‹ Le crime, causes et remèdes. Avec un appendice sur les progrès de l'anthropologie criminelle pendant les années 1895-98Chapitre 171 sur 205 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

jeune fille, cinq femmes et tua un homme (Ann. méd. psych,^ 1869, pag. 13).

Le dommage de cette liberté illimitée, laissée aux fous criminels, finit par s'étendre dans certains moments à la nation entière (1). Ce n'est pas seulement parce que ces malheureux tournent leur pensée homicide vers les chefs de la nation ; mais surtout parce qu'étant doués d'un esprit ti'ès lucide et animés d'une grande tendance à l'association, ils réussissent, lorsque le moment est favorable, à former un noyau sectaire d'autant plus dangereux que n'ayant pas une intelligence saine comme modérateur, ils sont incapables de se refréner, et en agissant sur l'esprit des masses par la fascination même de leur étrangeté, ils réussissent à les entraîner aveuglément à leur suite : ce sont, pourrait-on dire, des molécules de ferment, impuissantes par elles-mêmes, mais terribles dans leurs effets quand elles peuvent agir dans une température donnée et dans un organisme prédisposé. Nous en trouvons des exemples historiques dans les folies épidémiques du moyen-âge, que nous avons vu se répéter chez les Mormons et chez les Méthodistes de l'Amérique ; dans les incendiaires de Normandie de 1830 et dans ceux de la Commune de Paris.

On sait aujourd'hui: que sauf l'influence de quelques rares idéologues, la Commune fut l'effet d'un délire épidémique provoqué par les passions excitées par la défaite, par l'abus de l'absinthe: mais surtout par le grand nombre d'aUénés ambitieux, homicides et même paraljrtiques, libérés trop tôt des asiles et qui trouvant dans cette population surexcitée un terrain propice s'associèrent et mirent en action leurs songes funestes.

Laborde (Les hommes de V insurrection de Paris devant la Psychologie^ 1872) cite au moins 8 membres de la Commune, notoirement aliénés. Le général Eude, ex-pharmacien^ ex-sténographe, ex-commis, interdit pour dettes et prodigalités^ avait son père fou; D sa mère; Ferré sa mère et son frère;

(1) Yoir d'autres oxomples cités par Holtzbndorff, op, cit.

P avait aussi son frère fou et avait été lypémaniaque à

17 ans. Le doct. Goupil était un monomaniaque qui expliquait tous les accidents humains avec l'horoscope, dont il fonda un journal. Lullier était sans doute aussi aliéné, certainement alcoolique. Plourens donna des signes d'aliénation dès son enfance; son père, très savant, mourut d'un ramollissement de cerveau. B , élu par 10,000 voix, était depuis

dos années atteint de manie, ou mieux de démence ambitieuse, paralytique; il se disait le chef d'une secte fantatisque appelée des Fusioiiistes et signait : Fils du règne de Dieu et

Parfumeur. Jules A , maire du huitième arrondissement,

était lui aussi depuis plusieurs années atteint de démence paralytique; il se croyait Dieu, empereur, inventeur d'un télégraphe scarabéique, trois fois enfermé dans un asile d'aliénés, plusieurs fois poursuivi pour obscénités commises sous prétexte d'un certain apostolat gymnastique; élu maire, il déclamait tout le jour, couvrait les murs d'énormes proclamations humanitaires-gymnastiques, jusqu'à ce que devenu furieux, on le transporta à Mazas et ensuite à Bicêtre, où, certainement dans un lucide interval, il demanda: Pourquoi les autres ne viennent-ils pas ?

Les horreurs de 89 furent aussi souvent provoquées par les délires de monomaniaques homicides, tels que Marat, Téroigne: le marquis de Sade était président de la section des Piques.

L'unique remède à tous ces maux est incontestablement l'institution des asiles d'aliénés criminels; juridiquement reconnus et ne glissant plus entre les mailles du code sous de fausses dénominations, ces asiles peuvent seuls faire cesser cet éternel conflit entre la justice et la sûreté sociale, qui se renouvelle toutes les fois qu'il s'agit de juger ces malheureux, dont on ne peut pas préciser avec certitude s'ils furent poussés au crime par une impulsion morbide ou par la seule perversité de leur âme. Dans le doute, les juges s'en tirent, tantôt par une injustice, tantôt par une imprudence, acquittant ou diminuant la peine de quelques degrés quand la folie leur paraît évidente, et hélas ! trop souvent aussi en condanmant,

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