PREMIERE PARTIE
Diffusion de V instruction^ ses avantages. — ToutcfoivS, si l'on examine impartialement les chiffres des dernières années, on arrive à un fait consolant qui démontre qne l'instruction n'est pas aussi fatale qu'elle paraît l'être tout d'abord: l'instruction favorise le crime jusqu'à un certain point, passé lequel elle en devient l'antidote.
Là OIT l'instruction a pris une grande diffusion on voit s'accroître la liste des criminels à culture supérieure, mais encore plus celle des illettrés; ce qui signifie que la criminalité diminue dans les classes à culture moyenne. Ainsi, à jS'ew-York, pendant que la population donnait en 1870 le 6,08 % d'illettrés et seulement le 1,83 % en en excluant les immigrants qui fournissent le plus fort contingent aux prisons, les criminels donnaient la proportion de 31 % d'illettrés (1).
Parmi les homicides condamnés récemment dans l'Amérique du jSTord (2), 33 ^/q étaient complètement illettrés, 64 7o savaient lire et écrire, 3 % avaient une instruction supérieare, pendant que chez les normaux l' ignorance est seulement du 10 ^l^.
En Autriche, pendant qne la population jeune et morale de Salzbourg et du Tyrol n'a pas d' illettrés, la population criminelle en a de 16 à 20 '^/',) (Messedaglia),
En France, dans les récentes statistiques de Joly {op. cit.) nous trouvons:
par 100.000 liai). par 100.000 hab.
Dans G départements avec 7 à 10 illettrés = 9 accusés 13 » 10 à 20 ;> = 13
3 » 20 à 50 » ziz 13 à 11 »
Ici le crime augmente avec une instruction moyenne et décroît avec rinstraction supérieure.
(1) Baege, The dang. elass. of New-Yorh, 1871.
(2) De la très belle étudo do Bosco dans L'omicidio negli Stati Uniti, 1897 — Eoma.
En France dans les années :
1827-28 les soldats illett. donnaient le 56 les condamnés illett. 62
Les illettrés des deux catégories diminuèrent donc chaque année, mais bien plus lentement celle des condamnés ; et ajoutons qu'ici les criminels au dessous de 21 ans diminuèrent de 4152 individus à partir de 1828 à 1863 (Legoyt).
Ce fait apparaît encore plus clairement si nous étudions en Europe, d'après les recherches de Lavasseur {Bulletin de la Société de statistique^ 1895), le nombre des écoliers, et avec Bodio {Di alcuni indici misuratori del movimento economico, 1891) les proportions des élèves des écoles privées et publiques par habitants, ainsi que les statistiques des homicides et des vols de Ferri et celles des révolutions dans mon Grime politique : nous trouvons les données suivantes :
Ecoliers
Homicides (1880-2)
Vols
Révolutions
p. 100 hab.
hab.
p. 100.000 hab.
p. 10 millions d'hab
Prusse . . .17,8
Suisse . . .16,1
Angleterre (2) 16,4
Pays-Bas (2) . 14,3
Suèdo (2) . . 13,6
Au triche . .12,5
France . . .14,5
Belgique (2) . 10,9
Espagne . .9,1
Italie ... 7,6
Eussie . . . 2,4
(1) Oettingen, 3* éd. pag. 597.
(2) Des celle-ci il n'y a que les écoles publiques.