TROISIÈME PARTIE
viols, de meui-tres sauvages provoqués pai* des causes semblables à celles des crimes communs, telles que les ambitions ' personnelles, et la cupidité; crimes qu'on excuse seulement parce qu'ils sont commis sur une grande échelle.
Cependant on ne peut faire à moins de reconnaître que si les guerres sont un mal dans les civilisations avancées, elles sont au contraire pour les peuples demi-barbares le point de départ d'immenses progrès ; à commencer de la tribu primitive, elles ont réuni ensemble de petits groupes, en groupes de plus en plus larges, et ont formé les nations ; la conquête militaire a obligé les hommes sauvages et oisifs à supporter les privations et à surmonter le dégoût du travail (v. plus haut); elle à initié ce système de subordination graduelle sous lequel s'établit toute vie sociale (Spencer).
La guerre, d'autre part, a souvent contribué à la liberté populaire (v. supra).
C'est sans doute pour cela que le sentiment d'indignation contre les guerres n'est pas encore assez général pour qu'on cesse d'en provoquer.
La prostitution, à son tour, que nous avons vu être l'équivalent du crime, peut prévenir une quantité de délits sexuels: nous en voyons la preuve dans les pays ruraux où 1' on enregistre proportionnellement plus de viols que dans les villes (v. s.). On sait que la création des dicterion ou lupanars valut à Selon une gratitude étemelle lorsqu'on eut reconnu combien ils étaient utiles à arrêter le nombre toujours croissant des viols à Athène.
L'usure, elle-même, ne fut pas sans utilité ; c'est d'elle que surgirent la bourgeosie, et les premières accumulations des capitaux qui donnèrent naissance aux entreprises les plus puissantes de Thumanité. Novikow nous a démontré que l'expulsion des Juifs marchands et usuriers de la Russie appauvrit les paysans pour lesquels elle avait été effectuée; car elle eut pour résultat l'avilissement des prix du lin, faute d' habiles spéculateurs pour écouler cette marchandise ; on sait, d'autre part, que les administrateurs des communes du moyen âge.
après avoir chassé à outrance les Juife, durent bientôt les rappeler, leur expulsion ayant paralysé toutes les industries (1).
J'ai démontré, dans le Vol. I de VHomme criminel^ que beaucoup de peines contre les crimes n' étaient, à 1' époque barbare, que de nouveaux crimes, tels que la vengeance codifiée, le cannibalisme, la simonie, etc.
Le tabou était une série de simonies, de prohibitions, souvent absurdes, introduites par les prêtres presque toujours à leur propre avantage ; mais, parmi ces prohibitions, s'en trouvaient quelques-unes cependant d'utiles, telles que celles qui sauvegardaient les semences et la pêche de la destruction complète par une récolte prématurée.
Les amendes pour les homicides {compensationes) ellesmêmes qu'imposaient les chefs barbares à leurs sujets et que continuèrent les évêques et les papes du moyen âge n'étaient, au fond, pas autre chose que des formes diverses de simonie et de péculat ; mais elles furent un frein à l'homicide ; et déterminèrent les bases d'une codification moins barbare, ayant un principe de graduation.
Je crois, donc, que la tolérance moderne envers tant de criminels est déterminée par les tendances à la néophilie qu'ils apportent, très souvent, dans les industries et même dans la politique; néophilie à laquelle sont complètement réfractaires les hommes moyens.
Dans les écrits des prisonniers (2), parmi d'innombrables turpitudes, j'ai parfois observé les traces d'une génialité qu'on ne rencontre pas chez les hommes moyens ; c'est que chez les criminels, comme chez les hommes de génie, avec lesquels ils ont commune la base épileptoïde, la dégénérescence n'est pas seulement féconde dans le mal: et de même que chez l'homme de génie l'excès de l'intelligence est compensé par le défaut de sens moral et d'énergie pratique (3), dans le
(1) LoMBROSO, L'antisemitismo, 1894. — Id., Le crime politique, 1892. (2; Voir mos Palimpsestes de la Prison, Lyon, 1894. (3) Homme de Génie. II cdit., Partie IV.