‹ Le crâne des criminelsChapitre 14 sur 33 · HO · texte numérisé non relu

HO

Occipitale cérébrale ou lambdato-iniaque

Occipitale cérébelleuse ou inio-opisthiaque

Fig. 2. — Le crâne du décapité Anthelme Perrin [Lyon). Rèd. 213.

A, conduit auditif externe; P, P', crâne facial; P2, P2, crâne prébasique; P2. P3, crâne postbasiaque.

Si nous analysons ce tableau, nous reconnaîtrons, comme l’a fait ressortir Corre (1), que chez les criminels la courbe pariétale et la courbe cérébelleuse sont à peu de chose près, les

(1) Corre, Les criminels , p. 35.

mêmes que chez les individus ordinaires, mais que chez les premiers, il y a prédominance notable des courbes sous-cérébrale et occipitale, et amoindrissement relatif non moins remarquable de la courbe frontale cérébrale.

La prédominance de la courbe sous-cérébrale est négative, puisqu’elle ne fait pas partie de l’aire occupée par le cerveau. Elle est peut-être due au grand développement des arcades sourcilières et des sinus frontaux noté par Lombroso chez la plupart des délinquants.

Il n’en est pas de même de la prédominance de la courbe occipitale. Celle-ci accuse la prédominance des lobes occipitaux du cerveau, et partant, de l'activité occipitale, en rapport avec la sensibilité impulsive, avec les penchants et la puissance de l’instinct. C’est là un caractère d’infériorité, car chez les Singes, chez les Anthropoïdes, chez les Nègres et aussi chez l’enfant, la scissure occipito-pariétale qui correspond assez exactement au lambda est reportée assez' en avant de ce point (1). Le crâne postérieur prédomine donc chez le criminel et il importe désormais à l’anthropologiste de rechercher sur le cerveau lui-même par les procédés topographiques si le cerveau occipital suit ce sur développement du crâne occipital.

L’amoindrissement de la courbe frontale cérébrale traduit, au contraire, l’amoindrissement du cerveau frontal ou antérieur chez le criminel. C’est encore là un caractère inférieur, un caractère d’animalité, que l’on retrouve du reste, chez l’enfant. En effet, chez ce dernier le cerveau antérieur ou prérolandique a moins d’étendue; car, tout en conservant les mêmes rapports que chez l’adulte avec la suture fronto-pariétale, la scissure de Rolando, est reportée, ainsi que le bregma, beaucoup plus en avant.

Cet amoindrissement de la courbe frontale cérébrale correspondrait donc à un amoindrissement des lobes frontaux du cerveau que l’on considère comme le séjour des hauts phénomènes intellectuels. Il s’ensuivrait que chez le criminel prédominerait la puissance instinctive sur l’activité intellectuelle, l’impulsion sur la raison pondérée, la folle passion sur le jugement réfléchi.

(1) Voyez R. Léon Le Fort, Loc. cit., p. 49 et 104.

A ne considérer que la courbe sagittale pariétale, il est permis d’hésiter à accepter la formule de Bordier, d’après laquelle, les assassins sont rapprochés des Troglodytes de la préhistoire, par la supériorité du développement des centres d’action, qui siègent à la région pariétale et par la réduction des centres de réflexion, qui occupent la région frontale. Les criminels présentent, en effet, une courbe pariétale plutôt inférieure que supérieure à celle des sujets normaux. Mais comme ils ont, somme toute, une grande réduction de la région frontale, on peut peut-être leur appliquer la formule de Manouvrier : plus d’action et moins de réflexion, voilà ce qui caractérise le criminel.

Fig. 3. — Le crâne du décapité Virling [Lyon). Red. 2/3.

A, méat auditif externe ; P, P' , crâne facial ; P1 *, P'1, crâne antérieur ou prébasiaque ; Pi, P3, crâne postérieur ou postbasiaque.

Gorre (1) néanmoins, eu égard au grand développement chez les criminels du diamètre transverse maximum du crâne, en rapport avec le renflement des bosses pariétales, considère, —

(1) Gorre, Loc. cit p. 38 et 39.

