‹ Le crédit et les banquesChapitre 53 sur 58 · CHAP. X · texte numérisé non relu

CHAP. X

SI Banques, dont 20 dans le seul Etat de NcW-Tork, n’avâienl pas adressa leur bilan k l'administration fédérale et ne se trouvent pas comprises dans le chiffre précédent. On comptait donc aux Etats-Unis \l\li banques de circulation i la fin de 1858. G. S.

» Ayant montré la nature des transactions du public avec les banques, nous présentons le tableau qui précède avec l’intention de montrer quelle a été la nature des transactions des banques avec le public, et quelle a été la proportion des pertes supportées par la nation en conséquence des faillites survenues parmi elles. Tour faire ce calcul nous nous appuierons généralement sur les états fournis parM. Gallatin en 1830 *, y ajoutant les faillites survenues depuis cette époque jusqu’en 1836, et complétant ainsi une période d'un quart de siècle, qui embrasse l’embargo, la guerre, la suspension et la reprise des payements en espèces, la convulsion qui suivit la fin de la guerre en Europe, les spéculations de 1825, etc.

» Le nombre moyen des banques dans le Massachussets, de 1811 à 1830 3 , a été de 3 4, et la moyenne du capital de plus de 12 millions. Les faillites jusqu’en 1836 ont été au nombre de cinq 3 , ou d'environ 60/00 de un pour cent par an. Le capital des banques faillies s'élevait à 700,000 doll., mais presque toutes leurs dettes furent payées. Le total des sommes qui restaient à réclamer contre deux d'entre elles n'était plus, à la date des derniers rapports publiés, que de 19,878 dollars. Une troisième a payé toutes ses dettes; une quatrième, à ce qu'on pense, a fait de même ; et quant A la dernière, le montant total des billets en émission au moment où elle suspendit ses opérations, n’était que de 27,000 dollars. Si nous estimons la

> Considération! on the Currmcy and Banking syitem rfthe United States.

* Nous avons, dans chaque cas, pris le nombre mojen des banques de 1811 ii 1830, au lieu de celui que nous aurions trouvé de 1811 k 1836, et qui eût apporté one grande diminution dans la proportion dn nombre des faillites pour tout l'ensemble de la période. Nous l’avons fait ainsi, parce que nous n'avons pas l'intention d'amoindrir la proportion des pertes. I,e nombre mojen des banques dans le Massachussets, de 1811 il 1836, a été de 48, et le nombre des faillites survenues dans cet intervalle ayant été de 5, la p oportion ne serait que de 42/100 de 1 p. 100. [Note de l'auteur.)

1 M. Galatin en compte 6, avec un capital s'élevant k 800,000 dollars. Mais !a banque de Bedfort ne fit pas faillite. Elle arrêta ses operations en conséquence d’une loi rendue h cct effet , et partagea son capital.

[Note de l'auteur .)

perte totale à 50,000 dollars, ce sera la porter très-haut, et on trouvera qu’elle donne moins de cinq dollars par chaque million, ou les deux millièmes parties de un pour cent sur la somme des transactions facilitées par l'existence de ces institutions et par la substitution de leur papier à la monnaie métallique. »

M. Carey fait remarquer ici, en passant, que le calcul qui précède est établi sur cette supposition, que chaque portion du capital d’une banque n’accomplit que quatre opérations dans une année, ce qui est loin d’être conforme à la réalité. Dans une note, il ajoute : Nous avons fait quelques recherches auprès d’une banque de Philadelphie, et nous avons trouvé que les échanges accomplis à son comptoir s’élèvent journellement, en moyenne, au quart de son capital, et annuellement à quatre-vingts fois son capital. Si nous ajoutons à cela les échanges facilités par la circulation des billets de banque et des traites fournies par elles, nous trouverons que la perte essuyée dans le Massachussets, pendant ces vingt-cinq années, s’élève à peine à un dollar et un quart par million, sur la totalité des transactions que les banques ont facilitées par leur intervention.

