II. Production et principaux gisements du cuivre
Depuis dix ans, la production du cuivre dans le monde
entier a triplé. En 1870, elle était de 100.000 tonnes environ; en 1880, de 112.000 tonnes; en 1890, elle atteignait le chiffre de 349.000 tonnes.
Le tableau ci- dessous donne la production du monde entier :
Production du cuivre,
La première colonne indique la production approximative de chaque pays, quelle que soit la provenance des minerais.
La deuxième colonne la quantité de cuivre que chaque pays extrait de ses propres minerais.
Etals-Unis .... 25.900
Espagne, Portugal . 23.478
Chili 35.895
Allemagne . . . * . 16.172
Japon 3.045
Australie 3.653
Cap de B»«-E&pérance. 32
Venezuela .... »
Russie 3.125
Mexique »
Italie 400
Canada »
Terre-Neuve ... »
Suéde et Norvège. . 1.638
Autriche. .... 483
Grande-Bretagne . . 47.053
Bolivie ...... 3.226
Hongrie 1.036
Républ.-Argentine . »
Pérou »
France et Algérie. . 3.827
Vers 1870, l'Angleterre à elle seule, produisait avec les minerais importés de toutes les parties du globe, principalement du Chili, d'Espagne et d'Allemagne, 60.000 tonnes de cuivre par an, c'est-à-dire plus de la moitié de la consommation du monde entier.
Depuis 1873, la mise en exploitation des mines de l'Amérique du Nord a enlevé à l'Angleterre sa vieille prépondérance. L'industrie du cuivre aux Etats-Unis s'est, en effet, développée avec une rapidité inouïe ; en 1890, la production des mines du Montana a atteint 51 .OOOtonnes ; celle du Lac Supérieur, 46.000 tonnes; celle de TArizona, 16.000 tonnes; ce sont les Américains du Nord qui sont actuellement les premiers producteurs de cuivre du monde.
Au Chili, la production a baissé de moitié de 1879 à 1887 ; en 1890 et 1891, la guerre civile a même arrêté presque complètement les exploitations. Les principales mines sont celles de Cerro de Tamaya, de Copyapo et Panulcillo; elles ont produit, en 1887, 20.000 tonnes.
En Allemagne, la production en 1889 a été de 22.000 tonnes, dont 16.055 tonnes provenaient des usines du Mansfeld situées dans la province prussienne de Saxe.
La Russie possède dans l'Oural, dans le Caucase et dans l'Altaï, de nombreux gisements qui sont encore peu exploités, à cause des grandes difficultés qu'offrent les communications; la production en 1889 a été de 4881 tonnes.
En Espagne, les mines de la province de Huelva se sont beaucoup développées depuis quelques années ; les mines de Rio-Tinto et de Tharsis ont produit en 1890 plus de 40.000 tonnes.
En Asie, le seul pays producteur du cuivre est le Japon; sa production, qui était de 3900 tonnes en 1879, a atteint 15.000 tonnes en 1890.
Les mines les plus importantes sont situées dans la province àe Rikuchu et dans Tîle de Shikoku.
En Australie, les mines de cuivre exploitées sont Burra-Burra, Wallaroo et Moonta, dans la partie méridionale, Great Cobar, dans la Nouvelle -Galles du Sud ; la production totale a été en 1888 de 8100 tonnes.
Les autreis pays produisent tous du cuivre, mais en petites quantités.
L'origine première du cuivre, comme d'ailleurs celle de tous les métaux, doit être cherchée dans les profondeurs terrestres. Son mode de formation est encore très discuté.
Les recherches poursuivies depuis quelques années en Allemagne ont montré que, au voisinage de presque tous les gîtes métalliques * il existe des roches renfermant des traces des métaux contenus dans ces gîtes. Certains géologues allemands et anglais ont conclu, de
cette connexité aujourd'hui incontestée, que la formation des minerais était due à une dissolution, par les eaux superficielles, des métaux inclus dans les roches ; ces eaux, en circulant dans les fractures de l'écorce terrestre, y auraient déposé leurs éléments métalliques.
