‹ Le crime du 4 septembreChapitre 1 sur 3 · CUIQUE SUUM · texte numérisé non relu

CUIQUE SUUM

« Vous VOUS êtes chargés d'une immense responsabilité. »

(Parole* de M. Thters ii MM. Jales Favre et Jules Simon, dans la séance de nuit du 4 septembre 1870.1

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LIBRAIRIE UNIVERSELLE DE J. ROZEZ Rue de la Madeleine, 87.

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Le Voilà donc, mon cher ami, ce dénoûment si pompeusement annoncé du terrible drame !

« Paris, — disaient les hommes dé septembre, — s'ensevelira plutôt sous ses ruines que de se rendre. » — « Il vaut mieux être Moscou que Sedan, » ajoutait M. Jules Simon. Et Paris n*a pas trouvé son Rostopchin, et Paris se rend, ayant 1,900 pièces de campagne et 500,000 hommes armés dans des murs bardés de forts et de canons !

« Pas un pouce de notre territoire, pas une pierre de nos forteresses, » reprenait M. Jules Favre... Et j'ai grande crainte que le marteau démolisseur de M. de Bismarck ne fasse brèche à cette fière devise. Qu'on invoque l'incapacité la trahison ou l'infortune, il n'importe : Trochu, hélas n'a fait ni plus,, ni mieux que Bàzaine. Et, comme si ce n'était pas assez de hontes et dq malheurs, Belleville, une fois encore, a roulé son limon sur la grande cité, jetant aux tribunes le cri de déchéance qu'il jetait naguère à la Régente. Jaloux de déshonorer une héroïque défense, le faubourg sinistre a mangé le pain du pauvre, il s'est enivré du vin des ma-

lades, puis, au dessert de ces fraternelles agapes, le sang français a coulé sous les balles françaises, tandis que sifflaient et éclataient alentour les obus de FEmpereur-roi. Et voici les clubsfermés, les conseils de guerre doublés, dés journaux supprimés, des arrestations prescrites.... — De bonne foi, était-il bien nécessaire à une poignée de mécontents de renverser, par surprise, sous le feu de Tennemi, un gouvernement assis sur huit millions de suffrages, de substituer un comité usurpateur à l'autorité légitime d'une Chambre, fallait-il enfin ruiner la France par cinq mois de batailles perdues et de provinces ravagées, pour en arriver à l'anarchie au dedans, à- l'anéantissement au dehors ?

A ces audacieux qui se sont cru le génie de M. de Bismarck, n'en ayant que l'ambition, l'histoire réserve des paroles sévères, n'en doutez pas, mon cher ami I L'illustre M. Thiers, trop bon devin de nos calamités, le leur avait pourtant prédit en ma présence, dans la nuit du 4 septembre. Si la voix de leur amour-propre parla plus haut, du moins le châtiment ne s'est point fait : attendre. L'impopularité, fille de l'insuccès, commence à. payer la violence des uns, la défection des autres. L'heure n'est pas éloignée où l'opinion fera le procès au gouvernement de la défense nationale. Puisse-t-il se défendre mieux qu'il ne nous a défendus ! En tout cas, c'est le devoir de chacun d'apporter sa pièce au dossier, son témoignage au débat.

Il vous souvient sans doute de notre entrevue de Longwy, un matin d'automne, dans l'hôtel non encore bombardé de la pauvre Hortense. Notre ami 0.... était avec vous. Tous deux, avides de nouvelles, vous m'interrogiez sur Paris, que j'avais dû quitter de par le bon plaisir de mes collègues de la gauche. Alors, la mesure de nos épreuves était loin d'être comblée. Nous entendions l'écho fréquent du canon de Metz où Bazaine, avec la fleur de l'armée, tenait en échec les 200,000 Prussiens de Frédéric-Charles. Thionville la vaillante, investie mais résistante, était approvisionnée pour un an; Bitche défiait l'assaut; Longwy enfin, libre encore.

