Biologie
Marty (1) en étudiant 4704 soldats criminels et 10651 soldats français trouva chez les premiers une taille de 1,650 et chez le seconds de 1,647; le poids au contraire était plus élevé chez les criminels, 63,4 kilos, que chez les normaux, 59,7; ce qui confirme mes observations. (Vol. I, H. Criminel). Les premiers avaient aussi un périmètre toracique plus grand, 0,846, mm, que les derniers 0,844.
Dernières études du Reformatory d'Elmira. — Le compte rendu du célèbre Reformatory d'Elmira de l'année qui va du 30 septembre 1894 au 30 septembre 1895 a une importance exceptionnelle, car il démontre avec quelle rapidité le directeur de cette institution s'est assimilées les méthodes d'études et les idées fondamentales de l'école nouvelle.
Comparés avec les collégiens d'Amherst, les criminels d'Elmu'a ont présenté:
16,82 %, un poids super, à la moyenne des collég. d'Amherst; 62,58 °/q, un poids infér. » » »
20,60 ^/q, un poids égal » » »
. (1) Martv, Recherches statistiques sur le développement physique des déliiiqucnts , Lyon, 1898. Arch. d'Anthrop. Criminelle.
Planche VIII.
su
Il est curieux de constater que la moyenne du poids, de la taille et de la capacité pulmonaire des détenus d'Elmira se rapproche sensiblement des moyennes des pensionnaires de Wenwsley qui ne compte que des femmes. Ces chiffres peraiettraient donc de supposer un caractère de féminisme dans la structure générale du corps du criminel.
Estesiométrie et Algoméirie. — Koncoroni et Albertotti mesurèrent en fractions de Yolt dans ma clinique avec le faradiréomètre Cerruti, où l'on avait introduit un interrupteur électrique constant, la force électromotrice d'un courant faradique développée par une bobine de Dubois-Reymond (1). Ils trouvèrent que la sensibilité générale et dolorifique réduite •en centième de A^olt est en moyenne.
Sensibilité Sensibilité
générale à la douleur
Chez 16 normaux cultivés . . . 3,12 46 centièmes V
» 12 » non cultivés . . 7,91 46 » »
> 66 fous 11,9 52,8 » -^
» 10 épilept. et 16 criminels-nés 33,5 52,2 » »
Chez tous les épileptiques et tous les criminels, par con- ■séquent, une sensibilité générale obtuse; chez 6 sur 10 la sensibilité à la douleur aussi obtuse.
Sensibilité et âge. — Avec le faradiréomètre Edelmann, le prof. Ottolenghi (2) a trouvé que la sensibilité générale est assez développée chez les enfants de 9 à 14 ans, avec prévalence de la sensibilité moyenne (15-20 cent, de Yolt).
Elle devient toujours plus fine en avançant en âge, de la jeunesse à la virilité ; cependant que chez les étudiants on
(1) RoN'coRONi 0 Albertotti, La sensibilità générale elettrica e dolorifica esaminata col faradireometro nei paxxi e nci criininali {kich. di Psichiatria), vol. XVI.
(2) Ottolengiu, La sensibilità e l'ctà (Arch. di Psichiatria), 1895.
encore une sensibilité médiocre dans 8 *^/o, chez les professionnels ou ne la rencontre plus que dans le 2 "^/q.
Chez les gens llgés, la sensibilité est très obtuse (78 *^/q).
La sensibilité à la douleur est obtuse dans la première enfance ; à l'âge de 9 à 14 ans elle ne mesure plus que 90 cent. de Yolt dans les 68 à 70 «/o-
Chez les étudiants de l'Université cette diminution de la sensibilité ne se rencontre que dans la proportion de 17 ^/q, et chez les professionnels elle n'atteint que le 7 ^/q ; c'est-àdire que la sensibilité à la douleur va en se raffinant du premier âge à la jeunesse et de la jeunesse à la virilité.
Pour ce qui est des gens âgés, pendant que de 40 à 65 ans, 65 ^/q présentent une diminution sensorielle de plus de 90 cent, de Volt, au-dessus de 60 ans cette diminution ne se rencontre plus que chez 45 "^/q, c'est-à-dire que dans l'extrême vieillesse la sensibilité devient plus délicate.
Ergographie des criminels et épileptiqiies. — R. Roncoroni et Diettrich (1) ont trouvé sur 4 épilep tiques 2 fois la gaucherie ergographique. Après les accès épileptiques, il se produit une profonde modification dans les tracés ; les épileptiques perdent, après 1' accès, 1' éducation ergographique, c'est-à-dire la coordination des mouvements lentement apprise auparavant dans les expériences antérieures.
Le tatouage. — Chez les jeunes gens de 16 à 20 ans, placés dans le Reformatory d'Elmira, le tatouage se ti'ouva dans 34 ^Jq-, très souvent les mêmes emblèmes (des initiales, femme nues et danseuses, cœurs percés et organes génitaux), étaient répétés. On y voit prédominer les caractères symboliques de leurs occupations — un chev^al, par exemple, ou un fer à cheval chez les charretiers — ou de leurs sentiments , comme celui d'un couple amoureux au-dessous duquel est écrit: Anwur.
(1) Archivio di Psichiatria ed Antropologia eriminale, Torino, 1897.
