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CHAPITRE X

Les Banques aux États-Unis. — Conclusion.

g I. — I.ES BANQUES AUX ÉTATS-UNIS.

Il existe en France de grandes préventions contre les banques américaines. Rien de plus étrange que l’idée qu’on s’en forme, surtout parmi les commerçants. On se les représente en général comme livrées à un désordre effrayant. On se figure que la faillite y est pour ainsi dire à l’ordre du jour, que l’état de suspension des payements en forme presque l’état normal. Aussi trouveraiton peut-être fort extraordinaire que quelqu’un s’avisât de proposer sérieusement à notre pays ces banques comme un modèle à suivre.

Sans m’arrêter à rechercher les causes de ces préventions, causes nombreuses et très-diverses, je crois faire une œuvre utile en travaillant à les dissiper, car elles ne sont assurément pas l’un des moindres obstacles

à rétablissement d’un bon système en France. Quoique le régime des États-Unis ne réalise pas encore l’idéal d’une liberté complète, c’est pourtant celui qui en approche le plus. Il importe donc de montrer que c’est précisément sous l’influence de ce régime que les banques ont non-seulement rendu les plus grands services, ce qui serait peut-être assez facile à faire admettre, mais encore fonctionné avec la plus entière sécurité. Pour mettre cette vérité dans tout son jour, je ne crois pas pouvoir mieux faire que de traduire purement et simplement plusieurs fragments d’un excellent ouvrage que j’ai déjà cité plusieurs fois, celui de M. H.-C. Carey de Philadelphie '. Les détails précis que cet écrivain nous donne sur les opérations des banques de son pays, me paraissent de nature à dissiper toutes les impressions fâcheuses que d’autres écrivains, ou partiaux, ou mal informés, ont pu laisser dans les esprits. Je les transcris avec d’autant plus de plaisir, qu’ils achèveront, je l’espère, de confirmer tout ce que j’ai avancé dans le cours de cet ouvrage.

Un mot d’abord sur les principales conditions d’existence et sur les circonstances caractéristiques du régime américain.

On sait qu’il n’existe pas aux États-Unis de législation uniforme, applicable dans toute l’étendue du pays. Chacun des États qui composent l’Union a ses lois propres.

1 The crédit System t'n France, Great Britain and the United States. Philadelphia, 1838. — M. Carey a publié sur le même sujet, en 1840, un écrit plus court, mais très-substantiel, sous ce titre : Whal is Currency.

et sauf un petit nombre d’objets qui sont réglés par les actes du congrès général, tous les autres ressortent de la législature particulière de chaque État. Il en est ainsi des banques. Elles relèvent non pas du congrès et du gouvernement central, mais du gouvernement particulier de l’État dans lequel est établi leur siège. Le régime n’en est donc pas uniforme, comme il pourrait l’être en France, en Angleterre ou en Écosse. Il varie d’un État à l’autre : circonstance fort importante à remarquer, et / dont l’oubli a causé bien des méprises, en faisant imputer à l’Union tout entière, et au système américain en général, certains faits qui appartenaient seulement à quelques États plus arriérés que d’autres dans la pratique des institutions de crédit.

Malgré cette diversité dans la législation, il y a pourtant quelques principes communs.

C’est malheureusement encore un principe universellement admis, qu’une banque ne puisse être établie, au moins sous la forme d’une société anonyme, sans une autorisation spéciale. Dans aucun État cette restriction n’a été entièrement abolie. Cependant elle l’a été virtuellement dans quelques-uns, en ce que l’autorisation exigée est accordée sans peine à tous ceux qui jugent à propos de la demander : elle est au contraire assez sévèrement maintenue dans quelques autres, à ce point que l’autorisation d’établir une banque y est considérée comme un privilège particulier, propre à assurer à ceux qui le possèdent des bénéfices exceptionnels. Dans les États de Massachussets et de Rhode-lsland, et généralement dans toute la Nouvelle-Angleterre, le commerce de banque est

prosque entièrement libre; mais à mesure qu’on s’avance de là dans les États du Sud ou de l’Ouest, on trouve une tendance toujours croissante vers la restriction. C’est donc surtout dans les États composant la Nouvelle-Angleterre (Rhode-Island , Massachussets , Connecticut, N'ew-Hampshiro, Maine et Vermont), qu’il faut chercher des exomples de ce que peut produire un régime de véritable liberté : quelques autres États fourniraient plutôt des exemples de ce que peut produire un régime contraire.

