‹ Le credo du XXe siècle: principes de la reconstruction socialeChapitre 1 sur 2 · A M. VICTOR HUGO · texte numérisé non relu

A M. VICTOR HUGO

Deux fois proscrit pour la cause dé la Justice.

Monsieur,

Les plus illustres écrivains ont rendu hommage à votre génie ; permettez au plus obscur de rendre hommage à votre caractère.

Pendant vingt ans, vous avez tenu en échec TEmpire issu du deux décembre^ et proclamé, au milieu de TelTondrement de tous les principes, qu'à défaut de la justice sociale, il y a une justice naturelle, dont rien ne saurait détourner le cours : ni la complicité des peuples, ni Tabsolution de TÉglise infaillible, ni les baïonnettes des prétoriens.

Dans une circonstance douloureuse , vous avez défendu, contre notre civilisation, le droit d'asile, que les âges barbares ne refusaient pas aux plus grands criminels, et rappelé à des vainqueurs impitoyables que la vengeance n*est pas la justice.

L'histoire montre les capitulations des conscience!^ précédant toujours les capitulations des armées et des empires; de même qu'elle flétrira les lâchetés et les apostasies de notre temps, elle honorera dans le grand poète du xix® siècle le double exil qui a sanctionné l'accord entre ses actes et ses paroles.

Au moment de convier les esprits au culte de la justice, il m'a paru nécessaire de rappeler votre exemple, malgré les différences fondamentales qui séparent votre radicalisme du mien.

Veuillez agréer, je vous prie. Monsieur, l'hommage de mon admiration et de mon profond respect.

Ch. MISMER.

BEPONSE A LA DEDICACE.

 M. Gh. Mismer.

Paris, 27 mars 1872.

Monsieur ,

Nous sommes aux deux pôles opposés; vous, du côté

de rautorité, moi, du côté de la liberté; le trait d*union

entre nous, c'est la conscience. Je suis convaincu. Vous

Têtes aussi. De là votre dédicace. Elle m'honore et me

touche.

Vous êtes un homme de talent, d'étude, de science,

de foi. Votre livre aura toutes ces qualités et méritera

l'attention des esprits sérieux; mais vous-même marquez

y nos dissidences. Nos points de départ étant différents,

nous ne pouvons avoir le même point d'arrivée. Vous

"^ hésitez à voir dans la Révolution un moteur de civili-

iî sation. Vous admirez le repos de l'Orient, qui est pour

S;^ moi stagnation; j'aime le progrès de l'Occident, qui est

"^ pour vous désordre. Du reste, tous deux nous cherchons

la vérité, et nous sommes, vous et moi, d'accord en ceci :

que nous voulons l'homme meilleur.

La paix de la science est entre nous : par-dessus les

intervalles, j'ai presque dit les abtmes, qui nous séparent, nous pouvons nous tendre et nous serrer la main.

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