La gloire que tu m'as donnée (Sôç«v h
25. « Je t'ai connu (fyyum) et tu m'as envoyé. » Je répète, en finissant ce chapitre, ce que j'ai dit
en le commençant : Est- il un lecteur de bonne foi et de bon sens, qui voie là que les apôtres évangélistes aient considéré Jésus comme égal à son père, et que Jésus Tait cru, ou dit lui-même ?
D'après l'Église, nous devons également considérer le Saint-Esprit comme une des trois personnes ou hypostases formant à elles trois un seul et même Dieu, chacune égale aux autres en puissance.
« Le Fils, coélernel au père, a été engendré par lui; le Saint-Esprit, coéternel à tous deux, procède du Père et du Fils ; tous trois sont un en nature, » (Concile de Frioul, 791.)
Telle est la décision des conciles.
Nous allons agir pour le Saint-Esprit comme pous avons fait pour Jésus. Nous allons emprunter
quelques passages aux Évangiles, et nous demanderons ensuite au lecteur de bonne foi et de bon sens si, dans les Ecritures et surtout dans l'Evangile, où on dit indifféremment le Saint-Esprit ou l'esprit de Dieu ou l'esprit de vérité, où Dieu dit : « Mon esprit », le Saint-Esprit n'est pas simplement l'esprit, la volonté, le souffle de Dieu, et, ainsi que dit Jean-Baptiste Rousseau :
;..Tel que d'Apollon le minisire terrible Impatient du Dieu dont le souffle invincible Agite tous ses sens...
Voyons d'abord la Genèse :
« i, 2. L'esprit de Dieu était porté, flottait sur les eaux (spiritus Dei ferebatur super aquas).
Evangile selon saint Luc, i, 35 :
L'ange à Marie : « Le Saint-Esprit surviendra en toi, »
4. 67. « Zacharie fut rempli du Saint-Esprit et il prophétisa. »
iv, 1 . « Jésus étant plein du Saint-Esprit (iwrovç
Saint Jean, xv, 26. « L'esprit de vérité qui procède de mon père (™ ftvwf** T*7Ç oArôfioç o 7r«0« tov ttûc- T/aoç ex7rojocurracy. »
xvi, 48- € Quand Vesprit de vérité sera venu. >
xi, 13. € Mon père vous donnera le Saint-Esprit. »
Saint Jean, vu, 39. « Le Saint-Esprit n'avait pas encore été donné. »
Saint Luc, xi, 43. « Notre père céleste donnera le Saint-Esprit à qui le lui demandera. »
Actes des Apôtres, vi, 3. « Choisissez sept hommes qui soient pleins du Saint-Esprit et de sagesse. »
Concile de Carthage, 215 : « Les hérétiques n'ayant pas le Saint-Esprit ne peuvent le donner. »
Actes des Apôtres, *n, 47 : (Je répandrai de mon esprit et vos fils prophétiseront. *
« N'éteignez pas l'esprit. »
Saint Jean, xx, 22. « Il souffla sur eux et leur dit : « Reçois le Saint-Esprit. »
Saint Matthieu, ni, 16. « Il vit l'Esprit de Dieu
ni, 2. « Je vous baptise d'eau, mais celui qui viendra après moi vous baptisera du Saint-Esprit
et de feu (7rvev/xari aytwvç irupi). »
Etc., etc., etc.
L'Esprit saint est donc, même pour les évangélistes, pour les apôtres, un attribut de Dieu, sa volonté, son souffle, et c'est ainsi que Bossuet en parle :
« Le Saint-Esprit, lumière allant de la source au rayon, — exhalaison de la clarté, de la splendeur de Dieu. »
Ce n'est donc pas une personne; et, fût-ce une personne, une « hypostase », il est loin d'être l'égal des deux autres; il n'agit jamais seul, il ne
fait rien de lui-même; on l'envoie, on le donne.
C'est dans la Trinité une sorte de confident et de comparse; d'ailleurs, on peut être plein d'un souffle, d'un esprit, on n'est pas plein de quelqu'un, on ne répand pas quelqu'un, on n'insuffle pas quelqu'un, on ne baptise pas de quelqu'un en guise de fluide.