Considérées de ce point de vue seulement, les banques des États-Unis paraîtraient au premier abord moins libres que no le sont les banques d’Écosse, qui ont pn s’établir en tout temps sans autorisation d’aucune espèce. Mais aussi les premières sont toutes constituées en véritables sociétés anonymes, dans lesquelles la responsabilité de chaque associé est limitée à son apport, tandis que les banques d’Écosse, trois exceptées, traînent constamment après elles le poids d’une responsabilté indéfinie, qui altère profondément le caractère et le mérite de ces institutions. Aussi les banques des États-Unis, bien plus complètes comme institutions de crédit, sont-elles d’un autre côté, aussi libérales, aussi démocratiques dans leur constitution, que les banques d’Écosse sont aristocratiques et exclusives,

Après ces réflexions sommaires, je reviens au texte de M. Carey. L’objet de cet écrivain est de mettre on parallèle les systèmes français, anglais et américain, qu’il compare tour à tour sous les divers points de vue de l’étendue du crédit, de la sécurité et de l’économie dans

les opérations. Je le suivrai autant que possible pas h pas, en supprimant seulement tout ce qui est relatif à la France, à l’Angleterre et à l’Écosse. Peut-être ai-je donné sur Jes systèmes pratiqués dans ces trois pays, surtout en France et en Écosse, des détails plus circonstanciés que ceux qu’a pu donner M. Carey lui-même. Quant aux lacunes qui pourront se rencontrer dans la comparaison, je les remplirai par des notes.

Du crédit aux Etuta-llnlft.

« Comme la confiance va croissant en proportion de la population et du capital, on doit trouver qu’elle est plus grande dans le Massachussets, et en général dans la Nouvelle-Angleterre, que dans aucune autre partie des États-Unis, et qu’elle va progressivement en diminuant à mesure qu'on s’avance vers la Sud et l’Ouest, dans ces États et territoires où la population est clair-semée, et dans lesquels on ne cultive encore que les terrains de qualité supérieure. C’est ce que nous trouverons en effet dans la réalité. En suivant l’ordre de la densité de la population, la confiance devrait augmenter encore lorsqu’on passe du Massachussets en France ou en Angleterre, où elle devrait être portée à un bien plus haut degré que dans aucune partie - des États-Unis. De combien il s’en faut qu’il en soit ainsi, c’est ce que nous nous proposons d’examiner.

» Il y a peu de circonstances relatives à l’Union américaine qui soient plus dignes de remarque que son système de crédit, qui s’étend sur toute la surface de son vaste territoire. Les trafiquants du Missouri et de l’Arkansas, du Mississipi et de l'Alabama, de l’Illinois et du Michigan, qui demeurent à une distance de 1000 A 1500 milles (400 et 600 lieues], et qui ne reviennent dans ces parages qu'une fois tous les douze ou dix-huit mois, y sont pourvus de marchandises à crédit, et la faible différence qu'on leur fait supporter en conséquence de ce délai, est un

témoignage de la ponctualité avec laquelle ils remplissent leurs engagements. Ces trafiquants font crédit au fermier, au planteur, au petit marchand au détail, qui à son tour en accorde à l’ouvrier, et le surcroît de prix qu’il exige en conséquence est excessivement faible. Comme le crédit naît de la confiance, et comme aucun homme n’accorde sa confiance quand il a lieu de craindre qu'elle ne soit trompée, l’existence de ce large et universel système de crédit peut être considérée comme la preuve d’une croyance générale, parmi ceux qui ont des marchandises à vendre, que ceux qui désirent les obtenir ont la volonté et auront les moyens de les payer, de la manière et dans les délai» dont on sera convenu*. Désirant cependant faire connnaître par des circonstances précises la nature de ces opérations aux États- Unis, nous avons recueilli quelques documents constatant l’état des opérations de divers individus et institutions pendant un quart de siècle, de 1811 à 1836, période qui embrasse des temps d’embargo, de non-intercourse, de guerre, de suspension des payements en espèces, de reprise de ces payements, de changement d’un état de guerre universelle en un état de paix universelle, période, en un mot, qui a été signalée dans le monde entier par les changements les plus remarquables dans la fortune et dans les perspectives des individus et des nations, et qui semble avoir dé occasionner les pertes les plus extraordinaires pour les individus et par conséquent pour les banques.