a Le nombre moyen des banques dans l'état de Rhode-tsland a été, durant la même période, de 27, avec un capital excédant trois millions. Il y a eu deux faillites *, ce qui donne pour moyenne annuelle 30/00 de un pour cent. Le capital des banques faillies s’élevait à 50,000 doll. La proportion des pertes ne

1 Les banques de Burrilrille et de Srituate. M.Gallatin comprend dans son calcul la Banque d'ichange de i cultivateur t (Farmer’s cicliange bank), qui tomba en 1809, et fui, à ce qu'on pense, la première banque qui eût fait faillite dans la Nouvelle- Angleterre. 11 mentionne aussi la Banque det cultivateur! et dei ouvrière (Farmer’s and mechanics’), ce que nous croyons être une erreur.

peut pas différer sensiblement de celle que nous avons trouvée pour le Massachussets.

» Dans le Maine, le nombre moyen des banques a été de 13 l/l. Les chartes de trois de ces établissements expirèrent en 1813 et ne furent pas renouvelées. Il y a eu cinq faillites, ee qui donne une moyenne annuelle de 1 1/2 pour cent. Le capital moyen a été de 1,700,000 doll., et celui des banques faillies de 500,000, ou 1 1/8 pour cent par an.

» Dans le New-Hampshire, le nombre moyen des banques a été de 11 1/2, et le nombre des faillites de 2, ou environ deux tiers de un pour cent par an. Le capital moyen a été de 1,150,000 doll., et celui des établissements faillis, de 129,600, soit moins de 1/2 pour cent par an. Nous ne sommes pas en mesure de préciser le montant des pertes essuyées par les créanciers des banques du Maine et du New-Hampshire, mais nous avons tout lieu de croire que la proportion pour cent a été extrêmement faible.

» Dans le Vermont, il n’y a pas eu de faillite.

» Dans le Connecticut, il y a eu en moyenne neuf banques, et en tout deux faillites, ou un peu moins de un pour cent par an. Le capital moyen a été de 3,500,000 doll., et celui des établissements faillis de 600,000, soit environ les deux tiers de un pour cent par an.

» Le nombre moyen des banques dans les six États qui viennent d’être nommés, et qui constituent la Nouvelle- Angleterre, a été de 181 1 à 1830, de 97, et le nombre total des faillites, en 25 ans, de 16, soit deux tiers de un pour cent par an. Le capital moyen a été d’environ 22 millions. Celui des établissements tombés était d'environ 2,000,000, soit à peu près 36/100 de un pour cent par an. La perte totale supportée par la communauté ne peut pas avoir excédé beaucoup 500,000 doll., ce qui donne uue moyenne annuelle de 20,000, ou 1/11 de un pour cent sur le capital des banques, et probablement environ 1/500 de un pour cent sur les opérations facilitées par ces institutions. Si cette estimation est exacte, le risque attaché aux transactions avec les banques dans la Nouvelle-Angleterre, pendant une pé-

riotle de plus d'un quart de siècle, a été en moyenne de un dollar sur cinquante mille. Si nous excluons le Connecticut,- dans lequel une faillite a été suivie de grandes fraudes et a produit des pertes considérables, ce risque n’a pas excédé cinq dollars sur un million.

» Dans l’état de New-York la moyenne du nombre des banques a été de 36, et il y a eu 11 faillites, ce qui donne une moyenne annuelle de 1 5/8 pour cent. Le capital a été en moyenne de 16 millions et celui des établissements faillis d’environ 3 1/3 millions, soit environ sept huitièmes de un pour cent par an. Cependant les perles furent généralement supportées, comme dans le Massachussets, par les actionnaires et non par les créanciers. I) n’y eut que deux faillites de 18Ï5 à 1837, en sorte que dans cet intervalle de temps la moyenne annuelle a été au-dessus de 1/3 pour cent sur le nombre des banques existant en 1830. L’une d’elles a payé toutes ses dettes et il n’y a pas eu d’autre perte que celle qui est retombée sur les actionnaires. La perte causée par les autres fut, à ce que nous croyons, très-faible. Durant ce temps, le risque de perte couru dans les transactions avec les banques, et dans l’usage de leurs billets de circulation, ne peut pas être évalué au-dessus de cinq dollars par million, et probablement, comme nous l'avons établi par rapport au Massachussets, il n’a pas été de plus d’un dollar par million sur la somme des transactions dont l’accomplissement a été facilité par ces institutions.

