LA SAINT-JEAN-BAPTISTE III
que nous ne valons pas mieux que les autres.
Le 24 juin passé, nous ne serons ni plus prospères, ni plus respectés qu’ auparavant.
Mais donnons à cette grande fête un caractère pratique ; occuponsnous moins de ce qui passe que de ce qui restera, et ce sera différent.
Dépenser plusieurs centaines de piastres en bannières et en rubans, quand on n’a pas une seule salle nationale, pas un institut, pas une bibliothèque, est un jeu d’enfants.
On dirait que tout notre patriotisme consiste à faire briller nos colliers et nos insignes au soleil, à jouer : Vive la Canadienne.
Un peuple a besoin de fêtes, diton ; il est bon de lui rappeler, en l’amusant, le souvenir des grandes choses accomplies par ses ancêtres.
C’est vrai mais il est des époques où il faut plus agir que parler, où les œuvres doivent rempalcer les paroles.
Il faut que nous devenions Anglais sous le rapport des affaires pour rester Canadiens-Français.
La société Saint- Jean-Baptiste doit montrer enfin qu’elle n’existe pas simplement pour organiser des processions. Il est temps qu’elle entreprenne quelque chose d’utile. Elle a tout ce qu'il faut pour cela ; elle peut, quand elle voudra, faire mouvoir les plus fortes influences.
Qu’elle le fasse donc !
On dit que, cette année, grâce à une suggestion de l’entreprenant et infatigable apôtre de la colonisation. on célébrera la Saint- Jean- Baptiste à Saint- Jérôme, et le produit de la tete serait consacré à la colonisation.
Très bien ; voilà un but pratique.
Qu’on fasse cela, cette année, et qu’après la fête le bureau de direction de la Société se réunisse pour entreprendre la construction d’un édifice national, d’un institut digne de la population canadienne-française de notre ville.