PREMIERE PARTIE
première fois avant d'avoir atteint 20 ans, pendant que parmi les individus n'ayant jamais fait usage de tabac cette proportion est seulement de 17 %. La proportion des consommateurs de tabac parmi les imputés de vagabondage, mendicité, vol, escroquerie, etc., est de 89 7o- Panni les condamnés pour ivresse, d'individus adonnés au tabac on compte 74 ^J^, pendant qu'on n'en compte parmi les autres que 43 %. Le nombre des récidivistes parmi les fumeurs est de 79 %, pendant qu'il n'est que de 55 % chez ceux qui ne font pas usage de tabac. Les détenus sobres qui n'usent pas de tabac donnent le 18 7o de récidivistes, et les autres, bien qu'ils soient également sobres, en fournissent le 82 ^Iç^,
On voit donc clairement qu'il y a un rapport étiologique entre le tabac et le crime, rapport qui est identique à celui de l'alcoolisme; car c'est un fait curieux que dans les pays oii la consommation du tabac (1) est plus considérable on a une moindre criminalité. Cette contradiction est fréquente dans toutes ces recherches, mais bientôt elle disparait, parce que l'abus de ces substances excitantes, de même que pour l'alcoolisme, a siu:i;out lieu parmi les peuples les plus civilisés^ — qui peuvent plus s'inhiber.
10. — CJmnvre, — Stanley trouva en Afrique une espèce de bandits appelés Ruga-Ruga, qui étaient les seuls indigènes qui abusassent du chanvre; suivant les traditions de l'Uganda, le crime apparut parmi les fils do Kinto après qu'ils eurent adopté la bière (Stanley).
livres de Ubac
livres de tabac
par personne
par personne
Hollande
France
Autricho
Suisse
Danemark
Espagne
Suisse
Italie
Belgique
Russie
Allemagne
(CoGHLAN, Wealth of New South Wales, 1895, pag. 303, Sydney).
11. — Morphine, — A ces intoxications on pourrait en -ajouter beaucoup d'autres. L'hamook est une ivresse provoquée par l'opium, qui pousse les Malais à l'homicide ; le mangeur d'opium chinois est à la fois apathique, impulsif, homicide et porté au suicide. Plusieurs femmes escroques ont une hystérie mêlée de morphinomanie: et les morphinomanes ont en général le sens moral très oblitéré et sont par suite le plus encline à Tescroquerie, comme quelquefois à l'homicide -et aux crimes contre les mœurs (Charcot, op, cit).
Le morphinomane perd, degré par degré, le pouvoir de réagir contre les tendances impulsives, jusqu'à ce qu'il égale et souvent surpasse le fumeur d'haschisch, chez lequel les tendances criminelles sont si fréquentes.
Un chinois, afin de se procurer de l'argent pour fumer, joua jusqu'à ses propres doigts, phalange par phalange, qu'il détachait avec une hache chaque fois qu'il perdait.
Le docteur Lamson, morphinomane, empoisonna son beaufrère ^vec de la morphine sans comprendre la gra\ité de son action.
Dans l'abstinence forcée des morphinomanes on observe, avec les fiireurs et les mélancolies, une tendance au suicide et à l'homicide, mais surtout au vol pour se procurer le poison (V. GuiMBAiL, op. cit.),
Marandon de Montijel rapporte le cas d'un^avocat, qui, se voyant refusée la morphine sur un bâtiment, vola avec effraction la provision du bord.
Une femme endurait de si grandes souffrances de la privation de la morphine, qu'elle finit par se prostituer pour s'en procurer.
Une femme devenue morphinomane, assassina sa petitefille et soutint que la morphine la poussait à des impulsions sanguinaires (Guimbail, Annales d^ hygiène publique, 1891).
Une hystérique de 28 ans escroqua en donnant un faux nom pour une valeur de 120 francs de marchandise dans un magasin, et, avec une imprévoyance étrange, elle retourna peu des jours après dans le même magasin reportant une partie des objets volés en disant qu'ils ne lui plaisaient plus : elle avait tout vendu, pour s'acheter de la morphine, et devait
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encore 1600 francs au pharmacien, et ce fat quand il refusa de lui en donner d'autre qu'elle commit son délit.
12. — Maïs gâté, — Le maïs pourri aussi doit être regardé comme criminogône.
Des observations expérimentales m'avaient déjà démontré que les poulets, les chiens dociles et bons, nourris avec du maïs gâté, devenaient après quelques temps féroces. J'ai ensuite dans mes Études cliniques sur la pellagre (1872) et dans mon Traité sur la pellagre (Turin, 1890) exposé des histoires de criminels dont le mobile remontait à la pellagre, c'est-à-dire à l'usage du maïs gâté. Ainsi un d'eux affamait ses enfants par avarice et en tua un parce que, pour assouvir sa faim, il lui avait dérobé quelques pommes de terre dans son champ. Une femme jetait presque publiquement son propre nouveau-né dans un puits. Une autre volait pour satisfaire sa voracité et disait: « Je serais capable de mangOT un homme » ; et tous les trois avaient acquis la folie morale à un âge avancé grâce à l'empoisonnement causé par le maïs.
Influence de Tinstruction sur la criminalité.
Le parallélisme absolu de rinstniction avec la criminalité» comme beaucoup le comprenaient il y a quelques années, est aujoiu'd'hui regardé à juste raison comme une erreur.
Marro trouva sur 500 criminels et 500 homme honnêtes de Turin:
criminels honnêtes
Illettrés 12 "/o 6 "/o
Sachant lire et écrire. ... 75 » 07 »
Instruits 12 ^ 27 »
soit, il est vrai, une prédominance de criminels illettrés, mais aussi d'individus qui savaient lire et écrire (1).
Morano à Palerme en 1878 constata dans les criminels que 53 avaient commis leur crime à l'école, 34 étaient des écoliers et 19 dos maîtres d'école, auxquels, semble-t-il, Tinstruction ne devait pas manquer (Lombroso, Uincremenlo al deliito^ pag. 80).
Curcio trouva en Italie 1 condamné sur 284 illettrés et 1 sur 292 lettrés ; chiffi-es qui s'équilibrent avec une légère augmentation des gens instruits parmi les criminels.
Et ces très minimes différences deviennent, dans quelques catégories de crimes, encore moins frappantes. Trois septièmes des condamnés avaient reçu une instruction élémentaire; la moitié des criminels contre les bonnes mœurs, et des contrevenants, ^^j.^^^ des criminels contre les personnes et des criminels contre la propriété avaient reçu quelque instruction (S. CuRcio, op. cit.). Et pendant que les criminels en général donnaient une moyenne de 50 à 75 d'illettrés, les criminels encore mineurs n'en donnèrent que 42 7oi ^^ dans quelques
(1) Caratieri dei criminali, 1886, Torino.