» Dans le New-Jersey, le nombre moyen des banques a été de 13, on y a compté 10 faillites, soit une moyenne annuelle de 3 pour cent.

» Dans la Pennsylvanie, le nombre moyen des banques a été de 39, elle nombre total des faillites de 19, ce qui donne une moyenne de 3 1/3 pour cent par an. Presque toutes ces faillites, au reste, éclatèrent dans les années qui suivirent immédiatement la fin de la guerre, et il n’y en eut que trois, tout à fait insignifiantes par rapport à l’importance du capital, dans la période de 1830 à 1837. Le capital moyen des banques de cet État, de 1811 à 1830, a été de 15 millions, et le capital de celles

qui faillirent, de â8il à 1836, était de deux millions, ce qui donne une moyenne de 1/3 pour cent par an.

u Pour l’ensemble des neuf États dont il vient d'être question, le nombre moyen des banques, de 1811 à 1830, a été de 163. Le nombre total des faillites a été de 66, soit, en moyenne, 3 1/4 par an, ou 1 3/8 pour cent. Le capital moyen a été de 56 millions, à quoi il faut ajouter la moitié du capital de la banque des États-Unis I ; ce qui fait un total de 73 millions. Le capital des institutions qui faillirent était de 10 millions, ce qui donne une moyenne annuelle d’un peu plus de 1/3 pour cent. 11 est extrêmement difficile de déterminer l'époque précise où ces faillites ont éclaté, mais nous croyons que, dans les années de 1833 à 1837, le montant total n’en a pas excédé deux millions de dollars, donnant ainsi une moyenne annuelle d’environ 133,000 dollars, ou environ 1,800 pour chaque million de capital. La plus forte perte éprouvée par ceux qui ont été en relations d'affaires avec les banques faillies, ou qui ont fait usage de leurs billets, ne peut pas être évaluée, pour la période entière, au-dessus de trois millions, et n'égale probablement pas la moitié de cette somme. Admettant toutefois ce chiffre, elle ne forme pas plus de 1/&00 d’un pour cent sur les transactions accomplies par les individus avec ces institutions, sous la forme de dépôts, d'effets négociables, de billets de circulation, etc., et ne ferait pas monter le risque à plus de un dollar sur 40,000. Dam les quinze dernières années de la période, ce risque n'a pas excédé cinq dollars par million, et n’a probablement pas atteint même un dollar.

» Nous sommes disposé à croire que dans aucun pays une aussi grande masse de transactions n'a été conduite 4 fin d’une manière aussi avantageuse à la communauté et avec un aussi faible contingent de pertes, et que la prime d’assurances sur les dettes des individus envers les banques, ou des banques envers les individus, est en conséquence moindre que dans aucune autre partie du monde.

1 I.a moitié seulement du capital de U banque des Élai-Unu était employée dana ce» État».

CHAP. X. — § l. LES BANQUES AUX ÉTATS-UNIS. 427

» En allant vers le Sud et l’Ouest, nous trouvons à chaque pas, avec une densité décroissante de la population, un accroissement de risque. Dans les États situés au Sud de la Pennsylvanie et de la rivière Ohio, il y a eu 84 faillites, et dans ceux qui sont à l’Ouest de la Pennsylvanie, 27. Presque toutes ces faillites furent, aussi bien que dans la Pensylvanie, le résultat de tentatives prématurées pour établir des bureaux d’achat et de vente de monnaie dans des régions où tout le monde était disposé A acheter et où personne n’avait rien à vendre. 11 en arriva ce qu’il était facile de prévoir. Après des essais infructueux pour établir un courant d’affaires, on se vit contraint de suspendre ses payements, précisément comme le feraient des hommes qui s’engageraient dans toute autre entreprise pour laquelle la communauté ne serait pas préparée. Le nombre total des faillites en 25 ans a été de 167, dont 130 nu Sud et à l’Ouest de New- York, et presque toutes, sinon toutes sans exception, peuvent être attribuées à la même cause. Le nombre moyen des banques en exercice pendant cet intervalle, a été de 242, et la moyenne des faillites a été de 2 3/4 pour cent, ce qui ne fait qu’un peu plus de la moyenne trouvée pour les banques privées d’Angleterre de 1821 à 1826, époque où il ne survint rien d’extraordinaire, soit un passage de la guerre A la paix, ou de la paix à la guerre, qui pùt déterminer un ébranlement et des désastres. Depuis la première institution des banques en Amérique jusqu'à l’année 1837, les faillites ont été moins nombreuses, d’environ un quart, que celles de l'Angleterre dans les trois seules années 1814, 1815 et 1816, et le montant des pertes supportées par le public présente probablement une proportion encore plus faible relativement à la somme des transactions accomplies

