‹ Le credo du jardinierChapitre 19 sur 37 · Eusèbe, liv. III, ch. IV · texte numérisé non relu

Eusèbe, liv. III, ch. IV

contre les ariens et rappeia les exilés ; son successeur Jovien fit de même.

Le règne de Valentinien fut un de ces instants rares et courts de lucidité que montre de temps en temps l'histoire des monarques et des empires; — il ne voulut pas se mêler des affaires de l'Église et défendit aux évêques de se mêler des affaires de l'État.

Mais Valens, qui gouvernait l'Orient, était arien forcené, et faisait mourir les évêques orthodoxes.

Gratien, seul maître de l'empire après la mort de Valeas et de Valentinien, rappela les évêques orthodoxes.

Théodose protégea d'abord les ariens, puis leur défendit de s'assembler.

L'impératrice Justine rétablit l'arianisme, etc. Pendant ce temps, Dieu et son Fils étaient probablement fort inquiets de ce qui serait définitive-

ment décidé; mais suivons cette secte, cette hérésie, une des trois cents, dont j'ai donné les noms, en en oubliant beaucoup.

En Angleterre, en Allemagne, en Pologne, en Hollande, l'arianisme, c'est-à-dire la négation de la Trinité, reparut sous divers noms.

Les premiers ariens sous Edouard VI, au xvi* siècle, furent brûlés par les réformateurs.

Après la mort d'Edouard, la reine Marie chassa les protestants et brûla Cramer, archevêque de Cantorbéry, qui avait brûlé les ariens.

Elisabeth rétablit la religion protestante.

Jacques Ier écrivit contre les ariens et brûla ceux que ses écrits ne convertissaient pas, etc.

Quant à Constantin, il n'est pas sans intérêt de s'arrêter un moment, et de demander à l'histoire ce que fut le premier empereur chrétien.

Eusèbe, évêque de ce temps et appelé « le père de l'histoire ecclésiastique » (vers 270), et- son

traducteur ou imitateur, le professeur Crevier (vers 4700), l'un en grec, l'autre en français médiocre, peuvent montrer de combien de flatteries ce maître du monde fut entouré.

« Il passa le Rhin, mit le pays des Bructères à feu et à sang; les hommes, les femmes, les bestiaux, furent massacrés, ceux qui échappèrent au feu et au glaive, livrés aux bêtes, dont ils imitaient la férocité. »

Ils, au pluriel, — remarquez-le! — ce n'est

pas, dans la pensée d'Eusèbe ni du pédagogue

«Crevier, Constantin le bourreau qui ressemble aux

bêtes féroces : ce sont les victimes, ceux qu'elles

déchirent et dévorent.

Cela rappelle une nièce du financier Bourret, très-jolie femme et très à la mode, qui, par la protection de son oncle, eut le plaisir d'assister au supplice de Damiens, lequel fut tiré à quatre chevaux et écartelé « en place de Grève » .

Quatre chevaux montés par des hommes armés d'éperons et de fouets, attelés à chaque membre du patient, tiraient en sens divers, jusqu'à ce que chacun de ces membres se détachât du corps. Je me suis souvent demandé en lisant les récits des tortures, questions, supplices, etc., si ceux qui les subissaient pouvaient jamais avoir été aussi criminels que ceux qui les leur faisaient subir.

Il paraît que les chevaux avaient quelque peine

à arracher les membres de Damiens ; on les éperonnait, on les fouettait..., ils ruisselaient de sueur et d'écume.

— Ah ! les pauvres chevaux ! s'écria la nièce du financier, comme ils ont du mal !

Constantin tua son beau-père Maximien. II tua les deux césars Valens et Martinianus ; il tua son fils Grispus, puis sa femme Fausta; il tua le philosophe Zopatre, accusé de magie par les chrétiens.

Les intrigants lui persuadèrent qu'il était un

grand docteur es doctrine chrétienne, on lui demandait des discours, des homélies.

On a gardé quelques-uns de ses discours : dans l'un, il cite un acrostiche d'une prétendue sibylle Erythrée, dont chaque vers a pour lettre initiale une de celles qui forment ces mots : Jésus Christus, Dei filius, servator.

Puis il établit que Virgile était chrétien, et il trouve, dans ses vers, et Jésus et Marie, et tout ce qu'il lui plaît d'y trouver.

Toujours est-il que le moment lucide où il écrivit à l'évêque Alexandre cette lettre dont je viens de retrouver le texte * , ce moment lucide ne fut pas long, il se montra tour à tour catholique,

1. « Depuis que vous, Alexandre, vous avez demandé à vos prêtres leur opinion sur certains passages de l'Écriture, questions creuses et frivoles, auxquelles et sur lesquelles il ne faudrait ni penser, ni questionner, ni répondre, la discorde s'est mise parmi vous, etc. a

... De quodam inani quœstione, quod nunquam cogitatum et tilentio premere debeas.

hérétique; favorisa, persécuta au hasard et finit par mourir arien; ce qui ne l'empêcha pas de monter au ciel comme Dieu, selon l'usage établi pour les empereurs, et au ciel des chrétiens en qualité de saint.

Donc, selon l'Église :

« Dieu se compose de trois personnes ou hypostases de la même substance, égales en tout, même en âge, quoique l'une des personnes soit le fils d'une des deux autres, ce qui ne l'empêche pas d'avoir été engendré par l'opération de la troisième ; égales surtout en puissance, »

Je ne crois psfs me tromper.

Eh bien, il n'est pas du tout question de cette Trinité dans l'Ancien Testament, et tout le long du Nouveau; sauf deux ou trois passages où, en forçant le sens, on peut voir quelque chose d'analogue, tout le long de l'Évangile, on dit précisé-, ment le contraire.

Jésus, à plusieurs reprises, dit qu'il est le fils de Dieu, et appelle Dieu son père ; de même qu'il s'intitule presque toujours « le fils de l'homme ». Il dit même une fois ou deux : « Mon père et moi, nous ne faisons qu'un; » ce que disent souvent deux amis, deux époux, deux frères.

Mais toujours il proclame Dieu son père comme « plus grand que lui » , toujours il représente ce père comme lui donnant des ordres, et lui, fils soumis et obéissant, se conformant à ces ordres, même quand il voudrait s'en dispenser.

Je vais copier quelques passages dans les Évangiles; pour plus de sûreté et d'exactitude, je prends le texte de la Vulgate et celui des Septante ; que tout lecteur de bonne foi et de bon sens suspende son jugement et dise ensuite si Jésus, de l'avis même de Jésus, est, se croit et se dit « égala son père >.

Evangile de saint Matthieu (c'est Jésus qui parle) :

m, 25. « Je te loue, mon père, seigneur du ciel

et de la terFe (îrarsp, xv/sie roû oupcevoû xod tîîç ywç). )>

26. « Mon père, cela est ainsi, parce que tu Pas trouvé bon. »

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