PREMIERE PARTIE
Messedaglia démontre que les récidives répétées sont plus fréquentes, chez les femmes autrichiennes que les récidiv'es simples, pendant qu'elles s'égalisent chez les mâles.
Le même fait se vérifie en Prusse, où tandis que l'on y compte 16 ^/q, des femmes arrêtées pour la première fois, il y en a 17 %, à la première récidive, 24 % à la sixième et 30 % à la septième et au dessus.
En conclusion: La délinquance de la femme est 4-5 fois inférieure à celle des hommes et elle commet 16 fois moins de crimes graves que lui.
2^ La délinquance féminine comparativement à la masculine atteint (sur 100 mâles) les plus hautes proportions dans l'âge avancé, puis dans l'âge enfantin, en suite dans l'âge moyen; si l'on considère la délinquance féminine sans la comparer à la masculine, on trouve que les proportions élevées du crime dans l'âge avancé, se vérifient surtout pour les crimes graves, moins pour les crimes légers (1). Dans les deux sexes, la propori;ion des crimes commis dans le jeune âge est très élevée ;
3*^ En comparant la délinquance féminine à la masculine, on observe que la participation de la femme au crime est d'autant plus élevée que le crime exige moins de force physique, moins de culture et d'énergie intellectuelle ;
4^ Dans la jeunesse comparativement à l'âge mùr, les crimes dus à la colère prédominent dans les deux sexes; dans l'âge mûr comparativement à la jeunesse, les crimes prémédités l'emporiient. Toutefois, dans le sexe féminin l'âge mûr l'emporte sur la jeunesse dans les assassinats, les homicides et les incendies. Mais l'âge moyen (de 21 à 50 ans) surpasse les deux autres dans le nombre des crimes de toute nature ; 5*^ Les chiffres des délits complexifs aussi bien que ceux de chaque délit en particulier, pour chaque sexe et dans les différents pays, sont en général d'une grande constance dans
(1) Suivant Mayr, le maximum de la délinquance est chez l'homme de 18 î\ 21 ans, chez la femme do 30 à 40.
les diverses années. En Italie, cependant, on dirait que dans le 'sexe masculin, les crimes les plus graves vont en diminuant, et les plus légers en augmentant dans les deux sexes; et que au contraire la criminalité la plus gi*ave va en augmentant chez la femme ;
6^ Les avortements et les infanticides paraissent être commis dans le sexe féminin d'autant plus par un sentiment d'honneur et d'autant moins par une espèce d'ancienne coutume, que le pays où ils ont lieu, est plus civilisé ; en efifet, dans l'Italie septentrionale ils prédominent dans la jeunesse, dans l'Italie méridionale, ils prédominent au contraire dans Tàge mûr.
7^ L'influence des grandes villes sur l'accroissement des délits est plus grande, sur le sexe féminin et se fait sentir spécialement par l'augmentation des blessures, des vols sur la voie publique et des vols simples ;
8° La prostitution explique et supplée la moindre criminalité de la femme comparativement à celle de Thomme et peut-être sa plus grande intensité a Tage mûr, où elle ne peut plus la sostituer.
État civil — Professions — Oisiveté.
État civil, — Nous savons que le chiffre le plus élevé des délinquants oscille entre 15 et 25 ans; et que celui des femmes criminelles est fourni presque entièrement par les prostituées et les mineiu'es ; il est donc inutile d'ajouter que les célibataires offrent un chiffre maximimi au délit.
En effet, déductions faites des célibataires impubères, nous trouvons sur 1000 habitants do chaque classe d'état civil:
En Italie (1890-94) condamnés célibataires adultes 48,9
> » » mariés et mariées 29,7
> » » veufs et veuves 14,*] (Bosco)
En Autriche, la population criminelle célibataire excède la population honnête dans la proportion de 50 à 37, et la ciiminelle mariée est inférieure à celle do la population honnête comme 45 à 52. Les veufs condamnés seraient aux honnêtes comme 4 à 9 (Messedaqua, o. c, .
Une distribution complètement parallèle se remarque chez les aliénés et pour des raisons analogues; les célibataires seuls y seraient en nombre moindre. Ainsi Verga aurait relevé :
1 fou sur 474 célibataires entre 20 et 60 ans 1 » » 1418 mariés.
Girard, de 1841-57 trouvait:
1 fou sur 2169 célibatairos 1 > * 7094 mariés
1 » » 4572 veufs.
Quant au sexe, Limier trouva de 1856-62:
1 fou sur 2629 mâles, 2931 femmes 1 » » 4754 > 5454 »
Les aliénés célibataires sont beaucoup plus nombreux que les criminels célibataires.
Remarquons cependant que dans la voie du crime, aussi bien que dans celle de la folie, les veuves ont toujours une grande prédominance sur les veufs, fait que Messedaglia explique en Autriche et Lolli en Italie (o. c), en ce que les veuves sont en majorité sur les veufs dans la population.
On a remarqué en Autriche, en Italie et en France (1), que les mariés et les veufs ayant des enfants pèchent beaucoup moins que ceiLV qiû n'en ont pas; le contraire aui'ait lieu, selon Guislain et Castiglioni, chez les aliénés; ce que Verga explique par les préoccupations que causent les soins d'une gmnde famille (Yerga, Se il matriynonio^ etc., Milano, 1870).
