ACTE TROISIÊJIF
ROUSSEL
Affaire d’urgence... Oli ! ne me refusez pas... trois secondes... et je vous rends à la société.
CAUSSADE
Soit! (a Paul.) Rejoins ces dames... dans quelques minutes je suis à toi... Allons, mon lils, du courage 1
PAUL, à part, avec douleur.
Oli ! pauvre Jeanne ! pauvre Jeanne!,., (iisort.)
ROUSSEL
Eh bien, monsieur Caussade, vous songez donc à établir votre -lils? Vous avez bien raison... allez... Le mariage, ça calme les jeunes gens... Et puis, on a une petite famille qui pousse... c’est gentil... Eli! hion Dieu! moi-même, je vais finir par là un de ces jours... Il n’y a que les bonheurs légitimes, monsieur Caussade...
CAUSSADE
Allons, au fait!... Tu as à me parler... je t’écoute... dépêche-toi...
Enfin, je vous trouve... Depuis deux mois que je vous cherche, ça n’est pas malheureux.
CAUSSADE
Tu m’as cherché, toi ?...
ROUSSEL
Plus de dix fois j’ai été à la forge dans l’espoir de vous rencontrer... mais, bah!... vous étiez en voyage... à Paris... à Lyon... je ne sais où... Attendons, que je me suis dit, faudra bien qu’il revienne un de ces quatre matins... Enfin, tout à l’heure, en arrivant au château pour faire mon petit négoce, j’ai appris que vous étiez de retour dans le pays depuis quelques jours... et que vous vous trouviez ici... chez madame de Flavigileul... qu’il retournait mariage, pour votre fils. Alors, je n’ai fait ni une ni deux... j’ai saisi l’occasion au collet, et me v’ià... Et vous vous êtes toujours bien porté, monsieur Caussade?... Moi de même... Je marche toujours... Mon médecin m’a recommandé l’exercice.
CAUSSADE
Eh bien, après?... Qu’as-tu à me dire?... (Roussel regarde autour de lui comme pour s’assurer qu’ils sont bien seuls.) Pourquoi tout ce mystère? T’expliqueras-tu, enfin?
ROUSSEL
Monsieur Caussade, j’ai une petite affaire à vous proposer...
CAUSSADE
Une affaire?
" ROUSSEL
Oui... Nous avons rarement fait marché ensemble... mais c’te fois, j’ai mis dans ma tête de vous vendre quelque chose... Entre négociants, faut bien s’aider un peu !
CAUSSADE
Et, c’est pour un semblable motif que tu te permets de venir m’interrompre?... que tu me retiens?... (il fait un mouvement pour sortir.)
ROUSSEL
Un moment donc!... Vous ne savez pas de quoi il s’agit.
CAUSSADE
Que m’importe!...
ROUSSEL
C’est un objet précieux, une pièce curieuse, dont, j’en suis sûr, vous serez bien aise de faire emplette.
CAUSSADE
Allons, drôle, c’est assez!... Je n’ai que faire de ta pacotille... je ne veux rien acheter.
ROUSSEL
Pas même... un autographe de Simon?
CAUSSADE, s’arrêtant et tressaillant malgré lui.
Hein!... Un... autographe de Simon?...
ROUSSEL
Oui... il avait la manie d’écrire, ce vieux bonhomme.
CAUSSADE
Chut]... Plus un mot de cela ici...
Soit... (On entend crier au dehors: « Vive maître de Flavigueul !) »
CAUSSADE
Ces cris!...
ROUSSEL
Ce sont les paysans à qui le château donne une fête... à cause de la signature du contrat... J’assisterai an dîner sur l’herbe!... J’aime les plaisirs champêtres!...
CAUSSADE, à part.
Une lettre de Simon!... (En ce moment Jeanne paraît au fond. Elle est pâle et ses vêtements sont misérables ; à la vue de Roussel et de Caussade, elle s’arrête, puis se glisse sans être vue derrière un massif où clic demeure immobile et attentive. Caussade à voix basse.) OÙ te reverrai-je ?
ROUSSEL, de même.
Dame!... chez vous... si vous voulez...
* CAUSSADE
Non... il est inutile qu’on te voie à la forge..
ROUSSEL
Eh bien, alors, chez moi... à dix heures... après la fête... Dans ma cabane du bois de Reidac... un vrai nid de contrebandier... on peut causer sans être entendu.,.
CAUSSADE
C’est bien... j’y serai...
ROUSSEL
A dix heures?...