DEUXIÈME PARTIE
Il n'existe aucune garantie de l'incorraptibilité du juré, qui, n'ayant pas à rendre compte de son action et rien à perdre en acquittant, met souvent la justice à contribution, comme le prouvent les nombreux acquittements, malgré les aveux des criminels, coupables de concussions.
Mieux que cela: le jury est, par lui-même, une cause de corruption populaire.
Borghetti {Relax, délia Oiunta per Vinchiesta sulle condixiani délia Sicilia) note que beaucoup d' honnêtes paysans se corrompent en entrant dans le jury ; et il ajoute : Cest V arène où la mafia donne les preuves de sa bravoure.
D'autre part, l'iiyustice envers le pauvre qui dérive de cette corruption est une grande cause d'immoralité; car l'imputé pauvre, en voyant que la justice est tout autre que égale pour tous, se croit presque autorisé à se dédommager sui* la société qui le condamne: et à regarder sa condamnation comme iiyuste, même lorsqu'elle ne l'est pas.
A ceux qui soutiendraient que les jurés sont une garantie de l'indépendance du gouvernement, nous rappellerons que les ■exemples de l'Angleterre nous ont montré que bien souvent les jurés changent d'opinion suivant la volonté du gouvernement.
Mais à quoi, d'ailleurs, peuvent servir ces considérations quand il ne s'agit plus de crimes politiques, mais de crimes de droit commun?
Il n' en est pas moins vrai que si le gouvernement peut rester étranger à l'acquittement ou à la condamnation d'un coupable, l'opinion publique dont les plus honnêtes jurés sont involontairement esclaves, ne se trouve pas moins très souvent habilement faussée par les criminels ou par leurs défenseurs. Et d'ailleurs, où trouver une tyrannie plus grande que celle de l'ignorance? c Le jury, écrit Pironti, acquitte souvent les voleurs de l'argent public pour protester contre le gouvernement, ou bien il acquitte le criminel parce qu'il était un brave militaire ». — J'ajouterai, que par cette douceur exagérée envers les criminels on provoque de nouveaux crimes;
'^t Ton comprend pourquoi dans une rixe un camarade de Taresseur lui disait: « Tue-le, tu iras aux Assises^ en le blessant 3ulement tu irais au Tribunal correctionnel ÇEco givdixtàriOy 878, p. 98).
Laisser à Tinstinct populaire, au sentiment prédominant da loment la décision d' un fait dans lequel il faudrait avant )ut se dépouiller du sentiment, n'est-ce pas agir en sens dialétralement opposé à la justice ?
Et que peut-on opposer aux erreurs du jury dérivant souent d'un cas impossible à prévoir, comme dans celui de affaire Galletti à Brescia ou une tâche d'encre sur le oui 'un juré, fut cause de l'acquittement d'un homme qui devait tre condamné à mort?
Ce serait vainement qu'on nous objecterait pour justifier le iry, la nécessité de moderniser la justice, comme tant d'autres istitutions ; le jury existait déjà, quoique rudimentairement l'époque des XII tables et des Oerichie germaniques : il est )ut aussi moderne que la crémation, prétendue innovation des seudo-hygiénistes modernes — qui était déjà ancienne au împs d'Homère ! — et tout aussi opportun qu'elle dans la ratique.
N'avons-nous pas fait tous nos efforts pour que les magixats fussent obligés de justifier et de motiver leurs jugements et ne pas les donner comme des oracles ; et cela, malgré is garanties que pouvaient offrir leur passé, leurs études }éciales, leur compétence, l'appellabilité de lems sentences; k nous croyons avoir découvert une nouvelle source de liberté t de justice en permettant à des hommes sans expérience, ms responsabilité, de sentencier par un simple oui ou non, à i façon des enfants et des despotes, sans fournir la moindre dson de leurs opérations; et en Italie, nous a^ravons encore I mal en ordonnant qu'une sentence aussi inconsidérée soit révocable et sacrée quand elle est en faveur des criminels : révocable seulement lorsqu'elle les fi-appe ! 1
Tout magistrat doit motiver la condamnation ou V acquitiment qu'il prononce pour injure, vol ou blessure. La magi-