Professions, — L'influence des professions est assez difficile à établir, par effet de la disparité dans la distribution et dans la nomenclatiu-e do quelques-unes d'entre elles qui peuvent ofiiir une juste raison de groupement à l'économiste, alors qu'elles n'en ont aucune aux veux de l'anthropologue; comme par exemple quand on additionne les aubergistes et les commerçants, les militaires et les agriculteurs, les métallurgistes
(1) Voici la statistique des condamnations à mort qui ont été prononcées en Franco de 1833 à 1880: « Durant cette période de 47 ans ou prononça 1775 condamnations à la peine capitale. Les condamnés se subdivisaient en 1570 hommes et 205 femmes. — Relativement à l'âgo 107 avaient do 10 à 21 ans ; 532 de 21 à 30 ans ; 534 de 30 à 40 ; 180 de 50 à 00 ans et 09 do 00 et au dessus. — Quant j\ la profession : 817 appartenaient à la classe agricole, 510 étaient ouvriers dans diverses industries, 191 marchands et employés do commerce, 120 étaient sans profession, 81 étaient propriétaires ou exon/ant des professions libérales, 50 domestiques ».
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et les menuisiers, ou bien les professions libérales et les beaux arts.
La comparaison devient ensuite impossible lorsque dans les statistiques des recrutements ou des recensements on trouve les uns distribués d'une manière et les autres d'une autre.
D'après les dernières données de la statistique italienne, que je dois à M. Bosco, le cliififre proportionnel des condamnés y est :
pour l'agriculturo . . do 8,9 sur
1000 habitants
■■> les industries . . » 7,4 »
» le commorco . . » 12,8 »
» les emplois publics ot les
professions libérales » 3.5 >
» les domestiques . . » 3,6 »
La criminalité plus grave des commerçants peut être expliquée par la plus grande activité des affaires, ainsi que par l'accroissement de cette classe après le dernier dénombrement de 1881 ; ils donnent non seulement, ce qui est bien naturel, un grand nombre de condamnés pour escroqueries et firaudes dans le commerce (23 sur 100), mais aussi pour diffamation et injures (8 sur 100).
Les infractions commises le plus souvent par les agriculteurs sont les vols (26 sur 100 condamnés) et les lésions personnelles (22 sur 100). Pour les autres méfaits, ils ne donnent que des proportions très faibles.
Les industriels ont de même un nombre assez haut de condamnés pour vols et pour lésions ; mais, en comparaison des classes agricoles, elles montrent plutôt du penchant aux violences à l'Autorité (11 sur 100), aux diffamations et injures, aux fraudes et escroqueries (6 sur 100).
Si nous passons maintenant à considérer d'une manière plus détaillée certaines espèces do professions, nous verrons que le chiffre le plus élevé de condamnés est représenté par les colporteurs (44 condamnés de cette classe professionnelle sur 1000 habitants). Les vols (environ 30 condamnés sur 100), violences à l'Autorité (20 sur 100) et les délits contre les mœurs.
Les bouchers ont aussi une proportion considérable de condamnés (37 sur 1000), et ils se rendent coupables surtout de violences contre TAutorité et de fraudes dans le commerce.
Viennent ensuite les chaiTetiers et les voituriers (26 condamnés sur 1000), auxquels on impute le plus souvent des violences à TAutorité et des délits contre la propriété et contre les personnes.
Les professions libérales et les gens de service n'ont qu'une faible part dans la criminalité (2,94 et 3,93 sur 1000 habitants). Les uns prévalent dans les délits de faux ; les autres dans les vols domestiques.
Marro (o. c, p. 350) trouva à Turin le minimum des délinquants, 1 siu- 500, parmi les chasseurs, les fabricants de parapluies, les prêtres, les étudiants, les maîtres d'écoles, les pêcheurs.
Un petit nombre - 4 - parmi les lithographes, les marbriers, carrossiei-s, jardiniers, maçons, tanneiu^.
Un nombre plus élevé - 7 - chez les couiiiers, écrivains, tisserands; chez les perruquiers (presque tous coupables de délits d'immoralité).
Les maçons ont fourni le 11 % dans la population libro 2,5 % Les boulangers » 6,9 » » ^ » 1,6 »
Ces deux deniières professions donnent une proportion plus haute, parce qu'ils sont payés jour par jour et n'ont pas besoin d'un long apprentissage.
Los serruriers ont donne le 8,3 \ dans la population libre 2,8 % » cordonniers > 7,3*» » »3,2>
» étudiants » 0,B3 * » > » 3,1 »
Les professions s' exerçant en ville, qui exposent le plus à l'alcoolisme (cuisiniers, cordonniers, aubergistes), qui mettent le pauvre en contact continuel avec le riclie (domestiques, valets), ou qui facilitent les moyens de mal faire (maçons, serruriers) ont fourni un contingent élevé à la délinquance et plus encore à la récidive (cordonniers et culsiniei-s, 6,20)