‹ Le crime, causes et remèdes. Avec un appendice sur les progrès de l'anthropologie criminelle pendant les années 1895-98Chapitre 97 sur 205 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

nement publie un décret (17 janvier 1640) qui défend, sous peine de mort, les épithètes de gabeleurs, inaltôtiers, monopoliers, envers les percepteurs.

Alors même qu'une imposition est juste, il suffit qu'elle frappe plus directement une classe qu'une autre et en trouble trop les intérêts pour provoquer des émeutes; c'est ainsi que la taxe sur la faiine à Pavie dans l'Emilie et le cadastre à Florence provoquèrent des révoltes dans les provinces, poussées par la bourgeoisie.

Crises économiques. — Les crises industrielles et commerciales, cependant (1), n'eurent pas dans les temps anciens une influence aussi grande sur les révolutions que sur les révoltes et les tumultes locaux. C'est ainsi qu'à Rome, où cependant, suivant Caiie (2), les gi-andes agitations avaient pour mobile principal les dettes dont le peuple était accablé, ou les lois agraires ; durant les féroces contestations entre Consulat et Tribunat, aloi^s que la prospérité économique était loin de faire défaut, Spurio Cassio qui proposait une loi agraire par laquelle les biens communaux devaient être en partie divisés entre les citoyens pauvres, non seulement ne fut pas appuyé par le peuple, mais il fut mis à mort, seulement parce qu'il voulait que dans la division prissent aussi part les fédérés latins (3).

Paupérisme, grèves. — Ce n'est qu'à notre époque que se sont manifestées les plus grandes révolutions politiques et sociales, grâce à l'énorme disproportion entre capital et travail incessamment accrue par les nouvelles spéculations, particulièrement bancaires, et par les besoins nouveaux qui font sentir au peuple plus vivement qu'autrefois ses tristes conditions.

(1) Rossi, Il fattore economico net moti rivoluoiionari (Arohivio di psichiatria, scienze pénal i ed antropologia criminale, vol. IX, fasc. l»).

(2) Qenesi e smluppo délie varie forme di eonmvenxa civile e poli^ tica, Torino, 1878, p. 16.

. (3) MoMMSKN, Storia Romana, trad. Sandbin, vol. I, pag. 288.

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Les théories Darwiniennes elles-mêmes admettent, il est vrai, la disproportion entre les individus et par suite une nécessaire inégalité dans la richesse (1).

Mais ce sentiment d'humanité qui reçut son premier souffle; du Christ et que le temps ne peut avoir affaibli, fut-il encore contre la théorie de Darwin, ne pourrait permettre qu'un homme en travaillant meure de faim et que voulant et pouvant être utile il ne puisse trouver du travail.

Quand on voit des milliers de paysans contraints à vivre de maïs gâtéi sans que l'on ait pensé pendant longtemps au moyen d'y remédier, sans qu'il se soit trouvé un homme au Parlement pour les soutenir; quand on voit dans les régionsalpines le goitre et le crétinisme décimer d'entières populations, seulement parce que l'on ne dépense pas la centième partie de ces sommes, qui se perdent en d'inutiles monuments,, pour y transporter de l'eau saine ; quand on pense que dwis tant de plaines de l'Italie — aux portes des deux plus grandes villes — sévit la malaria, qui décime les populations (2), on est bien obligé de convenir que si le paysan proteste par les démonstrations ^t par les grèves, la responsabilité en retombe sur ceux qui n'ont pas su remédier au mal.

En France, les grèves de 1882 de Roanne, de Bessège, de Molière et d'autres centres industriels du Midi, les troubles plus graves de Montceau-les-Mines et de Lyon furent le résultat d'une agitation socialiste ayant un caractère éminemment politique.

En Amérique la fraction socialiste révolutionnaire qui a son centre à Chicago et est organisée en fédération, tend à conquérir une importance de plus en plus grande, par effet des crises économiques, provoquées spécialement par les spéculations

(1) Ferkkro, SocicUiamo e Darvinianismo, 1896.

