DEUXIÈME PARTIE
on en comptait 167 en 1830-34; 972 en 1835-39; 1395 en 1851-55.
En Prusse, suivant Oettingen, les délits d'immoralité ont augmenté, de 1855 à 1869, dans la proportion de 225 à 925, et les crimes du même genre dans celle de 1477 à 2945.
La civilisation moderne exerce une influence encore plus directe : en répandant l'insti'uctiou elle augmente l'érétisme du système nerveux, qui à son tour réclame des stimulations et des plaisirs toujours plus nouveaux et plus aigus ; car, semble-t-il, plus l'homme s'élève dans l'activité psychique, plus s'accroît le nombre de ses besoins et son goût pour les plaisirs, surtout quand son esprit n'est pas occupé par de grands idéaux scientifiques, humanitaires etc., et que la richesse lui permet une nutrition trop succulente.
De tous ces besoins, celui qui se fait le plus vivement sentir est certainement le besoin sexuel qui dans tout le monde animal se trouve en étroite connexion et dépendance du système cérébral et en un rapport, tantôt d'antagonisme (grande fécondité des poissons et des insectes moins intelligents etc., rare chez les animax supérieurs, stérilité des fourmies, des abeilles ou\Tières et aussi des grands hommes), tantôt de parallélisme, comme le prouve la plus grande géniaUté dans la vh'ilité et chez les hommes chastes dans l'exubérance de la santé, de la vie et de l'intelligence; ce fait est aussi prouvé par la statistique : c'est ainsi qu'en France en 1874, les professionnistes qui forment le 5,0 de la population fournirent 6,7 de criminels contre les personnes, 9,2 de viols suides enfants, le maximum après les ouvriers, et 3,4 sur les adultes.
Cette insatiabilité des plaisirs, chez les j)ersonnes les plus civilisées, jointe aux occasions bien plus fréquentes, nous explique pourquoi la criminalité sur les enfants va en augmentant en raison inverse de la criminalité sur les adultes ; et elle explique, avec l'absence du divorce et l'observation du plus grand nombre de mariages entre vieillards, ce fait en apparence si étrange par lequel ce délit à l'inverse des autres, prédominerait
parmi les gens mariés, précisément comme nous voyons prédominer les empoisonnements pour cause d'amour.
En France, dans les viols sur les enfants, les célibataires en fournissent 41,5 les mariés 45,9; tandis que dans les autres délits contre les personnes les célibataires donnent 48,1 et les mariés 40,4 et dans les viols sur les adultes 61 ; et cela justement parce que les plaisirs sont plus raffinés dans le célibat et se différencient davantage de ceux du mariage.
Ajoutons enfin, que grâce à un développement continu de la prévoyance (1), les peuples les plus intelligents, cherchent toujours d'engendrer le moins d'eufants possible et penchent par suite vers la pédérastie. C'est ainsi que je vis parmi les montagnards les plus intelligents, à Ceresole, par ex., les mariages retardés justement jusqu'à 40 ans pour avoir moins d'enfants, tandis que dans les montagnes où abondent le plus les crétins, dans la Vallée d'Aoste, les mariages donnent, par ex., à Donnaz 6,5 enfants; à Châtillon, 5,1, presque le double de la moyenne [Inchiesta agraria, YllI, p. 160).
Ce n'est donc pas une hypothèse trop hasardée que de dire que l'on traite le mariage comme une affaire dans laquelle le choix est fait h l'inverse des lois d'élection naturelle, préférant la richesse et la puissance à la beauté et à la santé : il devient ensuite haïssable par son indissolubilité et pousse non seulement à déserter le lit nuptial, mais encore à la haine et au dégoût du sexe entier et par suite à la recherche d'amours contre nature, qui ne se multiplieraient certainement pas autant, si les besoins sexuels se pouvaient satisfaire hbrement avec une personne aimée du sexe féminin. La civilisation, à son tour, influe matériellement sur les viols des impubères, en ce qu'elle multipHe les ateliers, les mines, les écoles, les collèges ; et fournit, ainsi, des occasions aux plus grands contacts entre les adultes souvent célibataires et les jeunes parmi lesquels il suffit qu'un seul soit immoral pour en corrompre des centaines.
(1) Ferri, Socialismo e criminalità, 1883.