Les savants français, au contraire, se basant sur l'étude des éruptions modernes, admettent, pour les gîtes métallifères, un mode de formation tout différent :
Lorsqu'on observe les laves qui s'écoulent des volcans, on remarque qu'elles dégagent des vapeurs chargées de principes salins et métalliques. Ces vapeurs, appelées fumerolles^ se condensent autour des cratères et déposent des cristaux contenant des combinaisons de différents métaux. Pendant que la lave est encore chaude, elle dégage des fluorures et des chlorures ; puis, en se refroidissant, des sulfures^ et, en dernier lieu, des carbures. Ces dégagements, qui marquent les différentes phases du refroidissement des laves, se suivent toujours dans le même ordre. Par analogie avec ces phénomènes qui se produisent de nos jours, on est conduit à admettre que, à différentes époques des temps géologiques, des éruptions de roches en fusion sont venues jusqu'au jour, traversant les terrains sédimentaires déjà formés et apportant avec elles, sous forme de fumerolles, les éléments qui ont donné naissance aux gisements métallifères.
La masse interne du globe, autrefois entièrement en fusion, s'est peu à peu refroidie sous la première écorce
terrestre, laissant cristalliser d'abord les roches les plus siliceuses, telles que le granit et la gramdite, qui se sont solidifiées en profondeur à de hautes températures, et sous des pressions énormes. Cette première phase de refroidissement a été accompagnée de dégagements de fluorures et de chlorures, agents minéralisateurs puissants, qui ont entraîné les métaux difficilement oxydables, tels que l'or, le platine et Tétain, et ont amené la formation des gîtes de métaux natifs dans le voisinage des granits et des granulites. Après les roches acides sont venues des roches plus basiques, telles que les gabbros, les serpentines, les syénites et les diabases. Ces roches, plus fusibles que les premières, se sont fait jour à travers les terrains sédimentaires déjà formés ; elles ont dégagé des fumerolles sulfureuses, qui ont entraîné les métaux facilement sulfurables et ont donné naissance aux gîtes de cuivre, de plomb, de zinc, d'argent, etc. Enfin les dernières roches qui ont apparu aux époques tertiaires ont amené avec elles des carbures, qui ont contribué à la formation des gîtes pétrolifères.
Les fumerolles dégagées par les roches en fusion se sont condensées à la surface de ces roches et dans les fissures des terrains encaissants. Plus fréquemment, ces fumerolles ont été rencontrées par des infiltrations d'eaux de la surface, qui les ont dissoutes. Ces eaux chargée^ de principes minéraux, en circulant dans les cassures des terrains et dans les couches sédimen-
taires perméables, y ont déposé leurs éléments mé" talliques.
Cette théorie si simple permet d'expliquer tous les phénomènes mis en évidence par Tétude des gisements de cuivre ; les minerais de cuivre, formés par des émanations sulfureuses, sont associés aux minerais des autres métaux qui se combinent facilement au soufre, tels que le plomb, le zinc, l'argent, Tantimoine et l'arsenic; on les trouve au voisinage des roches basiques, dans les régions où les grands mouvements géologiques ont fait apparaître ces roches au jour.
En raison de leur mode de formation, les gisements de cuivre peuvent être classés en trois catégories distinctes ;
1** Les gisements au contact des roches éruptives, formes par le dépôt des fumerolles métallifères, soit dans les cassures des roches éruptives, soit dans les cassures des terrains encaissants ;
2° Les gîtes filoniens^ formés par la circulation des eaux chargées de principes minéralisateurs dans les fissures du sol et dans les couches géologiques perméables ;
3® Les gîtes sédiment aires, formés comme les grès et les calcaires par un dépôt boueux au fond de mers fermées, dans lesquelles arrivaient des sources contenant des principes métalliques i
BNIVEESITl ]