» En 1811, le nombre des banques dans le Massachussets était de 15 : il y en avait 106 en 1835. Le nombre moyen durant cette période a été d* 46. La moyenne de leur capital a été de 15,406,000 dollars 2 . La somme moyenne des dépôts à intérêt a été de 1,600,000 d. La moyenne des prêts ou avances a été de 23,100,000 d.

1 ■ Il n’y a probablement aucun autre pays où le crédit soit aussi purement personnel qu’aux Etats-Unis. • — Grand' t American!, p. 259.

* Le dollar vaut, d’après l’Annuaire du bureau des longitudes, 5 fr. 41 c. Dans les calculs qui n’exigent pas une rigneur absolue, on ne le compte que pour 5 fr. 40 ; c’est ce que j’ai toujours fait jusqu’à présent.

Si noos supposons que la somme entière a été prêtée k G p . 100, le produit de l'intérêt a

été par année de 1,386,000 d.

D'où il faut déduire 4 p. 100 d'intérêt sur les dépùls, ci 64,000 d.

A déduire aussi 1 p. 100 pour la taie sur le capital 154,000

le dividende moyen pour toute la période a été de 902,000 d.

Les profits mis en réserve s'élèvent U 1,175,000 d.

D’où il faut déduire les dettes douteuses s’élevant è 335,000

Cette somme, répartie sur une période de 25 ans, donne une moyenne de 34,000 d.

Laissant pour couvrir les dépenses et les pertes 232,000 '

» Laquelle somme, partagée entre 46 banques, donne 5,000 dollars par année pour chacune, et une moyenne de 1 p. 100 par année sur le capital prêté. Si nous évaluons en moyenne les dépenses, en y comprenant celles qu’entraine la circulation, à 3,333 d. par année pour chaque banque, nous aurons pour les pertes une somme de 1,667 d., soit le tiers de un pour cent sur la moyenne du capital prêté, et un cinquième de moins que la perte supportée par la Banque d’Angleterre, qui a toujours pour garants un souscripteur, un endosseur et une maison de banque.

» Malgré tous les efforts que nous avons faits, nous n’avons

1 Ce tableau est dressé d’après us compte rendu de la condition des banques du Massachussets publié le 17 janvier 1838, par ordre du sénat de cet État . ( Note de l’auteur. )

pu obtenir de la ville de New-York que l'étal des opération; d'une seule institution, la banque d'Amérique. Durant vingtcinq années, de juillet 1813 à juillet 1837, les prêts de cette banque sur des voleurs personnelles se sont élevés, en moyenne, à 2,945,000 d., et ses pertes è 2,820 d, par année, ce qui fait moins de un dixième de un pour cent. Ceci n'est pas offert comme un spécimen exact de l’importance des pertes éprouvées par les banques en général, mais comme le résultat du seul compte rendu que l'on ait pu se procurer. Il est probable que la moyenne des pertes pour New-York a excédé celle des banques de Massachussets. L’une, la banque Franklin, a fait faillite il y a quelques années, ayant consommé la totalité de son capital.

» Nous avons maintenant sous les yeux un état des opérations de l'un des plus grands acheteurs de lettres de change sur l’Angleterre. Il en résulte que dans un intervalle de douze années la valeur totale des lettres do change achetées a été de 21 millions sterling, que les pertes essuyées dans les onze premières années ne s’élevaient pas à 5,000 liv., mais qu’en 1837, en conséquence de la dépréciation considérable de tous les produits américains, qui fut cause qu’un grand nombre de lettres de change furent retournées, il y eut une perte de 83,000 liv., ce qui fait en tout 88,000 liv., soit 42/100 de un pour cent sur le montant total des lettres de change. Nous comprenons ici dans nos calculs l’année la plus calamiteuse de toutes par rapport à nos transactions avec l’Europe, et cependant la perte ne diffère pas sensiblement de celle qu’ont essuyée les succursales de la Banque de Londres dans des temps ordinaires. Durant les onze premières années de cette période, le montant des lettres de change déshonorées (auxquelles on n'a pas fait honneur, dislionoured bills), a été de moins de 2,000 d. par an, ou environ le neuvième de un pour cent. Il a déjà été montré 1 que sur les

