ROUSSEL, SIMON
SIMON, se frolt&nt les mains.
Bon, bon !... Tu vas bien, Roussel?
ROUSSEL
Ab! c’est vous, père Simon?
SIMON
Tu as l’air tout triste... Des chagrins d’amour... pas vrai ? Eh, eh, eh!... ça passe... Moque-toi de ça, mon gars...
ROUSSEL
Si vous croyez que c’est facile, vous !
SIMON
Viens me voir... je te donnerai des conseils... J’étais l’ami de îod père... D’ailleurs, tu es un bon enfant... Chaque fois
3 ue tu reviens d’Espagne , tu me rapportes un petit caeau... Ça entretient l’amitié.
ROUSSEL
Votre provision de tabac, pas vrai?... Tenez, j’en ai là un paquet pour vous, (il se met à défaire son ballot.) C’était dans mes archives secrètes... Un double fond, quoi !... Les douaniers n’entrent pas !
SIMON, prenant le tabac.
Merci, mon garçon. (F»usse sortie.) Tiens, Prohibé, je veux faire quelque chose pour toi...
ROUSSEL. 1
Quoi donc, père Simon ?
SIMON
Je veux te faire un cadeau, après moi...
ROUSSEL
Ah ! bon, j’ai le temps d’attendre, alors... Vous avez encore bon pied bon œil... Vous devez avoir la vie dure, vous?
SIMON
Hum 1 Je me fais vieux... On né sait ni qui vit... ni qui meurt.
ROUSSEL
Bah 1 vous vivrez cent ans...
SIMON, riant.
Je ne demande pas mieux... Mais entin, si un jour tu apprends que Simon a passé l’arme à gauche, comme disent messieurs les douaniers...
ROUSSEL
Mes ennemis intimes !
SIMON, baissant la voix.
Eh bien... va dans ma petite maison de la montagne.
ROUSSEL
Oui... au Pic-d’En fer... Connu!
SIMON
Entre dans le jardin... et au pied du vieux sapin... Tu connais le vieux sapin? ..
ROUSSEL
Le vieux sapin creux, sous lequel nous avons si souvent fumé notre pipe ensemble?... Pardieu!
SIMON
Eh bien ! au pied du vieux sapin, en fouillant un peu la terre, tu trouveras quelque chose qui pourra t’être utile...
ROUSSEL, vivement.
Quelque chose?
SIMON
Oh! culme-toi!... ça n’est pas de l’argent...
ROUSSEL
Tant pis !
SIMON
Et, d’ailleurs, ça ne peut te servir qu’après ma mort...
ROUSSEL
C’est bien... c’est convenu, père Simon; je ne l’oublierai pas... (Gaiement.) Et maintenant... que j’hérite... vous savez... si l’existence vous ennuie, ne vous gênez pas !
SIMON, gaiement.
Ah! le plus tard possible, mon gars, le plus tard possible !... (il sort à gauche. — Les paysans, les paysannes et Mariette rentrent • par le fond.)