» Nous avons vu que dans le Massachussets et dans Rhode- Island la proportion des perles est moindre, et qu'elle va s'élevant par degrés à mesure qu’on passe des États à population dense de la Nouvelle-Angleterre, aux établissements clair-semés

' Les passages que je souligne dans U traduction sont aussi soulignés dans 1c texte anglais. — Je n'ai pas besoin de faire ressortir tout ce que ces résultats ont de remarquable et de concluant.

Di

de l'Ouest et du Sud-Ouest. En passant du Massachussets en France, et de là en Angleterre, nous devrions trouver un plus haut degré de confiance avec une plus faible proportion de pertes, et cependant il n'en est pas ainsi. Dans ces deux pays les pertes sont plus grandes et la confiance de l'homme dans son semblable est moindre que dans cet État, où elle est en conséquence plus grande que dans aucune autre partie du monde 1 . Dans la Grande-Bretagne les individus jouissent d'un crédit aussi étendu qu’il est possible, mais la confiance est plus universelle aux États-Unis. Tout membre de la communauté reçoit les billets de banque, et ceux qui sont payables dans des localités distantes de 500 ou de 1000 milles, passent de main en main, et de banque en banque, sans aucune difficulté. Ceux qui, ayant leur résidence dans les États de Massachussets, de New-York ou de Pennsylvanie, désirent donner à leur capital un emploi qui leur procure un intérêt de 8 ou 9 pour cent, le placent dans le Mississipi, dans la Louisiane, ou dans lu Tennessee, sans aucune appréhension.

» Le produit des droits prélevés par les États-Unis sur les importations s’est élevé, de 1789 à 1827, à 475,000,000 dollars. Durant les deux tiers de cette période, les navires américains ont été pillés en mer, brûlés ou confisqués par les deui parties belligérantes jusqu'à ruine entière d'un très-grand nombre de leurs propriétaires. Cependant le gouvernement avait entre les mains les obligations souscrites par ces propriétaires, en garantie du payement des droits, pour lequel on accordait des termes variant de trois mois à trois ans. Dans de telles circonstances il serait raisonnable de supposer que le trésor public a dû subir des pertes énormes. A la fin de 1827, le montant total des obligations non acquittées était de 4,399,617 doll. , dont 434,000 d. paraissaient recouvrables, laissant au plus une perte totale de 4,000,000 dollars, ou moins de cinq sixièmes de un pour cent

» En conséquence des facilités qu'on trouve dans les bauques

■ On peut trouver U confirmation de cette vérité dans les Letlrti sur l' Amérique du Nord, pub'ices par M. Michel Chevalier en 1837.

à fonds réunis ( Joint stock banks ») pour employer d'une manière productive les petites parcelles de capital, la tendance à placer des fonds dans les caisses d'épargne (Saving banks), on dans les assurances sur la vie, est moins grande aux États-Unis qu'en Angleterre. Néanmoins, les unes et les autres existent sur le territoire de l'Union, et on les trouve en plus grand nombre là où la population est plus dense et où le travail est plus productif. Pans le Massachussets, il y a 39 caisses d’épargne, avec un capital de 4,784 ,496 doll. i dans l’État de New-York, il y en avait, en 1836, onxe, dont les dépôts s’élevaient A A, 831, 613 doll. Dans la Pennsylvanie, le nombre est moindre quedans l’État de New-York. Celle de Philadelphie a des dépôts à concurrence de 1,900,000 doll. Dans le Maryland, nous croyons qu’il n’en existe qu’une, celle de Baltimore, dont les dépôts s'élèvent A 887,699 dollars.

