IBO
/isr
iff
co
vH
IOOI>COC50'-HC1CO-^IOCOC-COC5
c-t-r-f-r-cooooooooooocooocoûO Tt^tte
oocoœcooocoooooooooooooœoooo a-ijj^ij^
salaires n' agissent que par voie indirecte, en ce sens que r abaissement du piix des aliments et l' accroissement des salaires permettent à ^ou^Tier d'acquérir plus aisément et de consommer une plus grande quantité de boissons alcooliques, comme nous l'avons vu pour la Prusse. — En particularisant davantage, nous trouvons que les homicides simples sont en décroissance, sauf en 1884, parallèlement au prix du pain, donnant au moins le 2° maximum, 5,87, en 1880 (alors que le prix du pain était le plus élevé), et des chiffres de plus en plus bas dans les années successives où le pain resta à des prix très inférieiu's.
La ligue des coups et blessures s'avance par sauts, indifférente au prix du pain, donnant le maximum en 1888 et le minimum en 1885, alors que dans ces années la différence de son prix était moindre.
2^ Quant aux crimes contre les bonnes mœurs, ils augmentent à mesure que diminuent les heures de travail ; ainsi de 1881 à 1888, époque à laquelle les heures de travail s'abaissèrent de 122 à 92, on les vit s'accroître de 3,11 à 5,25. 3" Les crimes contre la siu'eté de l'état, tels que, ceux contre l'administi-ation publique, la tranquillité publique, etc.. ne ressentent que très peu cette influence (1).
Pom' les rébellions et violences conti-e les fonctionnaires, s' applique 1' observation faite-ci dessus au sujet des crimes contre les personnes (2).
En ce qui concerne les royaumes unis de la Grande Bretagne et de l'Irlande, les statistiques de 50 ans que Fornasari di Yerce m'a bien voulu résmner, donnent des rapports analogues entre les crimes et les variations des prix du graui, c'est-à-dire :
1° Les crimes contre la propriété sans violence, augmentent le plus souvent avec le renchérissement du gTain, comme dans la période 1846-47, dans laquelle de 19,510 ils s'élèA'ent
(1) Cfr. FoRXASARi DI Verce, op. cit., ch. 25-31 et 34-42.
(2) Cfr. FoKNASARi DI Verge, op. cit., ch. 25-31 et 34-42.
à 29,571; il y a pourtant une exception dans la période de 1870-73, où on les voit diminuer malgré l'augmentation du prix du blé : avec l'abaissement du prix ils diminuent presque toujours comme en 1847-52, époque à laquelle le pain baissa de 50 à 40 et les crimes de 23,910 à 21,306, et en 1857-58, où de 23,917 ils descendirent à 20,619.
2° Les crimes contre la propriété avec violence sont indifférents au bon marché. En effet, ils diminuent dans la période 1842-45 et en 1862-63 avec la diminution du prix du froment, mais augmentent dans la période 1881-86, malgré le bon marché; cependant, ils augmentent le plus souvent quand le pain renchérit, comme en 1845-47, où de 1491 ils s'élèvent à 1732, et en 1867-68 de 1940 à 2253.
3° Les crimes contre la propriété avec destruction frauduleuse ne sont pas en relation très claire avec les variations du prix du grain; ainsi ils diminuent durant les périodes 1841-45 et 1883-84, qui marquent un abaissement du prix de cette denrée ; mais en suite, malgré la baisse, ils augmentent dans les périodes de 18.52-55 et 1862-63.
4*^ Les crimes de faux et contre la circulation monéiaire n'en sont pas influencés. On les voit en eflet tour à tour augmenter et diminuer durant l'abaissement constant du prix du grain en 1842-45, 1848-52, 1884-88.
5" Les crimes contre les personnes, les crimes jugés sommairement y sont indifférents (1).
Pour la ITouvelle Galles du Sud, qui nous donne l'idée de l'Europe au XX"'® Siècle, on arrive, suivant les recherches de Coghlan et de Fornasari [Fig. 3), à des conclusions analogues.
L'influence du prix des denrées alimentaires sur les assassinats y est incertaine ou nulle.
Ainsi un des maximum de consommation du froment (7,1 en 1881) correspond au maximum des assassinats (31), tandis que ne correspondent pas à leur minimum les deux minimum de la consommation, ni les chiffres intermédiaires.
(1) FoRXASARi Di Verce, op. cit., chap. 62-68.
