‹ Le crime, causes et remèdesChapitre 72 sur 190 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

de mon expérience, j'ai pu me convaincre que les publicistes sont tous plus ou moins tombés dans la même erreui', en alléguant comme cause principale de la prostitution l'abandon et la misère dans lesquels sont plongées beaucoup de jeunes filles du prolétariat.

« La prostitution, à mon avis, dérive surtout des tendances vicieuses naturelles de quelques individualités du sexe féminin, comme la tendance au vol, etc. : le défaut d'éducation, l'abandon, la misère, les mauvais exemples peuvent être considérés tout au plus comme causes secondaires, de même que les soins de la famille et l'instruction peuvent servir de freins salutaires aux mauvaises tendances.

« La tendance à la prostitution provient du manque instinctif du sentiment de la pudem", qui bien souvent se manifeste en même temps que l' absence de toute sensibilité sexuelle ; car, beaucoup de ces malheureuses sont d'un tempérament apathique.

« Ce sont des automates qui ne se préoccupent de rien, et s'émeuvent encore moins : dans leurs fugaces et multiples rapports elles ne démontrent aucune préférence. Si en suite elles accordent leurs faveurs à un amant, elles ne le font pas par sympathie mais par pure ostentation et pour suivre l'usage de leurs pareilles, se montrant aussi indifférentes aux hommages qu'aux marques du plus brutal mépris » .

Cette apathie, il est \T.'ai, est de temps en temps interrompue par de violents et fugitifs accès de passion (1), mais là aussi, que de ressemblance avec le délinquant dont l'apathie, l'insensibilité, les violentes et fugitives passions, la paresse sont les caractères dominants (v. Homme criminelle^ Vol. I). Mais, même en s'en tenant rigoareusement à la loi et aux statistiques officielles, il n'en est pas moins vrai qu'une partie des prostituées doit être enrégimentée parmi les délinquants.

Guerry observa qu' à Londres les prostituées foui-nissent

(1) Voyez LoMTîROSO et Feerero, Femme criminelle et prosf/itiiée, Turin, 1894.

jusqu'à 30 ans un contingent de 80 ^/^ de criminelles et du 7 ^Iq au dessus de cet âge. C'est ainsi que la délinquance comme la prostitution va en augmentant chez la femme à mesure que grandit la civilisation: ou elle tend par suite à s'équilibrer avec celle de l'homme. — Les criminelles de Londres fournissaient en 1834 18,8 7^ sur 100 mâles, en 1853 25,7 %; et tandis qu' en Espagne elles descendaient à 11 *^/q, en France elles montaient à 20 7o'' ®^ Prusse à 22 °/q et eu Angleterre à 23 7o-

Dans toute l'Autriche, tandis que le total de la criminalité des femmes est de 14 '^Jq, elle est de 25 % dans la seule capitale, et dans la Silesie de 26.

Mais, en dehors de ces faits, beaucoup d'autres graves arguments nous font soupçonner la criminalité de la femme bien plus graude qu' elle n'apparaît dans les statistiques. Et en effet, les crimes auxquels elle s'adonne le plus souvent, comme le recel, l'avortement, l'empoisonnement, le vol domestique^ sont parmi ceux qui se dénoncent ou se laissent moins aisément découvrir. Que l'on y ajoute ce fait très connu de l'opiniâtreté et de l'intensité qu'elle apporte dans le crime. Nous avons déjà vu que la perversité, lorsqu'elle existe chez la femme, se manifeste toujours avec plus d'intensité que chez l'homme et qu'en Amérique les jeunes filles se sont montrées plus incorrigibles que les garçons.

Quoi qu'il en soit, le fait de la moindre criminalité de la femme (si la prostitution était un équivalent, elle serait de toutes manières comparable à la moindre criminalité) s'accorde avec le moindre nombre des signes de dégénérescence chez les femmes criminelles.

Civilisation. — Si nous considérons l'influence de la civilisation sur chaque délit en particuher, nous ^ oyons, que dans l'un comme dans l'autre sexe, mais bien plus cependant dans le sexe féminin, les assassinats, blessures, vols sur les grands chemins, empoisonnements, c'est à dire les crimes les plus graves, procèdent, en Itahe, avec une ascension régulière

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