a Des masses énormes de valeurs en marchandises passent de main en main sans aucun examen, et sur un million et demi de balles de coton qui sont actuellement expédiées tous les ans, les cas de fraude sont excessivement rares. Ce qui prouve que la moralité a fait de grands progrès A mesure que la population s’est accrue, c’est qu’autrefois les marchandises produites pour l’exportation, comme le porc, la farine, le tabac, étaient sujettes A des règlements d'inspection, qui subsistent encore pour entraver la marche du commerce ; tandis que le coton, plus récemment introduit, n’a jamais été assujetti A ces entraves, et l’expérience a prouvé qu’il n’y avait aucune nécessité de les établir,

» M. de Beaumont dit que presque tous les Américains ont fait faillite plus ou moins fréquemment 2 , et en parlant ainsi il

* Il ne Tant pai confondre cea joint stock ianks avec celle* qu'on désigne en Angleterre soua le même nom. U t’agit ici de véritable» sociétés «non jmes, dans lesquelles la responsabilité de chaque associé est (imitée h son apport, tandis que dans le* sociétés anglaises la responsabilité est toujours illimitée, h moins que la société n'ait obtenu une charte d'incorporation, et, dans ce cas, elle porte toujours le nom de société incorporée ( incorporated company).

' Marie , ou l'esclavage aux États-Unis.

ne fait que répéter ce qui se dit fort souvent en Europe. M. Tocqueville à son tour dit : que les Américains font souvent naufrage, mais que nul autre peuple ne traverse les mers avec autant de rapidité *. Le taux de l'assurance est la mesure du risque couru dans les voyages sur mer, et quand nous trouvons qu’un navire américain peut être assuré pour un voyage à Canton, aller et retour, moyennant une prime de 2 1/2 à 3 1/2 pour cent; que la prime pour un navire anglais est de 4 à 5 pour cent, et qu’un navire français, pour le seul voyage d’aller à Canton, ne peut pas être assuré à moins de 3 A 3 1/2 pourcent, nous pouvons nous tenir pour assurés, nonobstant l’impression contraire de M. de Tocqueville, que si les navires américains sont plus rapides, ils sont aussi plus sûrs que ceux des autres nations. Un examen comparatif des systèmes de crédit usités dans divers pays, établit, ce nous semble, le même résultat en ce qui concerne la disposition & satisfaire à ses engagements. »

En ce qui concerne l’assertion de M. de Beaumont, je n’ajouterai rien à la réfutation si concluante, si décisive, que M. Carey en a faite dans tout ce qui précède. Relativement à celle de M. de Tocqueville, je ne puis m’empêcher de mentionner ici les données fournies par l’enquête sur les lois de navigation ouverte l’année dernière (1847, de mars à juillet) à Londres, devant une commission instituée par le Parlement anglais. J’ai lu avec beaucoup d’attention les cinq volumineux rapports publiés par la commission d’enquête, et il en est résulté pour moi cette impression très-claire, que les Américains naviguent beaucoup plus sûrement que les Anglais. Entre autres faits constatés, en voici deux qui paraîtront décisifs. La prime d’assurance demandée, à Londres même et par les assureurs anglais, est moins élevée

* La Démocratie en Amérique.

ciiai». i.

— § 1. LES BANQUES AUX ÉTATS-UNIS. 4;il

pour les navires américains que pour les navires anglais qui font l’intercourse d’un pays à l’autre. En outre, les négociants expéditeurs, il s’agit des négociants anglais, préfèrent les navires américains aux navires nationaux, surtout pour les marchandises fines. Aussi les navires anglais partant pour les États-Unis ne sont-ils guère chargés que de grosses marchandises, de la fonte, du fer, de la houille, du sel, etc; les marchandises fines, telles que les articles manufacturés, étant confiées de préférence aux navires américains.

