SCÈNE V
JEANNE, dans la cabane, ROUSSEL reparaissant dans le bois. ROUSSEL, à lui-même.
Voilà une affaire arrangée... et dans deux jours... (n cnire dans la cabane et reste stupéfait en apercevant la jeune fille.) Jeatlllel...
Vous ici... chez moi ?
JEANNE, affectant de sourire.
Ma présence vous étonne, monsieur Roussel?
ROUSSEL
J’avoue qu’aux termes où nous en sommes... je ne m’attendais pas...
Quoi de plus simple ?... Ne faut-il pas traverser le bois pour se rendre chez mon père?... Le bruit de l’orage m’a effrayée...
ROUSSEL, avec irouie.
Vous êtes peureuse?
JEANNE
Oui, j’en conviens. .. j’ai peur du tonnerre... Et, me trouvant près de votre demeure, j’ai pensé que vous ne me refuseriez pas un abri pour quelques instants...
ROUSSEL
Comment donc!... enchanté!... (a part.) Chez moi... au milieu de la nuit... elle, celle beauté si lière, si dédaigneuse!...'- Hum L., hum!... (A Jeanne, avec empressement.) AsseyeZ-VOUS,
Jeanne... reposez-vous!
•JEANNE
Volontiers!... car la danse... et puis le chemin que je viens de faire, tout ça m’a un peu fatiguée...
ROUSSEL, apercevant le sang qu’elle a au front.
Mais vous êtes blessée !...
JEANNE
Moi?....
ROUSSEL
Oui... au front... vous avez du sangl...
JEANNE, y portant la main.
Oh! ce n’est rien... une égratignure... je me serai heurtée aux buissons... (s’essuyait le front avec son mouchoir et affectant la gaieté.) Tenez 1 il n’y parait déjà plus!...
Mais, j’y pense... peut-être ne seriez-vous pa3 fâchée de manger un morceau... moi-même je me sens en appétit... Voulez-vous me faire l'amitié de souper avec moi?
JEANNE. V
Oh! non... non... merci ! Souper avec vous ! Qu’est-ce qu’on dirait dans le village, si Ton venait à savoir ça?
ROUSSEL
Bah!... on ne le saura pasl D’ailleurs, n’avez-vous pas un moyen d’imposer silence aux faiseurs de caquets? N’avezvous pas qu’un mot à dire pour devenir ma femme?...
JEANNE
Certainement... je sais bien ça, mais...
ROUSSEL
Allons, acceptez!... Ça m’engage à rien... Nous causerons à tahle de nos projets... El, qu’est-ce qui sait?... peut-être bien qu’en buvant, en mangeant, mes affaires iront leur train... et qu’à la lin du repas vous serez moins cruelle,
JEANNE, à part.
C’est peut-être le moyen d’apprendre ce que je veux savoir... Le vin rend plus bavard, plus conliant...
Eh bien, voyons, mam’selle Jeanne, que dites-vous de ma proposition ?
JEANNE
Eli bien!... (a part.) Il s’agit de Thonneur de mou père! (Haut.) Eh bien... j’accepte.
ROUSSEL
Bravo!... (a. part.) Je la tiens! (Haut et gaiement.) En ce cas, mettons le couvert.
JEANNE, affectant aussi l'enjouement.
Oui, c’est ça!... mettons le couvert! (tl* vont au buffet et apportent des assiettes, des verres, qu’ils mettent sur la table. )
ROUSSEL
Ah ! dame, faudra m’excuser si je ne vous traite pas mieux... Je ne prévoyais pas que j’aurais le bonheur de vous avoir pour convive... Si je l’avais su, j’aurais mis les petits plats dans les grauds...
JEANNE, gaiement.
Bah! je ne suis pas difficile!... Et puis, l’appétit assaisonne le festin.
ROUSSEL
Du reste, le vin ne manquera pas... J’en ai là une provision de plusieurs bouteilles derrière les fagots... Et uu viu d’Espagne encore !
JEANNE, riant.
11 n’a pa3 payé de droits aux douaniers, celui-là?
ROUSSEL, apportant les bouteilles.
Eh ! eh! vous l’avez dit!... Allons, à table!
A table !...
ROUSSEL
El buvons 1...