‹ Le crime, causes et remèdes. Avec un appendice sur les progrès de l'anthropologie criminelle pendant les années 1895-98Chapitre 76 sur 205 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

de mon expérience, j'ai pu me convaincre que les publicistes sont tous plus ou moins tombés dans la même erreur, en alléguant comme cause principale de la prostitution Tabandon et la misère dans lesquels sont plongées beaucoup de jeunes filles du prolétariat.

€ La prostitution, à mon avis, dérive surtout des tendances vicieuses naturelles de quelques individualités du sexe féminin, comme la tendance au vol, etc. : le défaut d^éducation, l'abandon, la misère, les mauvais exemples peuvent être considérés tout au plus comme causes secondaires, de même que les soins de la famille et l'instruction peuvent servir de freins salutaires aux mauvaises tendances.

« La tendance à la prostitution provient du manque instinctif du sentiment de la pudeur, qui bien souvent se manifeste en même temps que l' absence de toute sensibilité sexuelle ; car, beaucoup de ces malheureuses sont d'un tempérament apathique.

€ Ce sont des automates qui ne se préoccupent de rien, et s'émeuvent encore moins : dans leurs fugaces et multiples rapports elles ne démontrent aucune préférence. Si en suite elles accordent leurs faveurs à un amant, elles ne le font pas par sympathie mais par pure ostentation et pour suivre l'usage de leurs pareilles, se montrant aussi indifférentes aux hommages qu'aux marques du plus brutal mépris » .

Cette apathie, il est vrai, est de temps en temps interrompue par de violents et fugitife accès de passion (1), mais là aussi, que de ressemblance avec le délinquant dont l'apathie, l'insensibilité, les violentes et fugitives passions, la paresse sont les caractères dominants (v. Homme criminelle^ Yol. I). Mais, môme en s'en tenant rigoureusement à la loi et aux statistiques officielles, il n'en est pas moins vrai qu'une partie des prostituées doit être enrégimentée parmi les délinquants.

Gueny observa qu'à Londres les prostituées fournissent

(1) Voyez LojTBROSO et Feerero, Femme criminelle et prostituée, Turin, 1894.

jusqu'à 30 ans un contingent de 80 % de criminelles et du 7 7o ^^ dessus de cet âge. C'est ainsi que la délinquance comme la prostitution va en augmentant chez la femme à mesure que grandit la civilisation: ou elle tend par suite à s'équilibrer avec celle de Thomme. — Les criminelles de Londres fournissaient en 1834 18,8 % sur 100 mâles, en 1853 25,7 o/^; et tandis qu'en Espagne elles descendaient à 11 7oi ®^ France elles montaient à 20 7o' ^^ Prusse à 22 % ^* ^^ AngleteiTe à 23 %.

Dans toute TAutriche, tandis que le total de la criminalité des femmes est de 14 %, elle est de 25 % dans la seule capitale, et dans la Silesie de 26.

Mais, en dehors de ces faits, beaucoup d'autres graves arguments nous font soupçonner la criminalité de la femme bien plus grande qu'elle n'apparaît dans les statistiques. Et en effet, les crimes auxquels elle s'adonne le plus souvent, comme le recel, l'avortement, l'empoisonnement, le vol domestique, sont parmi ceux qui se dénoncent ou se laissent moins aisément découvrir. Que Tony ajoute ce fait très connu de l'opiniâtreté et de l'intensité qu'elle apporte dans le crime. Nous avons déjà vu que la perversité, lorsqu'elle existe chez la femme, se manifeste toujours avec plus d'intensité que chez l'honmie et qu'en Amérique les jeunes filles se sont montrées plus incorrigibles que les garçons.

Quoi qu'il en soit, le fait de la moindre criminalité de la fenmie (si la prostitution était un équivalent, elle serait de toutes manières comparable à la moindre criminalité) s'accorde avec le moindre nombre des signes de dégénérescence chez les femmes criminelles.

Civilisation. — Si nous considérons Tinfluence de la civilisation sur chaque délit en particulier, nous voyons, que dans l'un comme dans l'autre sexe, mais bien plus cependant dans le sexe féminin, les assassinats, blessures, vols sur les grands chemins, empoisonnements, c'est à dire les crimes les plus graves, procèdent, en Italie, avec une ascension régulière

dans les pays les moins civilisés. Cette ascension est au contraire irrégulière pour les délits d'oisiveté, de vagabondage et de contravention et dans les crimes contre les mœurs.

