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Le principal souci du public à Tendroit des criminels est évidemment de s*en débarrasser ou d*ob* tenir qu'on Ten débarrasse. C'est là ce qu'il demande à la Police, à l'Administration, à la Justice, qui elles-mêmes, pendant bien longtemps, ont paru borner là toute leur mission.
Avant de se délivrer des malfaiteurs par la prison, la transportation ou Téchafaud, le public est cependant heureux — dirai-je de s'en amuser? — ce serait excessif — mais^cwteirfement de s^n préoccuper, de s'en émouvoir, de s'en reroplir l'imagination, de trouver dans leurs exploits ample matière à faits divers, à drames, à feuilletons et à românsï Ee crî-~ minel effraye et il attire. Il aûire plus que le fou, avec lequel on essaye aujourd'hui de le confondre. Le fou, n'étant qu'un malade, est plus digne de pitié. Mais, pour un grand nombre de personnes, le criminel est encore un être actif et entreprenant, un aventurier, un séducteur. Ses vices mômes piquent la curiosité, car en plus d'un milieu la corruption morale excite autant d'intérêt que le mal physique soulève de dégoût.
A force de s'approcher du criminel, on a cependant fini par l'étudier. L'humanité a été ici le chemin de
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la science. Des aumôniers, des pasteurs, des fondateurs de sociétés de patronage, des médecins, des publicistes ont cherché Tamendement et la consolation du coupable : leur première récompense a été de le mieux connaître.
D'éminents magistrats ont étudié Taction produite par les lois et par les peineç sur les dispositions des délinquants.
L* Administration publique a dressé des statistiques officielles où se laissent apercevoir les rapports des faits criminels avec les âges, avec les sexes, avec les professions, avec l'instruction ou l'ignorance, avec la misère, avec les grands mobiles des actes humains.
Les pouvoirs politiques ont ordonné des enquêtes oii les hommes compétents ont rendu compte de ce qu'ils avaient observé dans les parquets, dans les tribunaux, dans les prisons. Des congrès internationaux se sont réunis dans de grandes capitales pour discuter ces résultats, pour comparer entre eux les efforts tentés dans les divers pays civilisés contre la marche ascendante du crime.
Enfin, tout un nouveau groupe a voulu s'approprier l'étude du criminel et se la réserver presque tout entière. 11 a semblé que nulle recherche ne pou* vait être scientifique, si Tanatomie et la physiologie n*y prenaient une part prépondérante. Des adeptes fervents de ces deux sciences ont donc observé de près les cheveux, les oreilles, les yeux, les nez, les I mentons , les bouches , les dents , les pouces , les
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dermes et les épidermes, les crânes et les cerveaux d'un nombre considérable de délinquants. C'est surtout en Italie que cette méthode a été prônée, pratiquée, poussée à Tabus et à l'excès le plus évident:?.
L'Ecole française avait conduit ici, sur plus d'un point, des recherches prudentes dont elle s'était appliquée à bien mesurer les résultats. Avec une ambition dont tout le monde peut contempler aujourd'hui dans tous les sens l'essor impatient, l'Italie a construit de toutes pièces un prétendu type criminel : elle y a ramené tous les malfaiteurs : elle a ensuite affirme'» que ce type n'était autre que l'homme primitif reparaissant au milieu de nous par les accidents imprévus de l'évolution universelle.
Toutes ces études ont laissé après elles beaucoup de fatras, beaucoup d'hypothèses et beaucoup de descriptions de fantaisie. Mais enfin, si les matériaux à éliminer sont nombreux, ceux qui méritent d'être classés et organisés le sont aussi.
La question capitale est évidemment celle ci : La société peut-elle quelque chose pour ralentir la marche du crime et en atténuer les effets? Pour résoudre cette question, il faut savoir d'abord ce que c'est que le crime, s'il est soumis à des lois et à quelles lois. Qui en est responsable? Est-ce la nature inconsciente qui, dans les aberrations de sa puissçince créatrice, produit au hasard des loups et des renards à côté de poules et de moutons ?
Est-ce la société d'il y a oinq, dix ou cent mille ans, qui, après avoir contracté des goûts de violence
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et des habitudes de combat, nous a légué malgré nous une tendance à y revenir? Est-ce la société d'aujourd'hui, ou plutôt est-ce la société de tous les temps, qui corrompt les individus en leur imposant, en quelque sorte, la rivalité, la jalousie, la guerre ouverte ou cachée ? Mais, dans ce dernier cas, il faut éviter de s'en prendre à une abstraction ; avant de savoir ce que rhomme coupable subit de la société qui Tentoure, il est bon de savoir ce qu'il tire de lui-même, et comment il pratique avec ses contemporains soit l'union mutuelle, soit la lutte en vue de la jouissance perverse et en vue de l'iniquité.
C'est là ce que je me suis proposé de rechercher. Dans ce premier volume, j'étudie la nature et les caractères du crime. L'année prochaine, j'aborderai, dans un second volume, l'ensemble des influences sociales qui encouragent le crime ou qui tendent à en augmenter la fréquence et l'intensitéi J'examinerai enfin, dans un troisième travail, les réformes qu'il y a lieu et qu'il est si souvent question d'introduire dans notre Code pénal et dans notre système pénitentiaire.
On verra dans la suite de ce volume que je n'ai négligé de consulter aucun de mes devanciers. J'ai dépouillé avec soin toutes les statistiques et toutes les enquêtes. Je ne partage point pour l'École italienne cet engouement par lequel un certain nombre de mes compatriotes ont eu récemment le don d'étonner les savants d'Allemagne, mais j'ai rendu justice à ses efforts, et j*ai témoigné en la combat-
tant, du cas que je fais de son crédit et de ses mérites.
Ce que je tiens surtout à dire ici, c'est la reconnaissance que je dois à tant de magistrats, d'administrateurs et de médecins qui m'ont aidé libéralement de leur expérience et de leurs conseils, à ces fonctionnaires de la Préfecture de Police, des Ministères de l'Intérieur et de la Justice. M. Yvernès, M. Nodin, M. Hardelay, M. Goron, M. Joseph Raynaud, MM. Alphonse et Jacques Bertillon, qui m'ont procuré tant de documents, ouvert tant de portes et tant de dossiers, à MM. les inspecteurs Jaume et Rossignol, à l'interne de la Santé, M. le D' Laurent, à MM. les Directeurs des deux Roquettes, de la Santé et surtout de Saint-Lazare, qui m'ont permis si souvent de leur adresser mille questions et qui m'ont toujours répondu avec autant de bienveillance que de clarté. Je ne parle pas des aumôniers, anciens ou actuels; on verra que de fois j'invoque leur témoignage, et quel prix j'ai attaché aux trop rares confidences du discret abbé Crozes. C'est à sa mémoire seulement que je puis adresser aujourd'hui le tribut de ma gratitude pour les conversations pleines de finesse socratique autant que de charité chrétienne dont il m'a permis de tirer parti.
Enfin, j'ai eu la bonne fortune de trouver dans le juge d'instruction par excellence, M. Guillot, une obligeance, une sûreté d'informations auxquelles je dois beaucoup. M. Guillot, quoique donnant un temps considérable aux devoirs de sa profession, a écrit un