TROISIÈME PARTIE
gigantisme des cellules piramidales ce qui fait remonter l'atavisme des criminels même jusqu'aux oiseaux.
En recherchant ainsi les analogies jusqu'au delà de notre race, nous arrivons à nous expliquer la fréquence de la soudure de l'atlas avec l'os occipital, la saillie de la dent canine, l'applatissement du palais, la fossette occipitale médiane, précisément comme chez les Lémuriens et les rongeurs (1) : le pied préhensile, la simplicité de la ride palmaire, la gaucherie anatomique, motoire et sensorielle, la tendance au cannibalisme, même sans passion de vengeance, et plus encore cette forme de férocité sanguinaire mêlée de lubricité dont nous ont fourni des exemples, Gille, Yerzeni, Legier, Bertrand, Artusio, le marquis de Sade, et d'autres, chez lesquels l'atavisme était toutefois favorisé par l'épilepsie, l'idiotisme ou la paralysie générale ; mais qui néammoins rappellent toujours l'accouplement des animaux, précédé de luttes féroces et sanguinaires, soit pour dompter les rénitences de la femelle, soit pour vaincre les rivaux en amour (2).
Ces faits nous prouvent clairement que les crimes les plus horribles ont également un point de départ atavique dans ces instincts animaux dont l'enfance nous offre un pâle reflet et qui refoulés dans l'homme civihsé, par l'éducation, par le milieu, par la terreur de la peine, repullulent tout à coup sans cause dans le criminel-né, ou sous l'influence de certaines circonstances comme la maladie, les météores, l'enivrement erotique, l'entraînement de la foule.
Sachant, comment certaines conditions morbides, telles que les traumatismes à la tête, les méningites et les intoxications chroniques ; ou certaines conditions physiologiques comme la grossesse, la sénilité, provoquent des dérangements dans la nutrition des centres nerveux et par suite des rétrogressions ataviques, on comprend combien elles doivent faciliter la tendance au crime.
Sachant, en outre, quelle courte distance sépare le criminel
(1) Voir H. Criminel, I vol., 160, 217, 176, 182.
(2) Voir Vol. I, 449, 513; II, 95, 96, 123 et 139, 144, 147.
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du sauvage, nous comprenons pourquoi les galériens adoptent si facilement leurs mœurs, j compris le cannibalisme, ainsi qu'on le vit en Australie et à la Guyane (Bouvier, Voyage à la Ouyane^ 1866).
En observant, d'un autre côté, comment les enfants, avant ou sans l'éducation, ignorent la différence entre le vice et la vertu, et volent, battent, mentent sans le moindre égard, nous nous expliquons très bien la grande précocité du crime et pourquoi la plupart des enfants abandonnés ou orphelins jBnissent par devenir des criminels (1).
L'atavisme nous fait encore comprendre l'inefficacité de la peine envers les criminels-nés et le fait de leur retour constant et périodique, si bien que les plus grandes variations qu'ait offert le nombre des crimes contre les personnes (écrivent A. Mauiy et Guerry) n'ont pas dépassé ^/gg et les crimes contre la propriété ^/g^ (2).
On voit, observe très justement Maury, que nous sommes gouvernés par des lois muettes, qui ne tombent jamais en désuétude, et gouvernent la société bien plus sûrement que les lois inscrites dans les codes.
Épilepsie. — Les mêmes phénomènes que l'on observe dans les criminels-nés se retrouvent dans les rares exemplaires de fous moraux (voyez Homme criminel, vol. II, pag. 2 à 13) que l'on a pu étudier minutieusement sur une grande échelle, et bien plus sûrement dans les épileptiques, criminels ou non (Yol. II, pag. 50-201), comme le prouve clairement le tableau ci-après où l'on voit que pas un des phénomènes ataviques des criminels manque chez les épileptiques qui ont en plus quelques phénomènes purement morbides, comme céphalée^ atéromes, délires, hallucinations.
Mais dans les criminels-nés, aussi, outre les caractères ataviques, nous trouvons quelques caractères qui paraissent seu-
(1) Voir Vol. I H. Criminel, pag, 92 a 108.
(2) Maury, Mouvement moral de la société. — Paris, 1860.
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lement pathologiques, ou qui du moins à première vue semblent tenir plus à la maladie qu'à l'atavisme: tels que, par exemple, dans le champ anatomique, l'asymétrie exagérée, la capacité crânienne et du visage, tantôt trop petite et tantôt trop grande, la sclérose, les traces de méningite, le front hydrocéphalique, l'oxycéphalie, l'acrocéphalie, les dépressions crâniennes, les nombreux ostéophites, les synosthoses précoces, les asymétries thoraciques, la canitie et la calvitie tardives, les rides anormales et précoces, le thorax à entonnoir ; dans le champ biologique, les altérations des réflexes, les inégalités pupillaires. Ajoutons les scotômes périphériques du champ visuel, qu'on ne rencontrent jamais chez les sauvages, chez lesquels ils sont, au contraire, d'une régularité et d'une ampleur remarquables, comme nous avons pu le voir chez les Dinbas (1) ; les altérations de l'ouïe du goût et de l'odorat, la latéralité singulièrement mise en évidence par l'ergographie, la passion des animaux, la précocité des plaisirs sexuels, les amnésies, les vertiges, les complications maniaques et paranoïques.
Ces déviations, qui se trouvent en plus grandes proportions parmi les dégénérés en général : idiots, crétins, s'expliquent justement en ce que, non seulement, viennent se greffer sur l'atavisme, les intoxications alcooliques (d'où l'atérôme, les tremblements), mais encore sur l'épilepsie.
Toutefois l'intervention de cette dernière n'exclut pas l'atavisme, car elle conglobe ensemble des caractères, à la fois ataviques et pathologiques, comme la macrocéphalie, la sclérose crânienne, les oreilles à anse, les os wormiens, la rareté de la barbe, et dans le champ biologique, le mancinisme, l'analgésie, l'obtusité des sens, sauf de la vue, l'impulsivité, la pédérastie, l'obscénité, l'inertie, la superstition, le fréquent cannibahsme, l'impétuosité, la colère, la tendance à reproduire des cris et des actes d'animaux (aboiements, morsures) — et surtout les anomahes histologiques de l'écorce, que nous avons notées chez les criminels, qui reproduisent les conditions des animaux inférieurs (1); les anomalies dentaires elles-mêmes, qui pourraient
(1) Appendice.
LoMBROSO — III. 29
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