PREilIERE PARTIE
Quant aux homicides, l'inflaence existe, mais elle est invertie, si bien que le maximum de la consommation, 7,8 (1887), correspond au minimum des homicides, 7, et le minimum de
Fio;. 3.
co
co co
co
co
co
i.LES
co
ce
ij
tH
co
co
GO
co
co
o co
consommation, 5,5 (1891), au maximum des homicides, 25. Xulle ou incertaine est aussi l'intluence sur les coups et blessures, dont le maximum, 102 (1886), et le minimima, 61 (1884),
98 CHAPITRE YI
ne sont pas du tout en corrélation avec le maximum ni avec le minimum de la consommation du froment.
Dans les viols, le maximum^ 41 (1886), correspond à une des moyennes de la consommation, 6,1, et le minimmn des viols, 7 (1887), à son maximum.
Cette influence est, au contraire, très marquée sur les vols : on les voit en effet diminuer ou augmenter à mesiure qu'augmente ou diminue la consommation du froment, pas proportionellement cependant; car, par exemple, en 1883-84-85 a lieu une augmentation graduelle dans la consommation du froment — 6,0-6,8-7,0 — à laquelle correspond une graduelle diminution des vols, soit 714-583-566, et en 1880-89-90 se produit un saut dans la consommation, 7^6-5,9-7,2, auquel correspond un autre saut dans le nombre des vols — 592-608-512 — (Yoy. Fig. 3).
La famine déprime la vigueur sexuelle, l'abondance l'excite; et pendant que le besoin d'alimentation pousse au vol, son abondance, dans laquelle ce besoin est moins vif, détourne du vol et pousse aux viols.
Les mêmes raisons s'appliquent à la rareté du travail et à la réduction des salaires. On a observe que les femmes et les domestiques sont plus que les autres entraînés au délit par la cherté des vivres^ sans doute parce que plus que les autres ils en ressentent les effets; les domestiques surtout, car, grâce à un intermittent bien-être, ils perdent la force de résistance aux privations.
Mais, tout en admettant l'action de l'alimentation trop restreinte siu- l'accroissement des vols, — et sur les homicides, sur les crimes de débauche et de blessure quand elle est trop abondante, — on comprend son minimum d'influence sur la variation de la criminalité en général; car si un groupe de crimes augmente dans une condition alimentaire donnée, un autre groupe diminue dans la condition opposée et vice versa; et alors même qu'elle agit dans une direction constante, elle ne modifie pas essentiellement la proportion de certains crimes: l'action, par exemple, du ren-
PEEMIERE PARTIE 99
chérissement des aliments siu- les vols qualifiés est notable en Italie; mais sa plus grande différence oscille entre 184 et 105, c'est-à-dii'e avec une variabilité de 'Voooo- -^^ quand les crimes de débauche croissent, grâce au bon marché, la plus grande différence en est de ^'^Vogoûî ce qui se comprend aisément quand on pense à la bien plus grande influence organique, héréditaire, et aux influences climatériques et ethnique.
On voit, ici, parfois surgir une étrange contradiction par le fait que lorsque le pain est cher, l'argent manque pour acheter les spiritueux et par suite les homicides et les voies de fait diminuent ; mais il arrive quelquefois que pour se les procurer on assassine davantage, — comme dans la Nouvelle Grafles. — Le Morbihan et la Yendée, suivant Joly, sont les départements les plus moraux {France criminelle, pag. 353) et cependant les salaires uV ont pus beaucoup augmenté, pendant que les choses les plus nécessaires â la vie ont doublé de prix; mais on y abuse moins des boissons alcooliques: dans les Bouches du EhOne, au contraire, les salaires se sont accrus du 30 ^1^ et le denrées du 15 o/^, dans l'Héraalt du GO °/q et beaucoup moins les denrées; et cependant ces départements comptent parmi les plus immoraux, parce que justement on y fait un plus grand abus des boissons alcoohques.
Un fait certain, toutefois, c'est que les disettes sont rares et vont sans cesse eu diminuant, pendant que les vols sont constants et vont toujours en augmentant (Joly, La France criminelle^ pag. 358).
D'après cela, on comprend pourquoi la proportion des délits dus à la privation de nourriture, à la vraie misère, soit plus restreinte qu'on ne le croit généralement: dans les statistiques de Guerry les vols de comestibles entrent pour ^/^qq à peine sur le total des vols ; et encore dans cette proportion la faim y entre-t-elle pour moins que la gounnandise. Sur 43 catégories d'objets volés à Londres, le 13® rang revient aux vols de saucisses, volaille, gibier, le 30° à celui du sucre, viande, vin, et seulement le 43° à celui du pain.
