‹ Le Culte de sainte Anne en OccidentChapitre 11 sur 294 · Séquence · texte numérisé non relu

Séquence

la. Verbum bonum nuntiatur Annfe tristi, (juam solatur Angélus, ut huic profatur De concoptu filiae, Ib. Per quod verbum hilaratur.

Sterilis mox fecundatur, Absque naîvo impra^gnatur, Parit matrem gratiœ. 2a. Ave, veri Salomonis

Matris mater, qua? coronis Miris fulges, altis thronis In cœlesti patria.

2b. Ave, prolem genuisti

Per quam mundo luxit tristi Verus sol, quo dispandisti Cœli nobis atria.

3a. Ave, sponsic verbi grata Mater, Anna, David nata, In solamen mundo data, Nostrorum refugium.

3b. Supplicamus nos solare Tristes et reos dignare Deo gratos pra»sentare Ad perpes tripudium.

Miss, ms de Cysoing (près Lille), 16e s. ; cod. de Lille, 37. Dreves, xiJV, p. 44.

Le Cabmel

Au XII* siècle à Jérusalem, au xiii» dans leurs maisons d'Europe, les Carmas, avons-nous dit ailleurs, célébraient déjà la fête de sainte Anne, et depuis ce temps-là, faisaient mémoire de la Sainte deux fois chaque jour dans leurs Heures canoniques, l'une à Benedidits, l'autre à Magnificat. Antoine de Saint-Elie, un religieux de cet Ordre qui écrivait dans la première moitié du dix-huitième siècle, dit que cet usage datait chez eux de " cinq cents ans et plus." Cette pieuse coutume, ajoute-t-il, amena l'institution d'une neuvaine très solennelle qui commençait au jour où l'Eglise célèbre l'heureuse maternité de sainte Anne. De l'^lngleterre où cette dévotion prit naissance, elle se répandit bientôt dans les autres pays, et surtout eu Pologne, où les plus nobles personnes de l'un et l'autre sexe tenaient à honneur de recourir à l'invocation et au patronage de sainte Aime^

Deux siècles avant Antoine de Saint-Elie, un autre Carme, très haut placé dans son Ordre, Nicolas Simonis, supérieur de la province de Harlem(1511), avait prêché la dévotion à la mère de Marie dans sa Vita divœ Annœ. Plus tard un autre supérieur, provincial de la " Germanie inférieure, " Laurent de Cuyper, devait suivre cet exemple. Sa Beatœ Annœ genealogia et vita fut d'abord publiée en flamand (1591), et l'année suivante, en latin. C'est un ouvrage sérieux, travaillé, où les tableaux de fantaisie qu'on rencontre si souvent en d'autres auteurs font place à l'étude et à la critique. " Est-il vrai que les parents de la sainte Vierge sont incomius ? Quelle était la généalogie de Marie et de Joseph ? Qui fut HéU et quels furent ses autres noms ? Quels furent les parents de sainte Anne ? De qui Joseph était-il fils et comment a-t-il eu deux pères ? " Et plus loin : "Que penser de ceux qui soutiennent le triple mariage de sainte Anne ? " Telles sont, avec beaucoup d'autres, les questions qu'il se pose et auxquelles il répond, en s'aidant de l'histoire, des traditions sérieuses et du raisonnement.

Thomas de Saint-Cyrille est l'auteur de Mater honorificala (1657 et 1665),. l'ouvrage le plus considérable, à notre connaissance, qui ait été composé en l'honneur de notre Sainte, un énorme in-octavo carré à qvaiante chapitres, et pas moins de 700 pages, avec mille citations empruntées aux maintes Ecritures, aux Pères, aux écrivains ecclésiastiques et profanes. 11 a tout lu, pris note de tout, et les textes s'enchaînent avec une aisance parfaite. La foi me peut paraître trop imagée, surabondante, recherchée, mais le sentiment rehgieux est réel et l'on sent bien qu'un homme n'écrit pas ainsi quand le cœur est fioid. Thomas de Saint-Cyrille est un dévot de sainte Anne. Qu'on en juge !

