SCÈNE X
PAUL, JEANNE, puis JACQUES CAUSSADE.
PAUL
Ma chère Jeanne... c’est vous... vous dont j’ai emporté le souvenir... vous, ma compagne d’enfance! •
JEANNE
Monsieur Paul, il faut renoncer à nos rêves. Je suis pauvre, votre père est riche.
PAUL, gaiement.
Eli bien, tant mieux pour lui!... mais sa fortune ne me regarde pas... qu’il la garde!... Simple sous-lieutenant, au
2' chasseurs, voilà ma position sociale... Ne me refusez pas, Jeanne, ou c’est moi qui vais vous croire ambitieuse.
JEANNE, avec joie.
Vous m’aimez donc toujours?...
PAUL
Jeanne, vous rappelez-vous nos courses dans la montagne, quand nous étions enfants?... Eh bien, tout à l’heure, pendant que la voiture gravissait la montée de Reidac, et que, nous autres voyageurs, nous allions à pied, j’ai revu les toutfes de bruyère où, enfant, je vous cueillais des bouquets. Alors, il m’a semblé que le temps n’avait pas marché, et, comme autrefois, je me suis penché et j’ai cueilli la bruyère. N’est-ce pas, Jeanne, que rien n’est changé, que notre amour est le même, et que vous ne refuserez pas les pauvres fleurs que IlOUS aimions?. ..(il lire «Je sa poitrine uu petit bouquet de bruyère, et le tend à Jeanne.) •
JEANNE, émue.
11 m’a rien oublié!
PAUL
Et vous, Jeanne, m’aimez- vous comme par le passé?
JEANNE, lui montrant l'anneau qui est à sou doigt.
Tenez!...
. PAUL, avec joie.
Mon anneau!,.. Celui que je vous ai donné en parlant!... Vous l’avez encore?... (Avec amour.) Ah! Jeanne ! chère Jeanne! (il va lui baiser la main, Jacques Caussade parait sur le seuil de la porte, au fond ; tous deux se séparent vivement.)
PaUL, à part.
Mon père !
JEANNE, à part.
M. CaUSSade! Oh! mon Dieu!... (Elle salue et rentre à gauche, eu regardant C&ussade avec cruiute. — Moment de silence.)