Quand on dit : « des hommes possédant le Saint- Esprit et la sagesse, » le Saint-Esprit est nécessairement une vertu, une force, et n'est pas quelqu'un.
Si le Saint-Esprit est l'esprit de Dieu, comme les êvangélistes le disent indifféremment, — il appartient à Dieu, émane de Dieu, et conséquemment n'est pas son égal.
Le concile de Nicée négligea comme secondaire ce qui regarde le Saint-Esprit, ainsi que le firent . remarquer les Pères du concile de Frioul; le concile de Gonstantinople avait dit légèrement qu'il
procédait du Père ; le concile de Frioul seulement, en 791, décide qu'il procède du Père et du Fils.
Donc, sans discuter la vraisemblance, la logique, etc., il me suffit de prouver que le dogme de la Trinité, tel que le professe l'Église catholique, a été inventé par elle, ne ressort pas de l'Évangile et est contraire à l'Évangile.
Il est donc déplorable que cette invention bizarre et puérile des prêtres, évêques, etc., mêlant un reste de paganisme et quelques rêveries de Platon à la religion nouvelle, ait été l'origine et la cause de tant de haines, de tant d'exils, de tant de persécutions, de tant de bûchers, de tant de discours et de livres.
Ce qui était peu conforme au précepte de Jésus, qui disait : « Là est toute la loi : Aimez Dieu et aimez-vous les uns les autres », et, aujourd'hui encore, rend hostiles à la pratique de la religion des
esprits naturellement religieux, rebutés par les puérilités païennes de certains dogmes.
Nous examinerons quelques autres dogmes en nous rappelant que je ne fois aucune chicane sur la naissance miraculeuse et la divinité de Jésus, quoiqu'on lise dans les Actes des Apôtres même 11-22 :
« Jésus le Nazaréen, homme approuvé de Dieu
(ieffovv tov vaÇeo^aiov avfya toi» Qeov a7roSe5eryjxevov).
J'accepte Jésus, sa naissance, sa divinité, ses miracles, puisqu'il faut, à certains esprits, un Dieu visible et corporel et des miracles; j'accepte les Évangiles malgré leurs contradictions, mais à condition qu'on prêchera et qu'on pratiquera la morale de Jésus et la morale de l'Évangile.
Passons au sacrement de l'eucharistie. Je n'em>
prunterai encore mes arguments qu'à l'Evangile, pour prouver que Jésus n'a nullement institué, ni ordonné ce sacrement, surtout dans la forme où il se pratique aujourd'hui; et aux conciles pour établir que ce sacrement a longtemps varié dans sa forme, la tradition de l'Évangile étant sans cesse sacrifiée à la fantaisie des papes et de ces mêmes conciles.
Jésus aimait à parler en paraboles, en similitudes ; son langage était presque toujours figuré ; à tel point que souvent les apôtres ne le comprenaient pas et prenaient le change, traduisant toujours la pensée métaphorique en réalités plus ou moins grossières.
Et Jésus le leur reproche fréquemment.
Quelques citations vont vous donner des preuves surabondantes de ces deux assertions :
Matthieu, xv, 16.
« Et Jésus dit : « Et vous aussi, êtes-vous en- » core sans intelligence (u^perot). »
47. « Ne comprenez-vous pas que ce qui entre dans la bouche s'en va dans le ventre, et est jeté aux lieux secrets (sic «ysfyeova). »
xvi, 6. « Jésus leur dit : a Gardez-vous du levain » des pharisiens (tvjç Çvp?çT«v yapi<T«ivv). y> ,
7. « Sur quoi, ils pensaient en eux-mêmes et disaient : « C'est parce que nous n'avons pas pris de » pains. »
9. « Et Jésus leur dit : « N'avez-vous pas encore » d'intelligence ? »
41. « Comment ne comprenez-vous pas que je ne vous parlais pas du pain, etc. >
, 42. « Alors, ils comprirent que ce n'était pas du levain de pain, mais du levain de la doctrine des pharisiens. »