‹ Le crime, causes et remèdes. Avec un appendice sur les progrès de l'anthropologie criminelle pendant les années 1895-98Chapitre 156 sur 205 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Causes, — L'étude des causes n'amoindrit pas cette fatalité fixée par Tinfluence organique, dans un rapport qui certainement \a jusqu'au 35 ^o ®* même jusqu'au 40 % : les causes du crime n'en sont trop souvent que la dernière déterminante, étant donnée la grande puissance de l'impulsivité congénitale ; nous l'avons prouvé chez quelques-uns par les récidives constantes déterminées par de très petites causes, et mêmes sans causes, alors même qu'on avait changé, économiquement, le milieu, et que toutes les circonstances pouvant favoriser le crime avaient été écartées; nous l'avons prouvé surtout par le chiffre de plus en plus élevé, des récidivistes de Londres, bien que l'Angleterre ait accompli les plus grands efforts pour supprimer les causes criminogènes. — Enfin nous avons vu que cei-taines circonstances ont une action si prépondérante sur les criminaloïdes, qu'elles équivalent aux causes organiques; et l'on peut même dire qu'elles deviennent organiques elles-mêmes.

Parmi ces circonstances doit être notée l'influence de la chaleur excessive sur les viols, les blessures et les assassinats, les rébellions, l'action de l'alcool, celle de l'hérédité dans toute la gamme du crime ; enfin l'action do la race qui, en Italie, avec l'influence sémitique, augmente les crimes de sang, comme, en France avec la race Belge et Ligure.

Mais ce qu'il importe le plus d'observer c'est que les mêmes causes qui diminuent quelques crimes en augmentent d'autres, ce qui confond tout d'abord l'homme d'État qui cherche à j porter remède ; c'est ainsi, que nous avons vu l'instruction et la richesse diminuer quelques crimes féroces, spécialement les homicides et les assassinats, et en même temps en augmenter et même en créer de nouveaux, tels que la banqueroute, l'escroquerie ; et si la trop grande densité, par exemple, est cause de beaucoup de crimes, tels qu'escroqueries, vols, etc., la moindre densité favorise de son côté les crimes de sang, les associations malfaisantes; la disette favorise directement les vols forestiers, le faux (v. sopra, p. 84), les rébellions, l'incendie, tandis que le bon marché du froment multiplie les viols, les coups et blessures et l'homicide.

L'alcool même, qui est, après la chaleur, le plus puissant iminogène, augmente, s'il est à bon marché, tous les crimes )ntre les personnes et contre les administrations publiques, ; s'il est cher, tous les crimes contre la propriété ; et cepenint, il présente cette étrange contradiction , de diminuer irallèlement les crimes graves dans les endroits où l'on en )use le plus, sans doute parce que l'abus a justement lieu , où existe un plus haut degré de civilisation qui, en favorisant 'inhibition, diminue les crimes les plus féroces.

L'école est aussi une cause de crime, quoique cependant rsqu'elle rejoint le maximum, de la diffusion, elle en diminue I nombre et l' intensité.

Nécessité du crime, — La statistique aussi bien que l'examen athropologique nous montre en somme le crime comme un liénomône naturel, un phénomène (diraient quelques philo- )phes) nécessaire comme la naissance, la mort, la conception.

Cette idée de la nécessité du crime, quelque hardie qu'elle araisse, n'est cependant pas aussi neuve, ni aussi peu orthooxe, qu'on pourrait le croire tout d'abord: Casaubon, il y a bien es siècles, l'avait déjà exprimée dans ce passage : < U Homme e pêche pas^ mais il est dominé à divers degrés » , et Saint ernard quand il dictait : « Quel est celui de nous, quelque ipérimenté qu'il soit, qui puisse distinguer dans ses impulsions influence du morsus serpentis de celle du morbus mentis ».

Et ailleurs: « Le mal est moindre dans notre cœur, et nous ne ivons si nous devons l'attribuer à nous ou à notre ennemi : il 3t difficile de savoir ce que le cœur fait et ce qu'il doit faire ^ .

Saint- Augustin est encore plus explicite lorsqu'il dit : Que as même les anges pourraient faire que celui qui veut le lal veuille le bien.

Et le plus audacieux et plus fervent défenseur de cette léorie, G. Kuf (1), est un fervent croyant catholique et prêtre rrolien.

(1) G. R(TF, Die criminalJastig, ihre Wtedeispràche und Zukunften. msbruk, 1870.

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