‹ Le crédit et les financesChapitre 8 sur 25 · XXX11J · texte numérisé non relu

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donner tous les millions qu’on réclame. Cet exemple que j’emprunte à la guerre du Mexique s’étend à beaucoup d’autres choses; il s’applique à toutes les occasions de dépenses qui naissent de la politique ; le Corps législatif a le contrôle sur les finances, mais comme il n’a pas de contrôle définitif sur la politique, il n’est appelé à voter que sur les conséquences d’actes dont la cause principale est en dehors de ses attributions.

Il faut bien que le vice que je signale soit le vice réel, pour que depuis quelques années, animés comme nous le sommes du désir le plus ardent en faveur des économies, nous ne puissions pas arriver à en faire. Chaque année, nos commissions législatives en réclament, chaque année on nous en promet, et nous courons toujours après un budget en équilibre. Les précautions, même les plus minutieuses, pour arrêter la progression des dépenses échouent, témoin le fameux sénatus- consulte de la fin de 1861. Il faut qu’il y ait un obstacle qui résiste à tout, et cet obstacle, je le répète, c’est la politique.

Le gouvernement prussien, depuis plusieurs années, se débat avec sa chambre des représentants au sujet des allocations budgétaires, et

l’accord ne peut pas s’établir. — Pourquoi?

parce qu’il y a une lacune, une rédaction ambiguë dans la constitution prussienne, et que si la chambre a le droit de contrôler les dépenses et de voter les impôts, le roi a le pouvoir d’échapper à ce contrôle , et il y échappe depuis quelques années, comme nous le voyons. — En Angleterre, un pareil conflit entre la royauté et le parlement ne 'peut pas exister. — Il y a des ministres qui portent devant le parlement la responsabilité de leurs actes, et qui à tout moment peuvent être arrêtés ou renversés avant l’exécution de ces actes, et comme le parlement luimême est l’expression de la nation, on peut dire que c’est la nation elle-même qui gouverne; elle veut des économies, et on en fait.

En France, nous avons beau avoir, à l’origine de tous les pouvoirs, de celui du chef de l’État, comme de celui du Corps législatif, la base la plus libérale en apparence qui existe, qui est le suffrage universel, comme ce suffrage abdique aussitôt qu’il a fait son choix, ce n’est pas le pays qui gouverne; il n’y a en fait, sinon en droit, personne de responsable devant lui, comme l’a très-bien fait remarquer M. Thiers dans son récent et admirable discours sur l’A-

dresse, il n’y a personne qui doive payer de sa position ou d’une pénalité quelconque l’accomplissement d’actes contraires aux vœux du pays. D’autant plus, il faut en convenir, qu’avec le système des candidatures officielles, et le régime actuel de la presse, le vœu du pays est fort difficile à connaître, et peut être tout différent de ce qu’on le suppose. Par conséquent, il ne faut pas se lasser de le dire, si en France nous avons des finances plus ou moins embarrassées , si chaque année, au lieu de procéder à des dégrèvements comme on fait en Angleterre, ce qui est souvent la manière de rendre les impôts qu’on laisse plus productifs , nous cherchons sans cesse des impôts nouveaux , impôts qui coûtent quelquefois plus qu’ils ne rapportent, c’est parce que nous n’avons pas la liberté politique. Que notre Corps législatif ait un peu plus d’initiative, qu’il puisse arrêter, dès le début, les actes qui ne lui paraissent pas conformes aux intérêts de la France; et je ne mets pas en doute que nous n’ayons bientôt, à côté d’autres avantages, les finances les mieux réglées.

Mars 1865.

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