(2) Des 5258 Ck)mmune8 de l'Italie, 2813 avec 11 million et demi d'habitants sont sujettes à la malaria et dans 2025 autres Communes avec une population de 8 millions, ces cas se sont vérifiés avec une certaine fréquence (Bodio, BiUietin de l'Institut ititemational de ataitaiiquej 1887).

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exagérées sur les chemins de fer, et par le fait que les partis politiques semblent dédaigner une politique prolétaire. Or, c'est à ce parti révolutionnaire que doit être attribuée une grande partie des nombreuses grèves qui y éclatent chaque année (160 dans l'espace de 2 ans).

Quant aux autres causes économiques, nous trouvons 19 émeutes ouvrières, soit le 13,4 7oî P^^^ ^^ ^4 P- Vo P^^" voquées par des lois ayant un caractère financier; c'est-à-dire un total de bien 48 révoltes pour causes économiques — soit le 29,58 Vq.

L'accroissement des émeutes pour causes économiques à notre époque comparativement aux époques antérieures, et en raison inverse des émeutes militaires est clairement démontré dans le fait qu'elles sont plus fréquentes dans les nations les plus civilisées (France, Angleterre, Belgique) qui nous représentent l'âge moderne; tandis que c'est le contraire qui arrive en Turquie, en Espagne, qui sont encore, pourrait-on dire, un fragment vivant de l'histoire ancienne (1).

Causes militaires. — D'après une étude sur 50 ans en Europe on voit en effet que:

Sur 19 révoltes TEspagne en eut 5 militaires 3 économiques et ouvrières » 24 » la Turquie > 9 » 1 seule » »

» 16 » la Belgique » S économ. et ouvr. et pas une milit. ^ 15 » TAngleterre » 8 » » » ♦ »

Les révoltes militaires se sont élevées à 26, c'est-à-dire le 18,3 %; il convient d'ajouter que pour les nations du Nord ou en compte une seule en Russie; 4 dans les pays du centre; . tandis qu' au moins 21 ont éclaté dans les régions méridionales; et de ces dernières 12 dans la Péninsule Ibérique.

(1) Les révoltes prétoriennes et les révoltes militaires, qui donnèrent origine aux trente ou mieux 19 tyrans rebelles des temps anciens de Galien, eurent lieu dans TEmpire Romain, mais lorsque celui-ci retombait dans la barbarie et s'était fait Asiatique, ce qui confirme notre assertion.

II y en eut ensuite 7 de janissaires en Turquie dans la brève période de 20 ans (1807-1826).

La plus grande partie de ces émeutes militaires, eurent lieu dans les* pays chauds et pendant la chaude saison (11), comme du reste les émeutes religieuses (7 sur 15).

Seules, l'Italie, rAUemagne, l'Autriche et la Eussie eurent des révoltes d'étudiants.

Le 26 7o ^^ c^s révoltes eurent une cause politique (34): cette cause prédomina en Suisse dans 3 sur 5, en Italie dans 13 siu- 22, en Espagne dans 5 sur 19, en Turquie dans 4 sur 14; c'est-à-dire dans les pays les plus mal gouvernés ou ayant un gouvernement républicain: 14 eurent lieu contre le roi, les chefs et entre partis politiques, 23 pour l'indépendance, contre l'occupation étrangère ou pour obtenir une constitution ou une révision de constitution. — Tant géographiquement qu'à l'égard des saisons, nous trouvons une distribution spécifique différente de ces deux catégories de motifs politiques.

Changements externes. — Cependant, beaucoup de ces causes offrent de très singulières contradictions.

Le climat très chaud de l'Egypte rend anti-révolutionnaires les Sémites, les Fellahs et les Berbères qui dans les montagnes de l'Algérie sont en continuelles révolutions, si bien qu'à Alger on montre les sépulcres de sept Bey, nommés et tués en un seul jour.

Dans de nouveaux milieux et grâce à de nouveaux croisements les agriculteurs Hollandais devim-ent les pasteurs nomades de r Afrique (Boeiîs) ; les chasseurs Normands devinreîit d'audacieux navigateurs, les pasteurs Juifs des commerçants et le rigide conservateur Anglo-Saxon devint le libre novateur et révolutionnaire Xord-Amcricain.