‘ C'est dans une entre partie de l’ouvrage, dont je n’ai pas cru devoir faire usage, parce qu’elle m’a paru rappelée ici en substance. Je ferai seulement remarquer que les effets réescomptés dont 11 est question dans le texte sont ceux que Jes banques provinciales d’Angletorrc présentent S la banque de Londres après les avoir escomptés elles-mêmes, et que ce sont en général

effets réescomptés à Londres pour le compte des banques privées et tes joint stock banks, 1 sh. 4 den. par 100 liv. st., ou les 36 centièmes de un pour cent, étaient déshonorés, que ce chiffre était considéré en Angleterre comme très-modéré, et qu’il y était regardé comme la preuve de la bonne conduite d'une institution. Des 21 millions de lettres de change dont il a été ques . tion ci-dessus, les trois quarts pour le moins ont été achetés sur la foi d’une seule signature, tandis que, dans la Banque de France, trois endossements sont requis pour un billet de iÛQ francs *.

» Stephen Girard 2 , de Philadelphie, avait débuté dans la banque vers le commencement de 1812, et il est mort en 1831, après avoir opéré comme banquier pendant près de 20 ans. La moyenne de ses prêts durant cette période a été d’environ 2 1/4 millions, et ses pertes ont été d’environ 225,000 dollars, soit environ 1/2 pour cent par an.

» Une des banques incorporées de Philadelphie, dans la période de 1810 à 1838, 28 ans, a prêté sur des valeurs personnelles 131,816,000 doll,, sur lesquels la perte totale a été de 109,619 doll., ce qui ne fait que 8/100 de un pour cent. Si nous prenons pour moyenne des termes d'échéance 90 jours, la moyenne des avances courantes durant cet intervalle doit avoir été de 1,170,000 doll., avec uue perte annuelle de moins de 4,000 doll., ou environ 32/100 de un pour cent du capital.

» Une autre, durant une période de 30 ans, a eu une mise dehors, en avances sur des valeurs personnelles, de 1,950,000 doll. en moyenne. Dans cet intervalle, le montant total des effets non payés et passés au compte des profits et pertes, a été

des effels de choix, ces banques tenant beaucoup, et avec raison, & conserver et & étendre leur crédit, auprès de rétablissement central.

’ M. Carey me paratt commettre ici une légère erreur, qui est d’ailleurs sans importance. I.a Banque de France n’eaige pas trois endossements, mais seulement trois signatures, y compris celle du souscripteur. C’est comme la banque de t.ondres.

* Cet Étienne Girard était, è ce qu’il paraît, qriginaire de Bordeaux. Son nom est très-connu en France.

de 641,000 doli., dont il n été recouvré environ 80,000 doll., laissant une perte définitive de 561,000 doll., soit, en moyenne, 18,700 ou 96/100 de un pour cent par an sur le montant du capital prêté.

» Les prêts faits par une troisième, sur des valeurs personnelles, durant une période de 25 ans, ont été en moyenne de 2,161,080 doll., sur lesquels il a été supporté une perte de 704,000 doll., en moyenne et par an, 28,188 doll., ou 1 1/3 pour cent.

» Une quatrième, qui a commencé ses opérations au mois de juillet 1828, a prêté en neuf ans et demi, sur des valeurs personnelles, 26,301,199 doll., sur lesquels les pertes se sont élevées à 19,978 doll., ou environ 8/100 de un pour cent. En supposant la moyenne des échéances • à 90 jours, la moyenne du capital avancé doit avoir été de 700,000 doll., et la perte moyenne de 2,100, soit 30/100 de un pour cent par an.

» Nous nous trouvons ainsi en mesure de fournir des renseignements beaucoup plus complets sur les opérations des banques de Philadelphie que nous n’avons pu le faire pour celles de New- York. La moyenne totale des prêts faits par les cinq banques mentionnées ci-dessus, a été de 8,231,080 doll., et la moyenne annuelle des pertes a été de 63,988 doll., ou 78/100 de un pour cent. Ceci est, à ce que nous croyons, une moyenne plus élevée que celle qui serait obtenue si nous étendions notre examen sur toutes les banques de cette ville, parmi lesquelles il n’y a jamais eu aucun cas de faillite A signaler.