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se hérissait de bronze et d'acier, Longwy, dernière forteresse où la Lorraine devait abriter sa nationalité chancelante. Certes, à ce moment, la Moselle justifiait son titre de mère de héros, et, du nord au midi, le pays pouvait la saluer du vers d'Ausone ;

« Salve, magna parens frugumque virumque, Mosella !»

Nous avions un peu causé des -choses du jour, beaucoup de celles de la veille. Vous commenciez à penser que l'acte du 4 septembre n'était peut-être pas absolument la panacée promise. Un pouvoir régulier, s'appujant sur une Chambre élue, vous eût semblé offrir de tout autres garanties à la nation. Cela vous conduisit à me demander pourquoi et comment l'Assemblée, issue du . suffrage populaire, s'était laissée dissoudre. •^ Pourquoi? — repris-je : — parce qu'il y a des heures, dans la vie des peuples, et plus à Paris qu'en aucun lieu du monde, où la force brutale domine le droit. Comment? Je vais vous le dire. » Alors, sous l'impression très-vive d'événements récents, je vous contai, de verve, les péripéties diverses de ce coup de main que la postérité réprouvera dans sa justice.

La confidence vous plut. Elle avait, à défaut d'autre mérite, celui de l'exactitude. C'était la photographie des journées du 3 et du 4. Aussi, quand j'eus fini : « Ce que vous nous apprenez là, — vous écriâtes-vous, — pourquoi ne le publieriez-vous pas ? Nos amis sauraient ainsi bien des choses qu'ils ignorent. A chacun la responsabilité de ses actes. »

Cette brochure est la réalisation de votre désir. Ecrite dans la première quinzaine de janvier, alors que Paris tenait encore, elle arrêtera dans votre esprit certaines lignes qui peut-être y denaeurent indécises. Vous y trouverez les acteurs dans le déshabillé de leurs rôles : Pourquoi non? C'est en politique surtout, qu'à côté des illusions de la scène, les mystères de la coulisse offrent de

rintérêt. J'ai voulu même conserver au récit cette forme personnelle convenable à qui ayant vu tout ce qu'il dit, ne dit que ce qu'il a vu. Tant que le sort des armes pouvait sembler incertain, je me suis tû, ne voulant point être accusé de décourager la résistance. Aigourd'hui que Paris subit la loi du vainqueur et que la France accepte un armistice, préface de la paix, le silence n'a plus de raison d'être. Les puissants du jour nous ont, pendant 18 ans, rebattu aux oreilles l'attentat du 2 décembre ; à leur tour, ils ne trouveront sans doute pas mauvais que le crime du 4 septembre soit relevé par la plume d'un irrécusable témoin; A mes 27,000 mandants du mois de mai 1869, ces notes véridiques apprendront que leur mandataire, —momentanément rentré dans la vie privée, — ne s'est retiré que devant une coupable violence : à vous, mon cher ami, elles seront une preuve nouvelle du prix qu'attache h votre opinion celui dont la main serre cordialement les vôtres.

Forges de Gorcy (Moselle), ce 12 février 1871.

Qaod vidi testor.

La poudre avait parlé, et mal parlé pour la France. Nos soldats écrasés par le nombre, fatigués de tuer, non vaincus, gisaient à la frontière, entre des murs de cadavres. On avait vu ces héroïques enfants du désert, les turcos, surpris sans armes, se jeter à la gorge de l'ennemi et l'étrangler avec les griffes de la panthère. On avait vu des régiments de cuirassiers enveloppés dans un cercle de fer et de flammes, fondre, comme un bloc de glace sous la lave d'un volcan, puis, nouveaux Curtius, disparaître dans le gouff're pour le salut de leurs frères d'armes ; si bien que, le lendemain, le général ' en chef pouvait répondre à qui lui en demandait des nouvelles : « des cuirassiers ?... il n'y en a plus! » Ainsi, la fortune nous trahissait dès la première étape, ouvrant la carrière à d'autres trahisons. Wissembourg ! Wœrlh! Spicheren!,.. trois mots qui se traduisaient en deux cris d'alarme : Mac-Mahon battu, nos frontières envahies.

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