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Cet organe sera précisément la Banque centrale de Crédit industriel qu’on a décrite plus haut. C’est dans ses caisses qu’afflueront les héritages au fur et à mesure des extinctions individuelles, que seront centralisées, déposées et inscrites toutes les fortunes particulières (x).
Pour commanditer les banques spéciales qui consentiront-elles-mêmes des prêts gratuits à long terme à chaque spécialité de l’industrie, elle n’a donc pas besoin de s'inquiéter d’où elle recevra l’épargne également à long terme qui lui sera nécessaire : elle sera de jure dépositaire du fonds entier de production et pourra s’en dessaisir jusqu’à des échéances lointaines et indéterminées sans en être comptable envers quiconque. : <=
- Ainsi le crédit industriel sera le moteur et le régulateur unique de la production (2). Mais il déborde peu à peu son cadre normal et en vient à embrasser l’ensemble de la répartition.
Ce sont les banques qui, ayant apprécié les qualités de chacun et placé l'homme qu'il faut à la place qu’il faut, jugeront les mérites et rémunéreront les œuvres : chacun sera rétribué par elles suivant la fonction qu’elles lui auront assignée et recevra, non
‘:: Doctrine, p.206. +, 2. Voir le Globe, 14 mars, 21 août 1830, 28 et 29 avril 183 : <La banque sera une institution directrice, un véritable gouvernement de l'industrie: Ce sont les nn qui devront donner à
: A Let plus un revenu, mais un traitement ou une retraite,
- Enfin, s'enflant démesurément, ce crédit à l’industrie finira par absorber même les finances publiques, Dans ce système, «l'actif du budget sera latotalité des produits annuels de l’industrie, et son passif leur répartition aux banques secondaires, chacune établissant son propre budget de la même manière » (1). I n’y aura plus d'impôt, sauf le prélèvement opéré sur ces produits pour être « consacré à l'entretien des deux grandes classes (non productives) de la société..., qui ont pour mission de développer l’intelligence et les sentiments de tous. »
C'est là l’esquisse de toute cette société fature que les Saint-Simoniens désignent par le nom de Système général de Banques. ;
Le rôle de la banque y serait. si prépondérant qu'il importe au plus haut point de savoir à qui en serait confiée;la direction.
À des « hommes généraux », de & capacités supérieures », se plaçant à un point de vue général, « dégagés des entraves de la spécialité », répondent les Saint-Simoniens (2). Tels seront les DD eURS de capitaux.
- Il existe, dans chaque oasis saharienne, un répartiteur des eaux, dont Fromentin a laissé un portrait . célèbre : & C’est un vieillard à barbe grisonnante,
LE. Doctrine, D. 208; Cf. art. d “Enfantin sur. la circulation (Producteur, t. IV)
2. Doctrine, p. 210 : « Ce sera celui quiaime Le plus la destinée sociale qui aura l’autorité. »
une sorte de Saturne armé d'une pioche en guise de faux » ; il est très sage et très vénéré; il est assis près de la source commune, qui est exactement la source de vie; il en dirige le courant vers les.jardins dont la production assoupie réclame ses vertus: fertilisäntes ; puis, pareil au berger virgilien, il prononce le Sat prata biberunt, et, abattant le barrage d’un coup de pioche, il détourne le cours de l’eau vers les autres canaux desséchés,.
Pareillement la cité saint-simonienne connaîtra le répartiteur des capitaux qui distribuera dans les mille canaux de Pindustrie le crédit accumulé dans les grands réservoirs de la banque nationale. |
Il devra, tout de même, être un sage chargé d’ans et d'expérience, d’investiture unanime, presqu’un. prêtre dont les décisions seront observées non par l'effet de la contraïnte, mais avec une obéissance pieusement consentie et une soumission religieuse ; la fonction qui lui incombe demandera en effet de telles garanties de lumières, de justice, de vertus morales, qu’elle deviendra quelque chose de plus qu’une magistrature politique et devra s'élever à une sorte de sacerdoce infaillible. |
Tellé est la société future que réalisera sans vio--
lences la transformation lente et successive du présent, société dont le but est l’essor harmonieux dela production matérielle, dont l’armature est un système collectiviste de crédit à l'industrie, dont enfin le ciment mystique est une foi religieuse commune. - | : e
d mn OO Partie d’une critique parfois pénétrante de la prétendue anarchie qui nous entoure, c’est à ce rêve assez grandiose de ‘théocratie industrielle et ban- Caire (1) que vient aboutir la pensée saint-simonienne, de démarches en démarches toutes logiquement enchainées. Du moins, dans son ascension ‘ vers les cités d’utopie, a-t-elle semé, chemin faisant, des aperçus hardis et féconds : spécialement elle a présenté, on l’a vu, une théorie philosophique de la fonction du crédit, qui en son fond était très neuve pour l'époque où elle s'exprimait, et qui est en sa forme d’une si délicate analyse qu'aujourd'hui encore, où il n’est personne qui n’y souscrive volontiers, iln ’était'peut- être pas inutile de retremper à sa source première cette conception devenue presque banale.
I. Benjarñin Constant parle quelque part du «papisme indus- triel » des Saint-Simoniens,