» Une comparaison des résultats qu’on vient de voir avec ceux que présentent les banques privées et les joint stock banks d’Angleterre, tend à montrer que le risque de perte est moins grand aux États-Unis que dans ce dernier pays. En faisant cette comparaison, il est important de remarquer que les pertes encourues par la Banque du Nord et du ceulre ( Northern ami Cen-

1 Les échéance* sont généralement beaucoup plus longues aux États-Unis qu'en France, et même en Angleterre ; ce qui est une preuve de plus de l’état ilorissant du crédit et de la parfaite sécurité des prêteurs.

ClIAi*. X. — § I. LES BANQUES AUX ÉTATS-UNIS. 417

tral Bank) et d’autres que nous avons prises pour termes de comparaison, aussi bien que par les succursales de la Banque de Londres, ont eu lieu dans un temps de grande prospérité, tandis que celles dont il vient d'ètre question sont des moyennes obtenues sur une période d'un quart de siècle, embrassant la terrible époque comprise entre 18(1 et 1820.

» Nous en venons maintenant à examiner les opérations de la Banque des États-Unis. La somme moyenne des prêts faits par celte institution, sur des valeurs personnelles, durant une période de vingt ans, de 1817 à 1837, a été de 36,644,790 doll., et la perte moyenne de 233,000 doll., ou 61/100 de un pour cent. Le montant total de la perte essuyée a été de 4,469,806 doll., dont les trois quarts appartiennent aux quatre premières années de son existence. Il ne paraîtra pas extraordinaire qu’il en ait été ainsi à ceux qui se rappelleront l'étal de désordre où se sont trouvés la circulation et le commerce pendant les années qui ont suivi la lin de la guerre, dans toute l'étendue de l'Union, et particulièrement dans les États de l'Ouest. Des banques locales qu’on tenta à cette époque d’établir dans ces États, pas une ne resta debout, et les succursales de la banque des États- Unis eurent beaucoup à souffrir. Près du quart du montant total de la perte fut supporté par les succursales de l'Ohio et du Kentucky. De 1820 à 1837, la perte n’a pas excédé le cinquième de un pour cent par an du capital prêté, sur valeurs personnelles, tant dans l'institution mère que dans ses vingt-sept succursales.

» Nous avons déjà vu que les pertes de la Banque d’Angleterre se montent à 42/100 de un pour cent, nonobstant la garantie d’un $ouscrii>teur , d’un endosseur et d’un banquier. Si les prêts faits par la Banque des États-Unis avaient été garantis de la même manière par d'autres banques, on peut affirmer avec assez d’assurance que ses pertes n’auraient pas excédé 1/20 de un pour cent. En l’absence de cette garantie, n’avoir éprouvé qu’une perte de 61/100 de un pourcent, cela prouve qu’il existe dans toute l’étendue de l’Union un plus haut degré de sécurité pour les opérations de banque qu'on ne le trouve à Londres même.

» Eu comparant les opérations de ces deux institutions, il est important de remarquer quelle grande différence il y a entre l'établissement dont toutes les aiïaires se traitent à Londres, ce grand centre de commerce, et celui qui a de nombreux comptoirs dispersés sur l'immense territoire des États-Unis. Le crédit devrait être plus élevé et la ponctualité dans les payements plus grande dans cette capitale qu’à Boston, New-York et Philadelphie, et s'il en est ainsi, à combien plus forte raison ne devraientils pas être au-dessus de ce qu’ils sont à Pittsburg, Cincinnati ou Saint-Louis. Nous avons déjà vu que, tandis que les pertes éprouvées par la Banque d’Angleterre à Londres même, ne sont que de 43/100 de un pour cent, celles des succursales sont de 11/8 pour cent ‘, et nous devrions naturellement trouver le même résultat aux États-Unis, quand nous passons de la population dense du Massachussets, avec ses habitudes commerciales, aux populations clair-semées du Mississipi et du Missouri ; et sauf quelques exceptions il en est véritablement ainsi. Dans la succursale de Boston, le montant total des pertes a été de 76,206 doll. ; dans celle de Providence (Rhode-Island), qui a fait généralement des aiïaires pour une valeur de près de 8 millions, la perte totale, lors de la clôture de l’établissement 1 2 , n’était que de 3,707 doll., soit en moyenne moins de 200 dollars par an, ou seulement la centième partie de un pour cent 3 . En passant au Sud et à l’Ouest, nous trouvons généralement un accroissement dans la proportion des pertes : c’est ainsi qu'aux deux comptoirs de Norfolk et de Richmond, faisant moins d’affaires que celui de Providence, elles ont été de 486,6(4 doll., i Charleston, de 360,000, 4 Louisville et Lexington de 666,000.