Joly observe que dans la statistique française de 1860 à
100 CHAPITRE YI
1890, pendant que les vols d'argent, de billets de banque, etc., étaient les plus nombreux, ^^%o, ceux de farine, d'avoine ou d'animaux domestiques ne dépassaient pas le •^•^oo • Et Macé écrivait ( Un joli monde) : « Il est rare que la faim conduise au vol; le jeune homme vole des couteaux et des cigares, et parmi les comestibles, l'adulte vole des liqueurs et la femme des bonbons et du chocolat » .
On peut en dire autant des prostituées : si la faim, dit Locatelli, et l'abandon suffisaient pour pousser une jeune fille à la prostitution, il faudrait décréter des prix Montyon aux milUers d'honnêtes filles du peuple qui, malgré les plus dures privations et les séductions de toute nature, s'abstiennent de faire marché d'elles-mêmes, pour rester pures et honnêtes.
Il n' est pas impossible qu'avec le temps on ne parvienne à démontrer ^influence de quelque aliment spécial capable de favoriser certains crimes: on sait combien l'ahmentation végétale tend à rendre doux et dociles ceux qui en font usage, pendant que l'ahmentation aniiuale Jes rend cruels et violents: c'est sans doute à cela qu'est due la patience du paysan lombard à supporter les mauvais traitements de ses maîtres et la violence avec laquelle les venge le romagnol, si adonné à la viande de porc.
2. — Révoltes. — L'action de la faim sur les révoltes a été également très exagérée ainsi que je l'ai démontré dans le Crime apolitique.
Dans l'œuvre précieuse de Faraglia [Storia dei prezxi in Napoli^ 1878, Napoli), qui nous donne presque pour la durée de neuf siècles, année par année, le prix des vivres, nous trouvons 46 grandes famines dans les années: 1182, 1192, 1257, 1269, 1342, 1496-97, 1505, 1508, 1534, 1551, 1558, 1562-63, 1565, 1570, 1580, 1586-87, 1591-92, 1595, 1597, 1603, 1621-22, 1623-25, 1646, 1672, 1694-97, 1759-60, 1763, 1790-91, 1802, 1810, 1815-16, 1820-21.
Or, ces 46 années de famine ne coïncident avec les révoltes que six fois, soit en 1508, 1580, 1587, 1595, 1621-22,
1820-21; dans la célèbre révolte de Masaniello (1647), beaucoup d'autres causes s'associèrent à la question économique, telles que la folie de Masauiello (1), la chaude saison et les cruels traitements des Espagnols, car si en 1846 il y eut disette, en 1647 il y avait abondance, si non de grain, du moins de fruits, de viande, de lard et de fromage (op. cit.^ pag. 155). Du reste il n'y eut pas de révolte pendant la terrible famine de 1182, qui dura 5 ans, et dans laquelle le hommes avaient peine à se nouiTir d'herbes sauvages ; il n'y en eut pas non plus en 1496-97, alors que la famine provoqua une si terrible épidémie, que les citadins devaient fuir dans les campagnes; ni pendant celle de 1565, où la misère fut si grande que les feuilles de chou pourries se vendaient comme si elles avaient été fraîches et saines; ni en 1570, lorsque « les pauvres quittaient les provinces, se dirigeant vers Naples en troupes, affamés, dépenaillés, malades, espérant sauver leur vie par la fuite et remplissant misérablement les rues »; enfin, il n'y eut pas de révolte pendant la famine de 1586. Il est ici opportun de rappeler que si en France il y eut en 1827, 1832, 1847 des révoltes parallèles à des crises économiques et à des disettes, il y eut aussi une température estivale très élevée, et que pendant celles de 1834, 64 et 65 nous n'y trouvons clairement démontrée aucune influence soit économique soit météorique.
A Strasbourg, dans les années 1451-1500 à 1601-1625, le prix du bœuf s'éleva de 134 %, celui du porc de 92 7oi ^^ durant de nombreuses années les salaires des ouvriers s'abaissèrent du 10 "/oi 6t cependant, il n'y eut aucune révolte (Martini, Prenssischer Jahrb.^ 1895, nov.).
En 1670, durant l'extrême famine de Madrid, les ouvriers s'organisèrent en bandes,^saccageant les maisons des riches, en tuant les propriétaires, et il ne se passait pas de jour que quelqu'un fut tue pour avoir du pain; il n'y eut cependant pas de véritable révolte (Buckle, IV).