Plusieurs avaient sur les mains les mêmes signes spéciaux cercles, étoiles ; évidemment des signalements sectaires (1).
Un certain Leppman (2) voulant réfuter contre Kurella et moi l'importance du tatouage comme caractère des criminels, finit au contraire par le prouver, soit par la fréquence, avec laquelle il le trouva (33 à 40 ^/q, proportion bien plus élevée que celle rencontrée par moi chez mes criminels), soit par le genre des tatouages, qui indiquait souvent r intention criminelle, comme les reproductions des parties viriles dans les auteurs de viols, celles des têtes de mort, du poignard et du mot Vengeance chez les auteurs de blessures et chez les meurtriers.
Snell a trouvé le tatouage dans la proportion de 3,2 ^/^ (3) chez 464 jeunes femmes criminelles allemandes. Le tatouage comme on l'observe toujours chez les femmes n'avait pas de caractère spécial ; il consistait en anneaux, bracelets, initiales et quelques fois dans le portrait du souteneur ou des amies.
Le professeur japonnais Shuze Kure a étudié récemment (4) le tatouage chez les criminels japonnais ; il l'a trouvé dans la proportion du 31 ^/^, ; chez les auteurs de blessures de 45 ^/q, chez les meurtriers 86 7oi chez les voleurs 30 o/^,, chez les criminels d'occasion 14 ^/q, chez les femmes criminelles, 1,8 ^/q\, la plus grande partie, aux bras et à l'avant bras, était composée de points, lignes, figures géométriques, et par des initiales (Je noms, sourtout de femmes, par des plantes et par des animaux; plusieurs faisaient allusion au crime, plusieurs fois ils représentaient un verre de vin , trois fois des jeux de
(1) TwENTiETH Year Book, State Reformat. ofMmira, New- York, 1896.
(2) Leppman, Die Kriminal psychologie etc., 1894.
(3) Tatouages des femvies criminelles d' Hannover (Centralblat fur Nerveiutreclk in Psych., Apr. 1898).
(4) Dr. Shuze KuRE-Prof an Tokxo-JJber Tattowierung bei Verbrechern (Friedriechs Blatter, Berlin, 1898).
cartes, deux fois des organes génitaux. Chez les fous, non criminels, le tatouage était en proportion de 7 ^' '^ chez les hommes, et de 2 7o chez les femmes. On voit, d'après cela, la complète analogie avec nos observations chez les races européennes. Le prof. Shuze remarque encore que dans les temps anciens, 1550-1600, le tatouage était très en honneur en Chine, et qu'il s'étendait quelquefois à tout le corps.
Deuxième centurie de crimmels. — Dans la deuxième série des criminels étudiés dans mes cours d'antropologie criminelle (1), série qui comprenait une forte proportion d'homicides et d' auteurs de blessures, la plupart âgés de 18 à 30 ans, le poids et la taille étaient, en moyenne, inférieurs au poids et à la taille des individus normaux: la circonférence horizontale de 535""'" était de beaucoup inférieure à la moyenne des normaux. Parmi les anomalies, on trouva la platicéphalie dans 7 pour "/o^ 1^ plagiocéphalie dans 13, l'oxicéphalie dans 3, la sténocrotaphie dans 2, le prognathisme dans 10, la mâchoire développée dans 27, le strabisme dans 11, les dents canines développées dans 4, les oreiUes à anse dans 29, le lobule de Darwin dans 7, le lobule sessile dans 16, le manque de barbe dans 34 pour "^/q.
La sensibilité tactile était de 3'»'«26 à droite, de 3'»'"45 à gauche; 18 de ces criminels présentaient des anomalies de la sensibilité topographique; 22 possédaient une grande sensibilité météorique, 13 une grande sensibilité magnétique. Un seul présentait de la dyscromatopsie, une sensibilité olfactive obtuse et 11 une sensibilité gustative obtuse; 33 avaient des blessures à la tête et 19 à d'autres parties du corps, 6 étaient d'une agilité simiesque, 39 avaient des anomalies de la motilité, telles qu'ataxie, tremblements, etc., 25 des anomalies de la parole et 10 des anomahes de l'écriture; sur les 35 dont on mesura les réflexes tendineux, 3 les présentaient très accentués, La réaction
(1) Eossi et OiTOLENam, Seconda centuria di criminali 1897, Torino.
vasomotrice contrôlée avec la nitrite d'amyle était rapide dans 8 sur les 17 observés.
18 criminels sfir ] 00 sou&aient de céphalée, 14 de délire, 18 d'autres maladies nerveuses, 13 étaient fous, 7 phrénasténiques, 5 fous moraux, 7 hystériques, dont 6 femmes, 14 épileptiques et 17 épileptoïdes. La précocité du crime, avant 20 ans, se montra dans 47 cas seulement; 12 se masturbaient avant l'âge de 10 ans.
Dans l'hérédité, on observait presque toujours des anomalies chez les parents et chez les ascendants collatéraux ou chez les descendants. Dans 22 de ces cas, le père était alcoolique, dans 8 c'était la mère, chez 7 le père était criminel, chez 6 le père était fou et chez 6 la mère était prostituée. Dans 6 familles on observa une grande fécondité suivie d'une mortalité précoce des enfants.