MM. de Beaumont et de Tocqueville sont assurément des hommes de mérite, et de plus, des écrivains consciencieux. Ils n’ont pas eu, à coup sûr, l’intention de dénigrer systématiquement, ni le peuple américain, ni sa marine, ni son système de crédit : mais, il faut bien le dire, ils n’ont vu l’Amérique qu’à travers les préjugés de leur pays ; et c’est parce que leurs assertions ne sont pas autre chose que l’expression fidèle de ces préjugés aveugles, que je crois devoir m’y arrêter quelques instants.

On veut absolument en France que le commerce ne soit sûr qu’à la condition de se traîner terre à terre dans une ornière étroite. S’il s’élève avec le crédit, et s’il prend des allures plus larges, on veut absolument que ce soit au prix de sa sécurité. C’est là* une idée faite, et c’est d’après cette idée préconçue que l'on juge les faits, sans examen. Tous les jugements qu’on porte sur le commerce américain n’ont guère d’autre fondement que celui-là ; ils peuvent se traduire ainsi : il y a beaucoup de banques aux États-Unis, le crédit y est

très-large, donc le commerce y est peu sûr et les faillites abondent. Qu’est-ce pourtant que le crédit? Ce n’est guère autre chose que la confiance mise en pratique. Et comment la confiance pourrait-elle naître, grandir et persister au milieu de ces risques incessants ?

Le proverbe italien, chi va piano ta sano , est certainement un proverbe fort sage s mais, en vérité, on en abuse en France. Est-ce à dire qu’on va toujours d’autant plus sûrement qu’on va plus lentement? Lorsqu’au commencement du règne de Louis XIV, on mettait plusieurs mois à faire le voyage de Paris û Clermont, en Auvergne, le faisait-on par hasard plus sûrement qu’on ne le fait aujourd’hui en l’effectuant en quelques heures par le chemin de fer ? Lorsque Ulysse mettait dix années à revenir des rivages de Troie à l’ile d’Ithaque, s’arrêtant d’étape en étape pour traîner ses bateaux sur le rivage, voyageait-il plus sûrement que ne le font les paquebots américains, qui effectuent la traversée du Havre à New-York en dix ou douze jours? Non ; l’avantage ici, même au point de vue de la sécurité, est tout entier en faveur des voyages modernes plus rapides. Et pourquoi cela? Parce que cette rapidité plus grande a été obtenue précisément par l’aplanissement des ob* stades et l’éloignement des dangers qui retardaient autrefois les' voyageurs. C’est qu’au commencement du règne de Louis XIV, la route de Paris en Auvergne était semée de fondrières, coupée par les fleuves et les rivières qu’il fallait passer A gué, dépourvue d’hôtelleries et de véhicules, et, par-dessus tout cela, infestée de brigands; tandis que, plus tard, les fondrières ont été

comblées, la voie aplanie, des ponts, construits au passage des rivières, des hôtelleries et des relais établis de distance en distance, les brigands éloignés, et qu’ enfin, pour achever de vaincre les derniers obstacles, on a détruit même, par la construction de rails en fer, la résistance du frottement. Eh bien! l’établissement d’un bon et large système de crédit n’est pas autre chose que l’aplanissement des obstacles et l’atténuation des risques dont la route du commerce est semée. C’est précisément là le grand objet des banques. Elles comblent les fondrières, elles régularisent la voie, elles y construisent des ponts, elles fournissent des véhicules et des relais, et, pour rendre la comparaison plus complète, par leur influence morale elles en écartent les voleurs. Voilà comment elles permettent au commerce une marche plus rapide et des allures plus franches ; non pas en l’exposant davantage, mais, au contraire, en l’aidant, en le garantissant et en le préservant.

Tout cela ressort déjà bien assez clairement de l’exposé qu’on vient de voir; mais cela ressortirait, on peut le dire, avec une évidence bien plus irrésistible encore, si la liberté des banques était aux États-Unis plus générale et plus entière, si l’auteur que je traduis n’avait pas compris dans ses calculs des époques vraiment calamiteuses, des époques de destruction et de ruine, dont il aurait pu faire abstraction sans manquer à la vérité, enfin, si ce système de banques librcs-s’était développé dans un pays moins neuf et plus peuplé.