(1) V. Tre Tribuni stucliati da un alienista, di C. LoMr.ROSO (Bocca, 1887, pag. 157, 158, 159).
102 chapitrl: vi
Dans l'Inde les conséquences de terribles famines ont pu être suivies pas à pas. Celle de 1865-66 fit perdre à Orizza le 25 7o5 'i' P^ii"i le 35 "/o de la population, et cependant dans ces années là il n'y eut pas d'insurrection.
Les famines les plus célèbres de ces cent dernières années, du moins à Nelhore, une des provinces les plus frappées parla rareté des pluies et par l'excessive densité de la population, eurent lieu dans les années suivantes : 1769-70, 1780, 1784, 1790-92, 1802, 1806-7, 1812, 1824, 1829, 1830, 1833, 1836-38, 1866, 1876-78 (RumKR.Imp. Gazette oflndia.lSSl).
Dans la famine de 1869-70 un tiers de la population périt; en 1877-78 on calcula que outre la moyenne normale plus de 5 millions d'habitants sur 197 moururent par la famine (The Indian Empire^ Huntek, 1882). Et pourtant ces famines ne donnèrent lieu à aucune sédition.
La grande insurrection indienne de 1857-58 fut due (Huxïee, op. cit.) on grande partie à la répugnance des innovations (télégraphe, vapeur, etc.) introduites par la civilisation, aux conjurations des princes détrônés , et suivant Hunter, à la croyance qu' avaient les Cipays du Bengal qu' on voulait graisser les cartouches avec de la graisse de porc (Kayl:, History of tke Sepoi., 1865). Ici donc la faim prolongée fut moins puissante que la superstition.
Les autres révolutions indiennes qui nous sont connues n'eurent pas de rapport avec la cherté des vivres; et pas davantage l'insurrection de Bohilla, 1751, celle de la secte des Sikh dans le Ponjab, 1710, des Cipay en 1764; les petites insurrections sémi-dynastiques chez les Synt, 1843, celles des Sikh en 1848.
Et, chose remarquable, la province d'Orizza, la plus éprouvée par les famines, fut celle qui donna le moins de révoltes.
Tout cela s'explique par le fait, déjà démontré par les études sur Taction des climats tropicaux et polaires, que l'homme, dans la prostration de ses forces, n'a plus assez d'énergie pour réagir; si bien que l'excès de l'infortune humaine, au point de vue des révolutions, a presque une in-
ilaence plus favorable que le maximum du bonheur. Cela est en parfaite concordance avec ce que l'on observe dans la statistique criminelle, à savoir que pendant les famines et les grands froids, diminuent en général tous les crimes contre les personnes, spécialement les viols et les assassinats (1).
(1) Voyez LoMBROSO, Orime politique et criminalité (Alcan, Paris, 1S95). — le, Pensiero e meteorc, «. Bibliot. intern. », Milano, 1875.
Chapitee vil Alcoolisme.
Comme nous l'avons vu dans le chapitre précédent^ l'influence de l'alimentation ne peut se séparer de celle de l'alcool; même cette dernière est si puissante dans l'étiologie criminelle, qu'elle l'absorbe presque complètement.
1. — Effet pernicieux de l'alcool. — C'est un fait connu que l'alcool, loin de rendre plus tolèrable les températures rigoureuses, augmente les dangers des grands froids comme ceux des grandes chaleurs, si bien que l'on vit dans les régions polaires, et dans les Indes, des soldats et des matelots aggraver leur état en faisant usage de boissons alcooliques, croyant ainsi acquérir plus de résistance aux fatigues; et c'est sans doute pour cette raison que dans la campagne de Eussie les latins, plus sobres, souffrirent moins que les septentrionaux. On constata dans les épidémies cholériques que les i^Tognes et même les simples buveurs étaient frappés en plus grand nombre que les abstèmes (1) ; les avortements sont aussi plus fréquents parmi les buveuses : et pour cela les familles des buveurs offrent une fécondité de deux à quatre fois moindre que les couples tempérants et sobres (2). Cette fatale liqueur peut donc stimuler les passions charnelles jusqu'à la violence, jusqu'au crime, mais sans pour cela augmenter la fécondité (2).