1 On remarque généralement la même différence entre la banque de France et ses succursales.

* Cette clôture n’a pas été une faillite. EUe a été déterminée par le retrait des privilèges de la banque des Etats-Unis, retrait dont j’ai indiqué, dans le chap. Vil, les causes et les principales circonstances.

* Tendant plusieurs années, il n’y eut pas un seul effet en souffrance. A la

flo, îl y en eut un de la valeur de (00 dollars, et les directeurs le payèrent cux-mèines plutôt que de le voir figurer sur les livres. (/Vote de l'auteur .)

D'an aatre côté, à Saint-Louis, Je montant total des pertes a été de 263 doll., à Mobile de 620, et à Natchez de zéro.

Ainsi une banque ayant vingt-sept comptoirs dispersés sur toute la surface de l'Union, a conduit ses affaires avec une perte très-peu supérieure à celle que la Banque d’Angleterre a éprouvée à Londres môme, et égale seulement aux deux cinquièmes de celles qu’ont éprouvées les succursales de cette institution. Si l’on considère qu’une grande partie du capital a été administrée par des directeurs ayant peu ou point d’intérêt dans l'institution, nous pensons que tout ceci sera regardé comme un témoignage de la supériorité du système de crédit des États- Unis suri e système de l'Angleterre pris dans son ensemble *. »

Ici, M. Carcy passe à un autre point de vue de sou sujet. Il vient de montrer la nature des relations du public des États-Unis avec les banques et l’étendue des pertes qu’il leur fait essuyer. Il va faire connaître maintenant la nature des relations des banques avec le public, et l’étendue des pertes qu elles lui ont fait éprouver par leurs déconfitures. Suivons-les dans ce nouvel examen, qui n’est pas moins intéressant que le premier. Avant tout, il indique, en quelques lignes et par un tableau, le nombre et la situation des banques des États- Unis, à l’époque à laquelle il se réfère.

a 11 existe actuellement aux États-Unis (1838) 677 banques

1 En deux ans el onte mois le comptoir de Leeds de ta banque du Nord et du Centra [Northern and Central tank) a perdu 40,000 liv. st. ; le comptoir de Nottlngham 12,000 liv. . et celui de Sheffield de 12,000 'a 14,000 liv.; ce qui donne une moyenne de 20,000 liv. par an, et plus que la perte moyenne éprouvée par toutes les banques du Massachussets pendant 25 ans, cl plus aussi que celles de la banque des États-Unis durant une grande partie de son existence, lorsque ses prêts sur valeurs personnelles s’élevaient de 50 k GO millions de dollars. ' [Note de l’auteur.)

avec un capital de 378 millions de dollars. De ce nombre, 33 sont établies dans les Étals éloignés de l'Ohio, du Kentucky, du Tennessee et du Mississipi, avec un capital de 90 millions, appartenant principalement à des capitalistes de New-York, de Philadelphie et de Boston, qui le placent ainsi à une grande distance et hors de leur contrôle immédiat, dans l'espoir de toucher un intérêt de sept ou huit pourcent par an, tandis que chez eux les meilleures valeurs ne rapportent pas plus de cinq pour cent. En même temps les capitalistes d'Europe placent leurs fonds entre les mains des directeurs des banques de Boston, de New-York et de Philadelphie.

» Le tableau suivant montre comment ces institutions se sont accrues en nombre de 1811 à 1830.

Tableau des Banques aux Rlats-Unla '.

DÉSIGNATION

des

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