‹ Le cretin de la montagne drame en cinq actes et huit tableauxChapitre 65 sur 120 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

JEANNE, puis CLAUDE-MARIE.

JEANNE, seule.

Roussel avec M. Caussade!... De quoi- parlaient-ils? Quelle affaire peuvent-ils avoir ensemble? Ah! rien qui intéresse notre honneur, sans doute... Cependant ce Roussel... plus d’une fois mes soupçons se sont portés sur lui... Oh ! je suis folle! je suis folle! Mais partout je cherche une trace, un indice... épiant, observant sans relâche... fréquentant les lieux de réunion... de plaisir... cherchant à pénétrer dans un mot, dans un regard, le secret que je poursuis... Et rien, rien encore n’est venu m’éclairer !... Oh! mon cher père, n’était-ce point assez qu’on eût donné à un autre ce relai de poste qui vous faisait vivre?... Faut-il encore que chacun s’éloigne de notre misérable demeure, en disant : « C’est la maison de Pierre Pujol, l’assassin? » Faut-il encore, oh ! mon cher père! que vous travailliez aux champs comme un mercenaire, sous ce soleil qui vous brûle et vous tuera, et sans qu’une main amie vienne serrer la vôtre, comme pour vous «lire : « Du courage! » (Essuyant scs larmes.) Eli bien, malgré tout, malgré le danger, malgré la mort, oui, cette mission sainte, je la poursuivrai jusqu'au jour où je pourrai dire à mon père : « Relève ce front courbé sous le mépris et la honte ! Le meurtrier de Simon, je le connais, et ton honneur t’est rendu... Et voii3, vous tous qui l’insultiez, chapeau bas, calomniateurs! Saluez Pierre Pujol l'honnète homme... inclinez-vous tous devant mon père! » (Tombant assise sur le banc, du jardin.) Ail! j’aurais succombé sans doute avant d’accomplir ma tâche, si

1 e n’avais eu auprès de moi cet ami qui s’est dévoué à mon mal-

teur... (On voit paraître Claude-Marie qui regarde Jeanne en souriant.)

Pauvre Claude-Marie ! Oh ! c’est la Providence qui a eu pitié de moi !

CLAUDE-MARIE, s’approchant d'elle.

Fatiguée?...

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JEANNE

Non... allons à la fêle... viens !... (Elle essaye rte se lever.) Ah! mes forces me trahissent... J’ai tant marché... il me semble parfois... que je vais mourir... (Elle chancelle.)

CLAXJDE-MARIE, approchant vivement la bouteille de scs lèvres.

Boire! boire!... (il la fait hoire en lui soutenant doucement la tète.)

JEANNE, à Claude-Marie qui semble l’iuterroger du regard.

Merci, Claude-Marie!... Cela va mieux maintenant...

CLAUDE- MARIE

Vin!... bon... bon!...

JEANNE

Ab! comment pourrai-je jamais m’acquitter envers toi?... Mais je suis pauvre... je n’ai rien... Ab! si... Tiens! mon chapelet... preiuls-le, Claude-Marie... Maintenant, tu es sans douleurs et sans joies... mais un jour, si tu comprends et si tu souffres, tu penseras à moi, et tu pourras prier. (Elle lui donne le chapelet.)

CLAUDE-MARIE

Prier!... prier !...

JEANNE

Oui, car la prière, c’est la force... Par la prière, l’âme se ■détache de la terre et va se retrgmper dans le ciel...

CLAUDE-MARIE, souriant.

Prier! prier!... (il va s’asseoir et prend un de ses livres.)

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