L'alcool est une des causes principales des réformes pour faiblesse ou gracilité, dans les troupes de la Suède ; on les vit s'élever jusqu'à 32 % en 1867 et descendre à 28 o/^ en 1868, après la promulgation des lois sur l'alcool. — Dans les dé-
(1) Chez les abstinents, le Choléra donna una mortalité de 19,9 "/q; chez les buveurs de 91 "/q.
(2) Les mariages des buveurs donnèrent en moyenne, 1,3 fils; ceux des abstèmes, 4,1 enfants (A. Baer, Der Alkoholismus, Berlin, 1878).
PREMIEEE PAETIE 105
partements français où, grâce à ]a rareté du vin, on abuse le plus des spiritueux, comme dans le Finistère, l'exemption des conscrits, de 72, s'éleva à 155 (Luniek).
L'alcool influe sur la taille. Les grands Woljak, après avoir abusé de l'eau-de-vie, diminuèrent de taille jusqu'à descendre au dessous de la moyenne. Et nous avons vu les belles femmes de la vallée de Yiù perdre de leur beauté et de leur stature après qu'elles se furent a données à l'eau-de-vie.
On ne doit donc pas s'étonner après cela de son influence sur la diminution de la vie moyenne, si bien qu'au lieu d'êti-e l'eau de vie, elle pourrait bien se nommer l'eau de la mort. Les calculs de Xeison démontrent que la mortalité des buveui's est au moins de 3,25 supérieure à celle des abstèmes (1).
2. — Paupérisme. — Tout cela nous prépare à comprendre comment un des effets les plus évidents et les plus fatals de l'alcoolisme est le paupérisme ; c'est ainsi que d'un père alcoolique naît une descendance aveugle, paralytique, boiteuse, impuissante ; même riche, elle finit nécessairement par devenir pauvre et, si elle est pauvre, se trouve dans l'impossibilité de travailler.
11 est vrai qu' avec l'accroissement des salaires le nombre des ivrognes augmente démesurément et par suite aussi leurs méfaits; lorsque dans le Lancashire les salaires des mineurs montèrent de 5 à 8 et 11 francs, la mortalité causée par r ivi-esse s'éleva de 495 à 1304 et 2605, et les crimes de 1335 à 3878 et 4402. — Mais c'est encore pire quand baissent les salaires. On boit alors de l'alcool pour suppléer à l'insuffisance de vêtements et de nourriture, pour étanclier sa
(1) Un homme de 20 ans adonné à la boisson, a la vie moyenne probable de 15 ans, et l'abstème de 44.
Les buveurs de bière ont une vie moyenne de 21,7 Ceux d'alcool » » » 16,7
Ceux d'alcool et de bière » » » 16,1
Sur 97 enfants nés de parents alcooliques 14 seulement étaient sains (Baeb, 0]). cit.).
106 CHAWTKE VJI
soif et supporter mieux hi faim et le froid; et l'alcool à sou tom' rend toujours plus impuissant et plus pauvre celui qui en fait usage et le retient toujours plus étroitement enchaîné sous son fatal empire. Aussi l'on peut dire que l'alcoolisme est un produit tantôt de la surabondance et tantôt de l' insuffisance de la richesse ; c' est ce que 1' on put constater de 1850 à 1800 à Aquisgrana, où Talcoolisme augmenta lorsque les salaires s'élevèrent au dessus de 1,25, mais plus encore après 1874, lorsque la crise américaine y fit fermer 80 fabriques et diminuer les salaires d'un tiers; les familles pauvres de 1864 qu'elles étaient avant, s'élevèrent à 2.255 et les cabarets de 183 à 305 ; de 37, les prostituées montèrent à 101, et les mariages de 785 descendirent à 630 ; on constata également une recrudescence de vols et d' incendies (Thux, Die Inclust. in Nieder Rein^ 1890). Durant les disettes de 1860 et 1861 à Londres, on nota que pas un des 7,900 membres de la société de tempérance n'avait demandé un secours (1). Huisch observa que pour chaque 100 livres sterling d'aumônes, 30 passaient en eau-de-vie; et Bertrand et Lee remarquèrent que les communes les plus déchues étaient celles où s'était accru démesurément 1' usage de l'alcool et où le nombre des cabarets avait augmenté. La haute Silesie est une preuve frappante de l'influence pernicieuse de l' alcoolisme ; la misère y était si grande que les habitants y mouraient de faim, et l'ivrognerie y sévissait si rigoureusement que l'on voyait arriver en chancelant les nouveaux époux devant l'autel, et les parents des nouveaux-nés au baptême. Un prédicateur delà Silesie écrivait: « Où règne l'intempérance la misère et le crime suivent le corps comme l'ombre » (Baee, op. cit.).
