‹ Le crime de Maltaverne [microforme]Chapitre 17 sur 34 · LES MÊMES, ROBERT · texte numérisé non relu

LES MÊMES, ROBERT

Robert entre, botté, éperonné, son fouet à la main. Il est agité, fiévreux, et se dirige vers la table du major.

LE MAJOR (/apercevant).—Ah! voici notre ami ! (Sa/utations.)

ROBERT—Bonjour, major. (4 Zomlinson.) Capitaine...

TOMLINSON (/xi tendant la main). —Ah! monsieur Robert, quel retard! Savez-vous que vous nous auriez causé une inquiétude mortelle, si nous n'avions été dans un pays aussi sûr ?

ROBERT. - Oh! capitaine, sait-on jamais, dans Inde, si l'instant qui va suivre ressemblera à la minute écoulée |

TomLiNson. C'est une plaisanterie ; vous voulez nous effrayer.

ROBERT. - Hélas! capitaine, rien n’est plus sérieux! (Appelant.) Bob. Je n'ai pas déjeuné, servez-moi là. (27 indique la table où est le mayor.)

Le Major.—Vons avez l'air bien soucieux...

Est-ce que, vraiment, il y aurait quelque chose?

RoBErT.—Hum! jusqu'ici, rien de grave ; J'ai parcouru le domaine ; les natifs travaillent ou font

semblant de travailler... Mais j'ai surpris des regards... j'ai entendu des mots! Il ya quelque chose... Quoi? Je ne sais. Mais je pressens un orage. (Bob apporte un plateau.) TOMLINSON.—Un orage ?... Vous m’effrayez!

LE Major.—Un orage? Ah! ah! voilà qui nous reposerait de ce ciel toujours bleu.

ToMLINSON.—Cependant tout est calme, tout est tranquille. On entend chanter les travailleurs. On rit... Tout ce peuple est gai, charmant.

ROBERT.—Ah ! capitaine, vous ne connaissez ni l'Inde ni les Indous! Vous ignorez qu’il y a dans ces solitudes des tribunaux secrets dont les membres sont inconnus les uns aux autres, qui siègent on ne sait où... au fond d’une caverne, sous les arceaux d’une forêt! Ces juges portent des sentences sans appel. ils ont des bourreaux partout... Un signe !... Une fleur de lotus qu'on apporte. t'est assez. Le condamné subit sa peine, le lacet ou le poison ! J'ai vu étrangler un colonel anglais, à la tête de son régiment.

Le Major (furibond).—Te proteste, c'était un Ecossais ! Un Anglais ne se laisse pas étrangler. TOMLINSON.—Mais enfin, que craignez-vous ?

ROBERT.—Rien de précis, rien d’immédiat F mais j'ai des voisins dangereux, jaloux. Le rajah

de Sambelpour, dont les terres bordent les miennes, ce prince orgueilleux.…

TOMLINSON.—Le rajah de S vage P

ROBERT.—Sauvage ! Ah! ne prononcez jamais ce mot en Parlant des prinees de ce pays... Rao- Sangor, dépossédé de ses Etats, a cent mille sujets prêts à se faire massacrer jusqu’au dernier, sur un Signe de sa main. Ila deux mille esclaves, un million de revenu... Assez d’or et de pierreries

ambelpour ? Ce sau-

lariques

die

dans ses caves pour acheter les consciences de tout un parlement... un sauvage! Celui-là a fait ses études à Londres... Idolâtre, ou1!... le matérialisme lui est commode et sert ses passions. Mais il sait la chimie et a lu Machiavel... Ces sauvageslà se sont appelés autrefois Attila et Tamerlan !

LE MAJOR (@strait). -- Attila et Tamerlan n'étaient pas des sujets anglais.

TOMLINSON (continuant).—-Et le rajah de Sambelpour est tributaire de Sa Gracieuse Majesté.

RoBERT.--Mais je ne vois pas Charles ? où estil ? |

ToMLINsSON.—Le lieutenant et votre fils sont allés à votre rencontre ; leur intention était de monter jusqu’au sémaphore, pour savoir si on a sign.lé le navire qui doit nous amener M. de Champlaurent.

ROBERT (se mettant à l'écart). —Champlaurent !.. Oh ! ce nom 1... Champlaurent !.… J'avais mis entre lui et moi tout un monde, l’immensité des mers !.. Quinze ans de luttes, quinze ans de fièvres !.. Je suis riche, presque heureux, et ce nom prononcé tout à coup résonne à mon oreille comme un tocsin d'alarme et me jette dans un abîme d’épouvante et d’angoisses ! Ce Patrice ! quel est-il aujourd’hui ? Quel visage vais-je lui voir? Il était tout enfant, lorsque... Mais de quelle argile sommes-nous donc pétris? On marche dans la vie sans connaître d'autre loi que sa force et sa volonté. Insouciant des obstacles, on regarde à sa hauteur sans prendre garde que l'enfant qui vous observe et vous éple, grandit. Et, un jour, il faut affronter le regard

d’un homme !

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