Sauvages — Dinkas et Mois
Dinkas. — Les rapports étroits qui unissent les criminels à la psychologie et h la physiologie des sauvages, nous ont poussés à ajouter ici les principaux résultats d'une étude que nous avons faite sur quelques Dinkas, Faschodas, Avellons et Recs, appartenant à des peuplades du Haut-Nil. Parmi les caractères intéressants qu'ils présentaient, nous devons signaler le nez, qui non seulement est excavé, mais trilobé, ressemblant à celui des singes, le menton rentrant et l'éti-ange uniformité des têtes très longues, dont l'indice, qui descend jusqu'à 64, est de 70 en moyenne.
Plusieurs présentaient l' inversion des caractères sexuels; telle la ginécomastie chez les mâles ; on constatait au contraire la virilité des traits chez la femme (Voir Planche IX).
(1) Arch. di Psichiat., 1895, vol. XVI, pag. 129.
(2) LoMBROSO et Carraka, I Dinka {Arch. di Psich., 1896). Torino.
Leur taille est très élevée, 1,75 a 1,90, à cause de l'excessif allongement de la partie inférieure des jambes, qui sont adaptées à la course parmi les étangs marécageux où ils vivent.
Ils présentent encore une remarquable disesthésie; la sensibilité tactile était en moyenne de 4-6 j.usqu'à 12'"™, la sensibilité générale de 45, jusq'à 70 centièmes de Yolt, la sensibilité à la douleur jusqu'à 95 (normal 46) c'est-à-dire que la force maximum du courant dont on disposait ne leur produisait aucune douleur. Cette insensibilité était d'ailleurs démontrée par leurs tatouages et aussi par d'autres faits. Un de ces individus, s'était appliqué des clous très pointus à l'intérieur de ses souliers comme signalement de sa propriété. À l'âge de la puberté, et comme signe de virilité, ils se cassent les dents incisives à coups de marteau. Dans les sens spécifiques, on constatait une diminution de l'olfaction et du goût (les goûts salés étaient les saveurs le plus facilement reconnues). L'ampleur du champ visuel, qui est extraordiuaiie, et en rapport avec leur vie dans la grande plaine contribue à l'affaiblissement remarquable de leur sensibilité (Yoir Planche X). Enfin ils présentaient peu de caractères dégénératifs.
Mais leur psychologie est plus intéressante encore. Tls ressemblent à de grands enfants , peuvent rester tout le jour tranquilles sans faire autre chose que fumer; mais quelquefois cependant ils ont des explosions violentes pour des causes futiles, montrant ainsi une complète analogie avec le caractèredes criminels.
Mots. — Le juge Paul d'Enjoi se trouvant parmi les Moïs^ peuple de TLido-Chine, dut instruire un procès pour assassinat (1). On arrêta deux indigènes grands et forts comme des géants, avant la barbe inculte, les cheveux longs, les ongles en griffes. Invités par l'interprète à saluer selon la coutume orientale le mandarin qui les interrogeait, les 3ïoïs répondirent que jamais un homme ne doit se prosterner devant un autre
(1) Revue des Revues, 1895.
homme. Ils confessèrent ensuite sans restriction leur crime avec une grande naïveté, s'étonnant que l'on put le leur reprocher. « Celui qui tue peut tuer, puisque, en effet, il tue » , répétaient-ils toujours, avec une logique juste chez les sauvages et atavique chez les criminels-nés ; et aucune bonne raison ne put modifier leur raisonnement. Lorsqu'on leur expliqua que la détention <ians laquelle on les tenait était le commencement de leur -châtiment, ils répondirent en battant des mains : « Mais nous n'avons jamais été aussi bien qu' à présent ; aucun de nos chefs ne pourrait avoir un palais plus beau que cette prison ■ou l'on mange sans travailler. Pour pouvoir y rester, nous sommes prêts même à tuer quelque autre homme. » C'est la même réponse qu'ont donné les criminels-nés les plus célèbres et les plus farouches [Homme criminel^ vol. I) ce qui prouve l'atavisme du criminel-né et aussi l'inutilité des peines.
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