On avait déjà noté que l'ivresse était une des causes les plus fréquentes de division et de divorce entre époux en Allemagne : elle y sévit pour le moins dans les proportions de
(1) De 1823 à 1826, les hospices do Philadelphie recueillirent do 4 à 5000 pauvres par an, réduits à la misère par l'ivrognerie. Sur 3000 indigents du Massachussett 2900 environ se trouvaient dans la même condition (Baer, op. cit.., p. 582).
PREMIERE TAKTIE 107
2 à 6 7oi 6t Ton sait, cFautre part, que les enfants nés de parents divorcés et de second lit fournissent un fort contingent au crime et à la prostitution.
3. — Alcoolisme et crime. Statistique. — D'après cela, on voit facilement le lien étroit qui unit l'alcoolisme et le crime, tant au point de vue social qu' au point de vue pathologique : nous en trouvons une première preuve dans ces statistiques qui nous montrent un continuel accroissement des crimes dans les pays civilisés, accroissement que l'augmentation de la population ne pourrait justifier que dans la proportion de 13 à 16 % et qui, dans un autre sens, ne s'explique que trop bien par l'abus excessif des boissons alcooliques, dont la consommation s'élève justement en proportions analogues à celle des crimes.
On en trouve une autre preuve éclatante dans l'étude de Ferri (1) sur la criminalité en France, qui met en relief le parfait parallélisme du crime avec la consommation du vin et de l'alcool, du moins dans les époques de grandes augmentations de ces récoltes (1850-58-65-69-75), et dans celles de grandes décroissances (1851-53-54-66-67-73), sauf en 1870, année exceptionnelle de guerre, dans laquelle se taisent les actes judiciaires non militaires, et sauf encore de partielles discordances en 1876, que je ne puis expliquer, n'ayant pas sous les yeux les statistiques successives, et en 1860-61, où, par l'effet de la récolte vinicole, le parallélisme semble seulement déplacé d'un an. Ce parallélisme est d'autant plus curieux et singulier que plusieurs auteurs prétendaient attribuer cette influence fatale seulement à 1' alcool et non au vin, si bien que, comme nous le verrons, on proposa de faciliter la diffusion du vin dans les pays plus enclins au crime. Or, d'après ces statistiques, on voit que le rapport de l'alcool consommé avec les homicides et les blessures n'est pas aussi évident que celui du vin, excepté dans les années 1855 à 1868 et 1873
(1) LoMBROSo: Homme Criminel, 1895. Atlas. Planche XXYIII.
à 1876. Et cela se comprend très bien, car les rixes naissent plus facilement dans les cabarets que chez les marchands d'eau-de-vie, où le séjour est trop court pour donner lieu à des querelles. — Une autre preuve de ce fait se trouve dans l'observation du jour et du mois, où se réitèrent le plus souvent les crimes et qui sont justement ceux où l'on abuse le plus du vin. Ainsi Schroeter [Jahrb. des Westph. Oefangnissen^ 1871) nous apprend qu'en Allemagne, sur 2.178 crimes, le 58 *^/q avait heu le samedi soir, le dimanche 3 "/o, et le lundi 1 7o5 clans ces jours prédominaient dans la proportion de 82 7o -les crimes contre les bonnes mœurs, les rébellions et les incendies, et dans celle du 50 % les délits de dextérité.
En Italie, la seule année 1870, où l'on en tint compte, ou observa le même fait (1).
(1) Daus les statistiques officielles 1870, en 1 jour férié sur 5 non fériés, on aurait cette crimes commis clans les jours fériés :
Eébellious, résistance à la force publique
Viols avec violence .
Parricides, uxoricides, infanticides
Homicides volontaires
Homicides en rixe
Jeux en rixe ....
Blessures su.ivies de mort .
Coui^s et blessures volontaires .
Menaces et vagabondage .
Vols sur les grands chemins
Vols
Exposition et supposition d'enfant Eecel et achat d'objets volés Soustraction de dépôts publics .
Escroqueries et appropriations indues Faux divers ....
Calomnies et fausses dénonciations Vols sur les grands chemins avec homicide Banqueroutes ......
