‹ Le crime, causes et remèdesChapitre 6 sur 190 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Dans les pays froids, la résistance à la vie Qst plus grande, grâce à l'activité que doit déployer l'homme pour se procurer l'aliment, le vêtement et le combustible; mais, justement pour cela, l'idéalité et l'instabilité y sont moins fréquentes : le froid excessif rend l'imagination paresseuse, las esprits moins iiTitables et moins inconstants ; l'homme devant, en outre, suppléer au défaut de chaleur par une grande quantité de combustible et d'aUments carbonioux, consomme des forces qui se perdent au détriment de la vitaUté individuelle et sociale. De là et de l'action dépressive exercée directement par le froid sur les centres nerveux, provient le grand calme et la douceur de caractère des habitants des régions polaires. Le docteur Kink nous dépeint certaines tribus des Esquimaux si pacifi- ([ues et si calmes qu'elles n'ont même pas dans leur langue des paroles correspondantes à l'idée de querelle: la plus grande réaction aux offenses est chez elles le silence (R. Britannique, 1876). Larrey vit, sous les glaces de la Russie, devenir débiles et môme lâches des soldats que jusque là, ni les périls, ui les blessures, ni la faim n'avaient pu faire faiblir.

Bove raconte que chez les Tschiucki, à 4,0'\ il n'y a jamais ni querelles, ni violences, ni délits.

Preyer, le hardi voyageur polaii-e, nota comment, à 40", sa volonté était paralysée, ses sens obtus et sa parole embarrassée (Petermanns. Mittheiluxg., 1876).

Ceci nous exphque pourquoi, non seulement la despotique Russie, mais encore les Ubérales terres Scandinaves, ont été autrefois si peu révolutionnaires (Voir mon Ch-ime politique et les révolutions^ V^ partie).

2. — Action thermique modérée. — L'action qui au contraire pousse le plus aux rébellions et aux crimes, est celle de la chaleur relativement modérée. C'est un fait que confirment les observations sur la psychologie des peuples méridionaux et qui nous démontrent leurs tendances à l'instabilité, à la prédominance de l'individu sur la Commune et sur l'Etat; sans doute parce que la chaleur excite les centres nerveux à la

manière des alcools, mais sans toutefois arriver au point de provoquer l'inertie, ou bien parce que, sans les anéantir complètement, elle diminue les besoins humains en augmentant la production agricole et en diminuant les exigences de nourriture, de vêtements et de spiritueux. — Dans le jargon de Parme le soleil est appelé le Père des mal vêtus.

Daudet, qui a écrit tout un roman {Nouma Roumestan) pour peindre la grande influence de nos climats méridionaux sur les tendances morales, dit: « Le méridional n'aime pas les liqueurs : il se sent ivre dès la naissance : le soleil, le vent, lui distillent un terrible alcool naturel, dont tous ceux qui naissent là bas sentent les effets. Les uns n'ont que cette petite chaleur qui délie la langue et les gestes, redouble l'audace et fait voir du bleu de partout, fait dire des mensonges ; d'autres arrivent au délire aveugle. Et quel est le méridional qui n'ait pas senti les momentanées prostrations des toxiques, cet abattement de tout l'être qui succède à la colère, aux enthousiasmes ? »

Neri Tanfucio [Napoli a colpo d'occhid) fait remarquer que l'inconstance est un des caractères du peuple méridional. « On dirait des créatures naïves quand tout à coup on s'aperçoit qu'ils sont des fripons achevés ; ainsi ils sont à la fois laborieux et paresseux, sobres et intempérants; en somme leur caractère, dans la plèbe, bien entendu, a des aspects si divers et se transforme si rapidement, qu'il est impossible de le fixer.

« Le climat favorise la perte de la pudeur.

« Ils sont prolifiques ; la pensée de l'avenir des enfants ne les épouvante pas.

« Le lazzarone vole à l'occasion, mais jamais cependant s'il y a un danger à courir ; vantard, il raconte dix et accomplit un. Lorsqu'il cherche querelle, il gesticule et crie pour faire peur à la peur qu'il a, il cherche d'éviter les voies de faits, mais s'il en vient aux mains, il devient féroce.

« Jaloux, il balafre la femme dont il doute; indépendant, il ne peut supporter les hôpitaux ni les refuges.

« Lorsqu'ils ont du travail, ils le font très bien. Ds sentent

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vivement les affections de la famille, se contentent de peu et ne s'enivrent pas.

« Kusés, menteurs et timides, leur existence est une série de petites fraudes, de tromperies et d'acte de mendicité. Pour avoir un sou d'aumône ils sont capables de vous lécher les souliers sans s'en sentir humiliés.

« Leur science est la superstition : passe-t-il un bossu, un aveugle, ils ont une conjuration spéciale. Leurs idées se déroulent toutes dans le cercle de Dieu, diable, sorcières, ieitatura^ Sainte Trinité, honneur, couteau, vol, ornements et... camorre.

« La plèbe a peur de cette dernière, mais elle la respecte, car elle sait que ces despotes la protègent contre d'autres despotes. C'est l'unique autorité de laquelle elle peut espérer quelque chose qui ressemble à de la justice... ».

3. — Crimes et saisons. — D'après cela il est facile de comprendre combien la chalevu- influe sur beaucoup de crimes. Suivant la statistique 'de Gueriy, il ressort qu'en Angleterre et en France les crimes de viols et d'assassinats l'emportent dans les mois chauds ; et Curcio fait les mêmes observations parmi nous.

en tout

Anslelerre

France

Italie

Sur 100 viols en (1834-56)

Janvier 5,25

Février

Mars .

Avril .

Mai .

Juin .

Juillet

Août .

Septembr

Octobre

Novembre

Décembre

Suivant Gueny en AngleteiTe et Curcio en Italie, le maximum des assassinats s'observe dans les mois plus chauds ; ils s'élevèrent :

en Juillet

» Juin .

» Août .

» Mai .

» Février

» Mars .

» Décembr

» Janvier

Italie

Angleterre

Crimes

contre les personnes (1869)

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