Debierre 4

et les chiffres d’Héger et Dallemagne plaident en sa faveur, — les criminels comme des pariéto-occipitaux. En cela, ajoute-t-il, les criminels se montrent bien comme des sauvages au milieu des civilisés (??)

Fig. 4. — Le crâne de Fayot ( Lyon ). Rèd. 2/3 .

A, méat auditif externe; P', P1, crâne facial; P1, Pi, crâne antérieur; Pî, P 3, crâne postérieur.

J’ai cherché à vérifier cette assertion de Corre ou à l’infirmer s’il y avait lieu. J’ai pris à ce sujet les courbes bi-auriculofrontales (passant par les bosses frontales) et les courbes biauriculo-pariétales (passant par les bosses pariétales) sur une quarantaine de décapités et vingt sujets non criminels.

Voici les résultats que j’ai obtenus :

Courbe bi-auriculo-frontale » bi-auriculo pariétale

Assassins

non criminels

D’où la conclusion renouvelée, à savoir que si les sujets non criminels l’emportent par leur crâne antérieur ou intellectuel sur les criminels, ces derniers ne leur sont, au contraire, que fort peu supérieurs par leur crâne postérieur ou impulsif.

Benedickt, accordant 31,5 à la courbe bi-auriculo-frontale chez les Allemands, la différence entre les hommes sains et les criminels serait, à ce point de vue spécial, plus grand encore que nous l’indiquons.

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Fig. 5. — Le crâne du N° 5578 de la collection du Muséum de Paris.

Rèd. 2/3.

x, x, plan alvéolo-condylien ; a , conduit auditif externe.

Mais ce qui montre bien que le problème n’est pas si résolu que se le figure Corre, ce sont les résultats que nous avons obtenus sur notre série de criminels et sur une série de vingt sujets ordinaires morts aux hôpitaux de Lille, résultats que nous résumons dans le tableau ci-dessous :

Normaux

Assassins

Arc naso-ophryaque

18 mill.

» ophryo-bregmatique

» bregmato-lambdatique

» Lambdato-iniaque

» inio-opisthiaque

oo

» cérébral total

D’où il ressort que si l’homme non criminel l’emporte par son cerveau antérieur et son cerveau total sur le criminel, il l’emporte encore par son cerveau occipital et par son cervelet, double constatation dont la dernière est en opposition avec l’opinion de notre savant confrère, le docteur Corre.

Fin. 6. — Le crâne de Gossy (Muséum). Rèd. 2/3.

x, x, plan alvéolo-condylien; a, conduit auditif externe; B, n, N, angle sphénoïdal.

La courbe sagittale totale ou ophryo-opisthiaque du crâne est en moyenne de 344 chez les criminels et de 355 chez les Parisiens normaux (1). Ce fait rapproché de l’amoindrissement de la courbe horizontale totale et de la courbe transverse susauriculaire, mais surtout de l’amoindrissement de l’hémi-circonférence antérieure, tend à prouver à la fois que le criminel a une tête plus petite que les sujets normaux et qu’il doit être rangé dans le type occipital.

Néanmoins il reste des contradictions, comme le montre

(1) Sur eette différence de 11 mill. dans la courbe totale, 9 mill. selon Manouvrier, sont pris sur la courbe frontale.

l’examen des chiffres rassemblés par Lombroso, Benedikt, Héger et Dallemagne et nos propres observations. Nous devons nous y arrêter un instant.

Ten-Kate et Pawlovsky, dans leur travail sur les crânes des assassins, ont trouvé :

Courbe sous-cérébrale C. frontale C. pariétale C. occipitale Criminels 22,3 104,8 124,0 115,6

Hollandais normaux 23,8 104,2 126,1 116,6

Fig. 7. — Le crâne de Vallet [Muséum) . Rèd. 2/3. x, x, plan alvéolo-condylien ; a, conduit auditif externe; E, os épactal.

Dans sa collection, Lombroso, en attribuant 100 à la courbe sagittale totale, a obtenu :

Courbe sous-cérébrale C. frmtale Meurtriers 6,37 29,22

Voleurs 6,61 29,76

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