Tous les crimes de violences et contre les personnes, en conséquence, prédominent daus les jours fériés sur ceux prémédités et de dextérité.
calculant
en moyenne
oroportion
pour °lo de
.\ssises
Tribunaux
ordinaires
TREMIERE PARTIE 109
Et, chose curieuse, Ferri trouva que, en France, tandis que les crimes en général contre les personnes de 1827 à 1869 décrurent rapidement après le mois d'août jusqu'au mois de décembre, les blessures et les coups gTa\'es, au contraire, offrirent une recrudescence bien marquée en novembre, époque de la confection du vin nouveau ; Et l'on remarquera qu' il s'agit seulement de blessures graves jugées devant les Assises et non de blessures qui sont du ressort des Tribunaux ordinaires et qui résultent le plus souvent de rixes de cabarets.
Dixon a trouvé un seul pays en Amérique qui, depuis des années, soit exempt de crimes ; c'est Saint-Johnsbury, malgré sa très nombreuse population d'oumers ; mais ce pays a adopté pour loi la prohibition absolue des substances fermentées, bière, vin, lesquelles sont fournies, comme les poisons, par le pharmacien, sur la demande, par écrit, du consommateur et avec le consentement du maire, qui inscrit le nom du contrevenant sur un tableau pubhc.
En Belgique on a calculé que 1' alcoolisme provoquait le crime dans le rapport de 25 à 27 %.
A New-York, sur 49.423 accusés, 30.509 étaient ivrognes de profession. En 1890, aux États-Unis, sur 100 détenus, 20 étaient voués à l' ivrognerie, 60 buvaient modérément, 20 étaient abstèmes (Bosco, L'oinicidio negli Stati Uniti d' America, 1897).
En Hollande, on attribue à 1' abus du vin Ys ^©s causes de crimes et précisément '^/g des rixes et des contraventions, ^/^ des attentats contre les personnes, 7/. des attentats contre la propriété (Bertrand, Essai sur l'intempérance, Paris, 1871);
Les trois quarts des crimes en Suède sont attribués à l'alcoolisme; les assassinats et autres crimes avec effusion de sang, sont dus spécialement à l'abus de l'alcool, pendant que les vols et les escroqueries proviennent de l'hérédité de parents alcooliques.
En Angleterre, 10.000 sur 29.752 condamnés par les Assises et 50.000 sur 90.903 condamnés sommairement avaient été
entraînés aux crimes par la fréquentation des cabarets (Baee, op. cit.., pag. 343).
En France, Guillemin évalue à 50 '^/q les criminels par suite de l'abus de l'alcool et Baer en Allemagne à 41 7o-
La plus forte proportion d'ivrognes est fournie par les départements où, grâce à la faible production du vin, on consomme une plus grande quantité d'alcools artificiels. Le 73 7() des criminels observés par Marro, abusaient des boissons alcooliques, 10 % seulement parmi eux étaient normaux.
Dans ma Centurie Criminelle Rossi trouva que l'ivrognerie s'élevait à 81 "^/q, dont le 23 ^/q s'enivraient dès l'enfance; il y a seulement une différence de 10 % ^^^^ ^^ fréquence de l'ivrognerie chez les jeunes gens et chez les adultes ; sur 100 criminels au-dessous de 20 ans, 64 ^/^ étaient déjà adonnés à la boisson : d'où l'on voit que ce vice est très précoce.
4. — Action. — Et cela est naturel, parce que toutes les substances qui ont la vertu d'exciter le cerveau d'une manière anormale, poussent plus facilement au crime et au suicide, ainsi qu'à la folie, avec laquelle ils se confondent souvent d'une manière inextricable.
On a observé cette tendance jusque chez les Medgjidubs et chez les Aïssaonas, lesquels, n'ayant pas de narcotiques, se procurent l'ivresse par un mouvement oscillatoire prolongé de la tête. Ce sont des hommes, dit Berbrugger {Algérie.^ 1860), dangereux, féroces et enchns au vol. Les fumeurs d'opium, eux aussi, sont souvent pris de fureur homicide ; sous l'action du haschisch, Moreau se sentit poussé au vol.
Les effets du vin sont encore plus pernicieux; et pires encore que le vin, l'alcool, qu'on peut dire un vin concentré quant à l'activité nocive, et ces liqueurs d'absinthe, de vermouth, qui, outre l'alcool pur, contiennent des drogues qui intoxiquent les centres nerveux (1).