« Un voyageur qui, arrivant d’Europe à Lima et y voyant toutes les maisons d’un seul étage, en conclurait qu’on y est

plus en sûreté que dans une maison à six étages de Londres, commettrait une erreur pareille à celle de l’écrivain qui, voyant que le crédit est faible en France, et que la moyenne des effets escomptés par la Banque de France, est de moins de 400 dollars, avec une moyenne d’échéance de 50 jours, en conclurait qu’il y a moins de risque dans ce pays qu’aux États-Unis, où la moyenne des valeurs escomptées est infiniment plus forte, et la moyenne de l’échéance infiniment plus longue. Si le peuple de Lima n’avait pas été exposé à de nombreux tremblements de terre, i) construirait aujourd’hui des maisons de six étages ; et si le peuple de France avait joui* de toute sécurité dans sa personne et dans ses biens, sa production serait aujourd’hui troi» fois plus forte, et ses commerçants feraient des affaires sur une échelle cinq fois plus grande, en ce qu’il y aurait moins de commerçants et plus d’échéances à accomplir.

» L’existence d’un système de crédit est le témoignage d’une confiance mutuelle, et cette confiance résulte de la connaissance que chacun a de la conduite et des dispositions de son voisin. Là où la propriété jouit d’une sécurité plus grande, le travail est appliqué d’une manière plus productive, le pouvoir d’accumuler le capital plus étendu , et la tendance vers les améliorations morales et matérielles plus rapide. C’est quand il en est ainsi que la confiance est plus générale, et l’existence de cette confiance peut être considérée comme la preuve d’une disposition générale à satisfaire à ses engagements. Où cette confiance est portée à son plus haut degré, la prime d’assurance sur les dettes est au degré le plus bas. Tel est le cas des États-Unis.

» Et il est fort naturel qu'il en soit ainsi. Lè où nne bonne conduite assure à l’homme de travail le moyen d’obtenir l’aide du capital, qui doit rendre son travail plus productif et le mettre à même d’améliorer sa condition, il a le plus puissant motif pour se bien conduire ; mais là où le capital est rare, et où la meilleure conduite ne le mène à rien de tel, ce motif n’existe pas. Si le peuple de France voulait s’abstenir de la guerre; s'il voulait réduire son armée ; s’il voulait permettre au capital de s’accroître, chaque jour apporterait avec lui de nouveaux motifs pour

inspirer l’ardeur du travail et une bonne conduite è l'ouvrier, qui tiendrait à se montrer digne de confiance ; et le crédit s’étendrait graduellement dans la société tout entière, au grand avantage de tout le monde, travailleurs et capitalistes. »

Les banques des États-Unis étant toutes constituées sur le principe de la responsabilité limitée des associés, on comprend que le corps des actionnaires y est tout autrement composé qu’en Angleterre ou en Écosse. Autant le système de ce dernier pays est exclusif et aristocratique, autant celui des États-Unis est libéral et populaire. Un seul exemple suffira pour en donner une juste idée.

II est résulté de relevés faits avec soin, que le capital des six établissements qui existaient, en 1838, àPortsmouth, dans le Ncw-Hampshire, se divisait en 11,045 actions, partagées de la manière suivante :

Actions.

Femmes 2,438

Ouvriers 673

Fermiers et laboureurs i,245

Caisses d’épargne 1,013

Tuteurs : . 630

Institutions charitables 648

Corporations et l’Etat 157

Employés du gouvernement. . . 438

Marins 434

Marchands 2,038

Colporteurs. 191

Hommes de loi 377

Médecins 336

Prêtres 250

Total 11,045

Avec quelques différences en plus ou en moins, on retrouve dans tontes les autres banques à peu près les

