ACTE DEUXIÈME
en parlant, il s’est approché des guides, des paysans, en leur lendant la main; mais chacun se détourne sans la prendre.)
JEANNE
0 ciel !...
PAUL
Que signifie?
PUJOL
Comment, comment!... vous refusez ma main?
JEANNE
Mais, vous n’avez donc pas entendu?... son innocence est reconnue?.. %
MARIETTE
Il est acquitté!...
BAUDRIER, bas.
. Oui... à une voix !
CASTALOU, bas.
Par les jurés... mais pas par nous!
JEANNE, allant de groupe en groupe.
Mais c’est un honnête homme... c’est votre ami à tous!... (Murmures sourds parmi la foule.) Vous ne voudriez pas' troubler sa joie par un pareil affront!... Voyons, monsieur Castalou !... (Castalou se détourne sans répondre.) Et VOUS, monsieur Placide?...
Oh ! moi, je respecte l’opinion de MM. les jurys...
JEANNE
Eh bien, alors...
MARIETTE
Mais allez donc, allez donc, Placide!...
JEANNE
Tendez-lni donc la main!...
BAUDRIER
Ah! dame... écoutez donc... lui tendre la main, c’est une autre affaire.
JE\NNE
Eh quoi!... vous refusez?
PUJOL
Vous vous éloignez de nous, comme si la houle nous avait flétris?...
JEANNE
Personne ne veut toucher notre main et nous faire amitié?... -
MARIETTE
Si fait, Jeanne!... si fait! Embrasse-moi!... (Elle lui «auic au cou.)
JEANNE, la serrant dans ses bras.
Ah! merci!... merci, Mariette 1
PAUL , f]ui a tout regardé eu silence, s’approchant.
Et VOUS, Plljül, prenez ma main!... (Mouvement d’étonnement
parmi la foule.) Elle ne craint pas de toucher la vôtre... car c’est celle d’un brave homme!...
PUJOL, avec elTusioiu
Monsieur Paul!...
PAUL, se tournant vers la foule.
Comment!... quand la sentence l’absout, vous le condamnez?... vous refusez de croire à son innocence?... Eh bien, moi, j’y crois !... (Murmures daus la foule ) Oui, j’y crois l... Relevez la tête, Pujol... (a Jeanne.) Cessez de pleurer, pauvre fille!... car moi, un soldat .. moi qui ne suis suspect à personne, je l’espère, je mets votre honneur sous la garde du mien.
MARIETTE, à part.
Bien}... très-bien!... Digne jeune homme!
JEANNE, à Paul.
Comment!... que dites- vous?
Je dis. . jedisdevanttous, que je serais fier et heureux d’entrer dans votre famille... de m’allier à celui que l’on repousse comme un coupable... Pierre Pujol, voulez-vous m’accorder votre fille?... Et vous, Jeanne, voulez-vous être ma femme?
ROUSSEL, à part.
Sa femme!...
JEANNE, très-cmue.
Votre femme!... moi !... moi !...
t PUJOL.
Vous nous feriez un pareil honneur?... (Depuis un instant, Caussade a paru et s’est arrête sur l’escalier ; à ces derniers mots, il s'approche vivement.) .