Neumann en 1876 démontra comment l'alcool agit on altérant l'émoglobine et en diminuant de V4 ^^^^ ^^s globules
(1) Revue Scientifique, 1897.
l'RKMIERE PARTIE 111
la capacité pour roxygène, en provoquant un afflux actif clans le membranes et dans l'écorce cérébrale; d'oii, dilatation des vaisseaux, paralysie des fibres musculaires des parois des vaisseaux et œdème ; et enfin formation de dégénérescences graisseuses des cellules nerveuses irritées.
Krâpelin (1) démontrait que de 30 à 45 grammes d'alcool étilique absolu ralentissaient et paralysaient plus ou moins toutes les fonctions mentales : l'engourdissement — qui ressemble dans ses effets à la fatigue physiologique — va en augmentant à mesure qu'augmente la dose de l'alcool absorbé: ainsi il dure de 40 à 50 minutes pour de petites quantités — de 1 à 2 heures pour des quantités plus fortes : dans les doses minimes, le relâchement paralytique des fonctions mentales est précédé d'une période plus grande d'activité ou d'accélération qui dure au maximum de 20 à 30".
Mais cet observateur a en outre démontré que l'action de ['alcool n'agit pas de même sur toutes les fonctions psychologiques : que si l'on a une accélération passagère dans l'innervation motrice, les fonctions intellectuelles, telles que l'aperception, la conception des idées, leurs associations sont ralenties et presque arrêtées, même par les doses plus petites d'alcool. On peut en dire autant pour ce qui regarde la sensation : il s' ensuit que la période initiale d' excitation produite par les petites doses d'alcool, n'est qu'une espèce de feu d'artifice, dû au concours de plusieurs facteurs ; spécialement de l'augmentation des associations externes des idées (associations de paroles, de sensations, etc.), au préjudice des associations internes — associations plus logiques et plus profondes.
Sous r action de l'alcool, les centres moteurs surexcités donnent à l'ivrogne une force illusoire, le poussent aux actions les plus brutales : l'association des idées s'altère et il répète sans cesse les mêmes banalités triviales les mêmes plaisanteries grossières ; ce que s'explique, aussi, par l'accélération psycomotrice initiale, qui intercepte les inhibitions mentales douloureuses.
(1) Ueber die Beinflussung einfacher psyeMseher Vorgiinge durch einige A7-xeneimiiteln (Jena, Fischer, 1892).
112 CHAPITRE YH
Et l'alcool, après avoir excité et dirigé clans la mauvaise voie sa malheureuse victime par des actes instantanés et automatiques, l'y maintient et l'y fixe pour toujours, lorsque, après en avoir fait un buveur habituel, il en paralyse les sentiments les plus nobles et transforme en morbide Torganisation cérébrale la plus saine. C'est une nouvelle preuve expérimentale de la vérité de l'axiome : que le crime est l'effet d'une condition morbide de notre organisme; et telle est, chez ces malheureux, la sclérose qui atteint le cerveau, la moelle épinière et les ganglions, de même que le rein et le foie, se manifestant chez les uns par la démence, par l'urémie, ou par l'ictère, chez les autres par le crime, selon qu'elle atteint un organe plutôt que l'autre.
Mais le crime en est, mallieuresement, le résultat le plus commun et le plus fréquent : et ici les preuves surabondent : — dernièrement, je rencontrai dans la prison un très singulier voleur, P..., qui se vantait comme tous de l'être et qui ne savait même plus parler que dans le jargon des voleurs; et cependant, ni son éducation, ni la forme de sa tête ne donnaient l'indice de la cause qui l'y poussait; mais j'en fus bientôt instruit, lorsqu'il me raconta que son père et lui étaient ivrognes. « Yoyez, disait-il, dès ma jeunesse je me passionnais pour l'eau-de-vie, et maintenant j'en bois 40 et 80 petits verres; et l'ivresse de l'eau-de-vie me passe en buvant deux ou trois bouteilles du vin » {Archivio di psiùhiatria e scienxe penali^ 1890).
Et non seulement les ivrognes habituels sont immoraux, et engendrent des enfants ahônés ou déliquants ou précocement débauchés {Ann. Méd.-Psyc.^ 18^7), ce que nous allons démontrer par l'histoire de la famille Yuke ; mais l'ivresse aiguë donne lieu à des crimes. Gall raconte qu' un brigand appelé Pétri se sentait poussé à l'homicide, dès qu'il buvait; et cite une femme de Berlin qui était prise de tendances sanguinaires dès qu'elle était ivre.
L'alcool, an somme, est une cause de délits, parce que beaucoup d'hommes en commettent pour s'enivrer, et que d'autres
Planchb V.