mêmes éléments. Le nombre des femmes, non mariées ou veuves, est toujours considérable, et généralement elles possèdent plus d’actions que nulle autre classe de la société. Après elles, viennent les ouvriers des villes et des campagnes, les institutions charitables, les petits marchands et les marins. C’est à peu près, comme on le voit, le même personnel qu’on trouve, en France, dans les clients des caisses d’épargne, et en Écosse, dans les déposants des banques. Dans le fait, les banques des États- Unis sont de véritables caisses d’épargne, mais des caisses d’épargne fort supérieures à celles que nous connaissons en France, puisqu’elles rendent les économies des classes ouvrières à leur destination véritable, en les faisant servir à alimenter le travail, et fort supérieures même aux banques d’Écosse, en ce qu’elles rendent un meilleur compte des capitaux qu’on leur confie. Qu’on juge les deux systèmes par leurs résultats. En Écosse, les banques escomptent les effets de commerce à 4 p. 1 00, et prêtent, en outre, sur diverses garanties, à 5 pour 100 et au delà : elles ne payent néanmoins à l’homme de travail qui leur conlie son pécule qu’un intérêt de 2 1/2. Où va la différence? Elle est absorbée par les faux frais qu’entraîne leur manière vicieuse d’opérer et parle surcroît de bénéfices que prélève le petit corps des actionnaires. Aux États- Unis, au moins dans la Nouvelle-Angleterre, ce même pécule est consacré à acheter des actions, et produit un intérêt exactement égal à celui que la banque fait payer à ses débiteurs, les frais de l’établissement étant généralement couverts par les profits dérivant de la circulation de ses billets. C’est comme si le propriétaire du capital

prêtait lui-même ses fonds au commerce, directement et sans intermédiaire : la banque lui épargne en cela des soins qu’il ne pourrait pas prendre, des risques qu’ils ne voudrait pas courir, mais pour ce service, elle ne lui demande rien. Impossible d’imaginer un système à la fois plus rationnel, plus juste et plus économique.

De là résulte aussi pour les banques des États-Unis une bien meilleure assiette. La plus grande partie des sommes qui, en Écosse, restent à l’état de dépôts, y étant converties en actions, le capital social y est toujours plus considérable et la masse des dettes exigibles bien moindre: double motif de sécurité. En 1830, lorsque le capital propre des banques établies dans l’État de Rhode- Island s'élevait à 6,118,000 dollars, le montant des sommes qn’ elles avaient en dépôt n’excédait pas 861 ,000 dollars, ou le septième du capital. A la même époque, les banques du Massachussets possédaient en propre un capital de 20,420,000 dollars, et n’avaient à l’état de dépôts qu’une somme de 2,545,000 dollars, ou le huitième du capital. Quelle différence de cette situation à celle des banques d’Écosse. On comprendrait à peine que des établissements ainsi constitués pussent jamais faillir.

Il n’en est pourtant pas ainsi dans toute l’étendue de l Union américaine. Dans plusieurs États, le droit d’établir une banque n’est accordé qu’à un petit nombre d’hommes et comme un privilège spécial: dans quelques autres, ce droit est vendu au profit du trésor public. A mesure que ces restrictions deviennent plus étroites et plus sévères, le capital des banques diminue, la somme des dépôts augmente, et l’on voit naître tous les abus

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signalés ailleurs; mais là où l’on jouit d’une liberté plus grande, et particulièrement dans les États composant la Nouvelle-Angleterre, la situation est aussi saine qu’il est permis de le souhaiter.

L’intérêt payé sur les dépôts est généralement, aux États-Unis, de 4 p. 100 L

N’ayant en général entre les mains que de faibles • sommes en dépôts exigibles , et une circulation assez bornée, qui suffit tout juste aux besoins des échanges et qui ne varie guère, les banques des États-Unis peuvent ne garder que de très-faibles réserves en numéraire. On ne voit donc pas dans leurs caisses ces masses effrayantes de capitaux qui chôment. Et comme, d’un autre côté, tout particulier trouve facilement à placer ses économies à mesure qu’elles se produisent, on peut dire qu’il n’y a pas si petite parcelle du capital qui ne soit employée au profit de son propriétaire et à l’avantage du pays.

Quelques tableaux achèveront de donner une juste idée de la situation de toutes ces banques et des différences qui s’y remarquent.

DÉSIGNATION

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