Un bon gouvernement sert aussi beaucoup à empêcher les révolutions provenant de la disparité des races, surtout quand il vient s'y ajouter la cause physique de l'attraction des grandes et des petites masses qui est un des facteurs les plus

puissants de la fusion des races Sémitiques-Sardes avec les races Celtes, Piémon taises; et des races Corses, parfaitement Italiques avec les Françaises.

Quand les peuples vivaient isolés, les premiers croisements (Doriques, Romains), provoquèrent des révolutions très violentes; mais, plus tard, à mesure qu'avançait révolution, les intérêts économiques et politiques remportèrent sur ceux de races; c'est ainsi que les Polonais exècrent les Russes avec lesquels cependant ils sont en communauté de sang slave, ^t cela parce qu'ils ne peuvent tolérer leur despotisme.

Au contraire, les populations du Rhin, bien qu'étant allemandes en majorité, inclinent plus volontiers vers les Français, que vers leurs consanguins parce que les traditions de la bonne administration française, les intérêts commerciaux et les habitudes, l'emportent sur l'attraction ethnique.

État tiaissant. — La prédominance absolue de certaines causes dans des époques déterminées, comme par exemple celle des causes économiques dans les temps modernes, s'explique aussi facilement par le fait, que dans la sociologie comme dans la chimie, l'influence de quelques agents à r état naissant est bien plus puissante et plus tranchée et laisse des traces plus durables; ce fait vient encore appuyé par la physiologie humaine, en ce que les premières stimulations, même si elles sont plus faibles, sont perçues avec plus d'intensité que celles qui les suivent; et que, dans les fécondations ultérieures, l'influence du premier fécondant se fait sentir en proportions relativement plus grandes : en conséquence l'influence du climat persiste encore, alors même qu'elle se trouve entravée et en contradiction avec l'influence de la race. C'est pourquoi dans certaines pays, comme par exemple Florence, la colline n'est plus aussi favorable aux révolutions et aux violences, qu'elle l'était dans d'autres temps. ' La Hollande est un pays froid et de plaines et par conséquent anti-révolutionnaire par excellence, surtout dans les époques antérieures, alors que la culture n'était pas encore

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répandue, mais la lutte avec la mer et contre Toppression étrangère en ont activé la tendance évolutive.

Actuellement une religion influe bien peu sur la civilisation et sur l'évolution, mais quand elle était à Tétat naissant, elle favorisait beaucoup les révoltes et les révolutions. Les nouvelles religions sont presque toujours accompagnées pai" une véritable révolution progressive dans la morale et dans Tamélioration du caractère — ce qui leur permet de faire des prosélytes parmi les gens honi\ètes : nous en .trouvons des exemples dans le Babisme en Perse, le Bouddhisme en Asie, le Christianisme et le Luthéranisme en Europe — ce fait s'observe encore actuellement à l'apparition de quelques sectes comme celles des Lazzarettistos, des Quakers et des sectaires Russes»

Causes minimes. — Enfin, il existe de petites causes qui échappent par centaines à notre attention. C'est ainsi que Spencer observe que les sources chaudes furent l'origine de& vastes fabrications de céramiques parmi les tribus américaines: — d'un autre coté, la possibilité d'avoir des bêtes de somme^ en facilitant les transports de l'Indo-Européen, en augmenta l'évolution : il en est de même do la multiplicité des produits minéraux ou végétaux qui facilitent la fabrication des barques^ des maisons et des étoflTes. Au contraire, une forêt, inaccessible^ pleme de bétes féroces, peut entraver une évolution.

Ainsi la lagune, en isolant Yénise, et ses canaux, en rendant difficile l'insurrection en masse, fut probablement une cause de sa stabilité politique.

Causes occasionnelles. — Aristote affirme que les oligarchies périssent quand quelques-uns do leurs membres y prédominent trop; et que lorsqu'elles sont déchues, elles tentent de se ressaisir à l'aide des révolutions. A Syracuse, écrit-il, la constitution fut changée pour une querelle amoureuse qui poussa à l'insurrection deux jeunes de haute lignée et leurs adeptes: et en parlant des tyrannicides il trouve qu'ils surgissent le plus souvent d'oTenses per-onnelles.

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