Pour démontrer combien la civilisation moins avancée augmente quelques crimes, consultez les tableaux comparatifs suivants où la proportion de chacun des crimes par million d'habitants est:

Dans l'Italie centrale

Hommes Femmes

Pour les assassinats, homicides . 5 fois plus grande i fois plus grando

Pour les blessures 3 > 2 »

Pour les vols sur les i^^rands chom. '/j ;> 5 >

Pour les vols '/4 * '/s *

Pour les incendies .'/8 > 2 »

Dans l'Italie méridionale

Hommes Femmes

Pour les assassinats, homicid. . 12 fois plus gi-ande 24 fois plus grando

Pour les blessures 6 » 11 »

Pour les vols sur les grands chem. 4 » 5 »

Pour les vols *'3 » \ »

Pour les incendies 3 > 6 •»

Quant aux avortoments et aux infanticides nous devons observer que plus un pays est civilisé, plus ils s'y vérifient à un âge précoce; et moins il est civilisé plus ils s'y vérifient à un âge avancé, ce qui me paraît provenir de ce que dans les pays les plus civilisés le sentiment de l'honneur, chez les jeunes filles devenues enceintes, étant plus développé, les pousse avec plus d'énergie à se délivrer d'une honte que leur inflige le triste préjugé social. Mais la plus grande fréquence de ces crimes de 21 à 40 ans, plutôt que de 14 à 21 ans, prouve que le sentiment de l'honneur y prend une moins grande part qu'une triste coutume. Et je rappelle ici que la coutume de l'avortement est généralisée dans les pays sauvages.

En France les tribunaux correctionnels condamnaient pour crimes commis de 1831 à 1835, 52,714 hommes, 11,941

femmes; de 1851 à 1855, 128,589 hommes; 26,747 femmes; dé 1876 à 1880, 146,210 hommes; 25,035 femmes: de sorte que de 1831 à 1880, l'augmentation fut pour les hommes de 2,8 et pour les femmes de 2,1. L'accroissement de l'instruction tend donc à maintenir en France le chiffre de là crîminaUté moins élevé chez les femmes que chez les hommes. En effet, tandis que sur 1000 hommes et 125 femmes r6cidi\istes en 1888, on comptait 1 % de mâles avec instruction supérieure et 97q avec instruction élémentaire, chez les femmes les chiffres respectifs étaient 0 % instruction supérieure et 5 % élémentaire; les illettrés, au contraire, formaient le 30 % ^^s hommes et le 47 7^ des femmes. En 1887-88, sur 244 relégués, 30 7o des hommes et 39 7o ^^^ femmes étaient illettrés, 53 % (hommes) et 51 7o (feoinaes) savaient lire et écrire; 15 7o (hommes) et 10 7o (fenunes) avaient une instruction élémentaire; 2 7o (hommes) et 0 % (fenanies) avaient une instruction supérieure.

Le même phénomène se vérifie également en Allemagne : en 1854, sur 200 délits, 77 étaient commis par des hommes et 23 par des femmes; en 1875 les chiffres respectifs étaient 83 et 16, de sorte que de 1854 à 1878 on eut une diminution progressive de délits chez les femmes. Observons, cependant, que cette diminution n'est que relative au nombre des délits commis par le sexe masculin; car, les chiffres du sexe féminin considérés indépendamment, présentent aussi une augmentation, moindre, cependant, que ceux du sexe masculin.

Les infanticides sont plus fréquents dans les campagnes et les avortements dans les villes; en Allemagne en 1888, sur 172 infanticides, 1 seul fut commis à Berlin, tandis que sur 216 avortements 23 eurent lieu à Berlin.

En Franco le 75 % ^^s infanticides sont commis dans les campagnes et 60 7o ^^^ avortements dans les villes.

Dans quelques pays plus civilisés (Angleterre, Autriche), la criminalité féminine paraît un instant se rapprocher de c^lle des hommes, mais cela est dû à l'influence des petites infractions à la lois (ivresse, oisiveté), tandis que pour les crimes

Page 1