-cit , p. 111.
(2) Bordier, Loc-cit , p. 267.
(3) Héger et Dallemagne, Loc-cit, p. 162.
(4) Bordier, loc. cit., p. 268.
(5) G. Le Bon. Rech. sur les lois des variations du volume du cerveau. (Rev. d’Anthrop., p. 27, 1879).
des bourgeois, des nobles et des domestiques de l’époque contemporaine, trouve la circonférence du crâne un peu inférieure chez les assassins. En ramenant les chiffres à 100, il obtient :
Savants • . . 100
Domestiques 100
Nobles 08,9
Bourgeois . 98
Assassins. 96,4
Quelle admirable chose que la statistique ! Honorez la, savants, elle vous place sur le même rang que les domestiques ! Servir la Science ou servir des Maîtres, c’est la même chose — au point de vue de la circonférence horizontale du crâne. Mais rassurezvous, dans les tables de Ten Kate et Pawlovsky, les hommes célèbres occupent la tête avec le maximum de circonférence, soit 330 millimètres, les criminels le dernier rang, au-dessous des anciens parisiens du cimetière de l’Ouest !
Quoi qu’il en soit les séries italiennes et allemandes de Lombroso, Ferri, Weisbach, etc., accordent aussi aux criminels un tour de crâne plutôt inférieur que supérieur à celui des crânes normaux, ce qui concorde avec l’observation deLauvergne, qui reconnaît aux trois quarts des forçats examinés par lui, une tête plutôt petite que grosse. Les mensurations de 200 têtes de forçats moulées en plâtre du musée de Brest, ont prouvé à Corre et à Roussel, qu’il y a, chez les criminels, une forte proportion de têtes au-dessus et au-dessous de la moyenne ordinaire mais dont l'ensemble fait prédominer les petits crânes.
Dans la série des criminels de Bonn (164) la circonférence horizontale moyenne est d’environ52 cent. , — à peu de chose près guère plus élevée que celle des 216 autrichiens de Weissbach, — mais ce qu’on remarque surtout (Benedikt), e’est la proportion plus grande des crânes de criminels dépassant les tours de crânes élevés de 54 cent. Ainsi, tandis que dans la série de Weissbach 3,3 0/0 .seulement des crânes dépassent 54 cent., dans celle de Bonn 19 0/0 sont au-dessus de ce chiffre. — Disons en passant que c’est ce que Benedikt a également noté sur 67 crânes d’aliénés de Zuckerkandl et sur 16 de la collection de Gall.
La circonférence du crâne d’Hugo Schenk mesure 517 millimètres dont 9 millimètres au profit de la moitié droite (moitié droite == 263, moitié gauche = 254). Celle d’Esposito, 518.
Dans ses recherches récentes sur 150 prostituées, 100 voleuses, 150 femmes honnêtes, dont 100 paysannes et 50 femmes instruites, toutes appartenant aux types des « Grands Russiens » Pauline Tarnowsky (1) est également arrivé à cette conclusion que le volume de la tête décroît des femmes lettrées aux paysannes honnêtes et ignorantes, de celles-ci aux voleuses et que ce sont les prostituées qui, de toutes, ont le plus petit crâne, j’allais dire le « moins de cervelle ».
Mais est-ce là une raison suffisante, pour faire, avec l’auteur, des prostituées et des voleuses une classe de femmes « dégénérantes? »
D’ailleurs ne l’oublions pas, au point de vue de l’appréciation des actes cérébraux ou psychiques, ce n’est ni sur l’examen de la courbe horizontale du crâne, ni sur la capacité crânienne, que l’on doit établir une base d’étude. Un petit crâne peut renfermer un noble cerveau, une grande intelligence, si l’organe cérébral est bien pondéré et bien construit au point de vue morphologique et histologique; un grand crâne peut ne contenir qu’un cerveau de peu de valeur, si ce dernier est mal équilibré et si son territoire sensitivo-moteur ou animal l’emporte sur son territoire intellectuel et moral. Nous sommes peu avancés encore en localisations fonctionnelles dans le cerveau, mais il semble pourtant bien que c’est dans les lobes frontaux que s’élaborent principalement les actes psychiques, tandis que les lobes parietooccipitaux président plus spécialement aux phénomènes sensitivo-moteurs ou impulsifs. S’il en est ainsi, il serait donc possible de mesurer, jusqu’à un certain point, la prédominance relative des facultés intellectuelles ou des facultés instinctives et impulsives, en un mot d’établir la supériorité ou l’infériorité cérébrale relative d’un chacun, d'après l’aire des surfaces qui recouvrent les diverses régions du cerveau.
(1) Pauline Tarnowsky, Étude anthropométrique sur tes prostituées et les voleuses, Paris, 1889.
Nous reviendrons plus loin sur ce point à propos de la triangulation du crâne, mais disons pour l’instant que ni la demi circonférence antérieure, ni la demi circonférence postérieure du crâne, pas plus d’ailleurs que la courbe transverse sus-auriculaire, que nous allons passer en revue, ne permettent d’apprécier à leur juste valeur, les différentes régions du cerveau. Il faudrait pour cela opérer, d’après la méthode que nous avons exposée ailleurs (1).
8° Comparaison de la demi-circonfèrence antérieure et de la demi-circonférence postérieure horizontale du crème. — La circonférence totale du crâne englobe à la fois la région antérieure et la région postérieure du cerveau. Or, nous venons de dire que la région antérieure paraît-être en rapport avec l’activité psychique consciente, tandis que la région postérieure serait en rapport avec l’activité instinctive, les dispositions affectives de l’individu.
Il s’ensuit que si c’est la puissance intellectuelle qui prédomine c’est la partie antérieure du crâne qui atteindra le développement le plus grand, et l'on aura dès lors affaire au type frontal. Si, au contraire, c’est le pouvoir instinctif et impulsif qui domine dans les actes du sujet, ce sera la partie postérieure du crâne qui se développera d’avantage, et il en résultera le type parieto- occipital. — G’est pour établir cette relation, basée jusqu’ici en grande partie sur des différences elhniques, encore sujette à caution cependant, que les anthropologistes ont été amenés à dédoubler la circonférence horizontale du crâne en une demi-circonférence antérieure et en une demi-circonférence postérieure délimitées par la ligne Iransverse sus-auriculaire.
Que nous apprend la comparaison de ces deux demi-circonférences ?
Bordier, Lombroso, Ten Kate et Pawlovsky, Héger et Dallemagne, Corre, etc., ont reconnu, chez la plupart de leurs criminels, une prédominance notable de la demi-circonlerence postérieure sur l’antérieure. En outre, cette dernière est aussi un peu moins grande que chez les sujets normaux. C’est ainsi
(1) R. L. Le Fort, la Topographie cranio-cérébrale , (thèse de Lille, 1891).
que si l’on ramène à 100 la circonférence horizontale totale du crâne, la demi circonférence antérieure est de 44,73 chez les assassins de Bordier, celle des Parisiens modernes montant, en moyenne, à 48.
Rapport de la portion pré-auriculaire à la portion post-auriculaire du crâne.
Parisiens 47,7
Gaulois 47,3
Hollandais ....... 47,1
Auvergnats 46.5
Nègres 46,0
Assassins 46,8
Orchanski a noté :
Parisiens normaux
Assassins
Courbe horizontale totale.
480 mil.
454 mil. (
Courbe horizontale antérieure.
— — postérieure.
Corre n’a pas vu la courbe antérieure dépasser 43 sur ses criminels, et les chiffres ci-dessous, empruntés à Ten Kate et Pawlovsky, plaident dans le même sens.
Conrbe horizonte da crâne