‹ Le cretin de la montagne drame en cinq actes et huit tableauxChapitre 2 sur 120 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

BAUDRIER, CASTALOU, ANDOCHK, gendarmes, guides.

(a u lever du rideau, Placide Beaudrier, d’autres gendarmes et des guides,

sont, attablés et boivent. — Audoche, à la porte du foud, regarde au

dehors.)

TOUT LE MONDE

Silence! silence doncl

CASTALOU.

Laissez parler le brigadier.

TOUS

Oui, oui!

BAUDRIER, commuant son récit.

Il pouvait bien être (rnis heures et demie, quatre heures du matin. Je m’étais embusqué dans la montagne pour guetter ces gueusards de contrebandiers; mais j’étais tout de même loin du glacier. Pour lors, je rencontre Pierre Pujol, qu’était embusqué ben avant moi : « Bougez pas, qu’y me fait, brigadier ! — Est-ce que vous guettez ce farceur «le Roussel, père Pujol? que j’y fais... — Non, qu’y me fait, je guette tm isard... Bougez pas!... le v'ià! — Où çà? que j’y fais... — Sur le glacier, qu’y me fait... 11 se méfie, l’isard... vous voyez pas ses petites cornes qui pointillent, son petit museau qui fume et qui guette... » Mes enfants, ma parole de brigadier, qu’est mon grade, je voyais pas plus de museau que rien du tout.

CASTALOU.

Avec ça que ce matin il faisait de la brume dans la montagne.

BAUDRIER

Pardine! les nuages montaient, descendaient... Je voyais à peine le glacier : « Y a pas d’isard, que je fais... — Allons donc!... Tenez, regardez, brigadier. » Le v’ià qui épaule son fusil, qui ajuste et qui tire : « Ça y est, que me dit Pierre Pujol; allons quérir la bête. — Trois bouteilles de juranço'n qu’il n’y a rien, que je fais?.. — Ça val » Nous enjambons, nous marchons plus d’une heure. On ne va pas vite dans le glacier, moi surtout qu’avais mes bottes... Enlin, nous arrivons... Mes enfants, l’isard était étendu mort, près de la crevasse.

TOUS

Ah!

BAUDRIER

C’est cet isard-là que vous allez manger tout à l’heure... et je dis que le roi des chasseurs, c’est le maître de poste de Reidac, c’est Pierre Pujol... (Montrant le fusil accroché au-dessus de la cheminée. ) Et que ce fusil-là n’a jamais perdu sa poudre.

Je crois ben l

TOUT LE MONDE

A la santé de Pierre Pujol 1 (On entend au dehors des rires et de* huées.)

BAUDRIER

Qu’est-ce que c’est que ça?:.. ’

ANDOCHE, riant et se tenant les côtes.

Ah ! ah! ah ! qu’elle est bonne !... Ah! la bonne niche!

BAUDRIER

Qu’est-ce donc?

ANDOCHE, riant toujours.

Ah ! ah ! ah ! je peux dire que je m’amuse!

BAUDRIER

Parleras-tu, imbécile?

ANDOCHE

Je vas parler, imbécile... C’est Claude-Marie, l’idiot... celui

Ï u’oii appelle dans le pays l’amoureux de la belle Jeanne...

mangeait sa miche de pain comme toujours, assis sur la berge... V’ià que les enfants du pays l’ont poussé par derrière... V’ian!... il est tombé dans le Gave... 11 va passer sous la roue du moulin... hil hi! hi 1 V’ià ce que j’appelle un» bonne niche! (on rit.)

BAUDRIER

Du moment qu’il n’y a que ça!...

V’ià un idiot qu’est bête... J’ai vu ben des idiots dans ma vie...

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