La très sainte Vierge étant speciosa soror nostra, il interpelle ainsi les religieux de son Ordre : " Si vous êtes les frères germains de Marie votre sœur, reconnaissez que sainte Aime est votre mère à vous comme à elle ; unissez le

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culte de la Mère au culte de lu Fille ; si vous savez goûter doucement et dévotement la \'ierge, donnez aussi de votre reconnaissance et de votre affection à celle qui a été le rayon de miel distillant cette douceur ; si lu gloire et la majesté de l'Enfunt vous tient en suspens, que, par un instinct nuturel, votre udmirution pour Elle se résolve en louunge et bénédiction pour sa Mère. Aiguisez donc votre esprit, et tout ce que votre génie pourra trouver de rj'thme harmonieux, chantez-le à l'honneur de sainte Anne, de celle qui a mérité non moins que su Fille, d'être célébrée pur toutes les générations et d'être appelée trois fois et plus bienheureuse. Que votre mère sainte Anne vous soit d'un grand prix ; qu'elle .soit duns vos vœux et vos désirs ; qu'elle soit le thème de vos chants de fête ; le centre où convergent vos affections, le nom qui fait résonner les fibres de votre cœur, et que mille fois le jour, avec le poète sacré du Carmel vous lui répétiez cette salutation affectueuse :

" Mère de la sublime Femme, Mère elle-même de la Miséricorde, pierre précieu.se resplendissant dans le Paradis, source vive de la divine grâce, nous te saluons, nous t'aimons, nous t'honorons duns l'amour de ta Fille ! "*

Un autre ouvrage, précieux et aujourd'hui introuvable, e.st celui du Père Hughes de Suint-François sur V Histoire et les miracles de sainte Anned'Auray. C'est à ce religieux que nous devons la relation des faits surnaturels dont Kerannu et lu petite ville d'Auray furent témoins uu commencement du dix-septième siècle. Tout ce qu'on a écrit depuis sur le " bon Nicola^iio ", et sur le réveil de la dévotion à sainte Anne en Bretagne, à cette époque, lui ■est emprunté.

Aux noms qui précèdent il faut joindre, i\ part Jean de Venette (1307-1369) mentionné précédemment, les Pères Mathurin Courtoys (1450), Jean- Augu.'îtin de Saint-Paul (Milan 1661), Léon de Saint-Jean (1639), Camille VLschi (1647), IVIatthieu de Saint-Bernard (1657), Benjamin de Saint-Pierre (1659), Laurent-Marie Brancacci, Emmanuel de Jésus-Marie (1692), Pierre- Thomas Pugliesse (1707). Ce dernier, si nous traduisons bien l'épithète accolée à son nom, aurait été Maître-Général de son Ordre au commencement du dix-huitième siècle: Audore admodum Reverendo Pâtre Magistro. En tout cas, le titre de son livre porte que sainte Anne est la protectrice du Carmel, Vita sanctœ Annœ. . .Carmelitarum protedricis, et rou\Tage confirme en effet cette protection spéciale, comme la dévotion particulière des Carmes envers lu sainte mère de Marie».

Il faut compter encore des " Offices rimes " ou autres poèmes liturgiques tirés des bréviaires du Carmel, chants d'exquise douceur qui "prient en beauté", selon le mot de Pie X, et qui des cloîtres d'Irlande, pur exemple, viennent déjà peut-être jusqu'à nos rivages d'Amérique. Nous les retrouverons ailleurs •et en attendant, lisons quelques strophes du pieux Antoine de Saint-Elie :

" Chanton.slc lloi suprême ! célébrons avec un grand amour au cœur la fête de l'auguste femme sainte Anne !

" Qu'aux ('clats de la trompette et aux sons de la cithare se mêlent nos cantiques, ■et que notre hymne d'allégresse retentisse jusqucs aux cieux !

" Que, là-haut, tous les chœurs des anges se réjouissent avec nous, et joignent leurs louanges aux mille louanges de tout un peuple !

" Avant que les fontaines eussent versé sur la terre leurs eaux fécondes ; avant que le soleil eût doré nos campagnes de sa rayonnante lumière ; avant que ce vaste univers fût créé ;

" De toute éternité, le Dieu un, le Dieu hon, avait choisi et résolu par avance de la combler de ses dons celle qui devait être la Mère de la très sainte Vierge Marie ; '' Et comme l'étoile du matin nous annonce le lever prochain du soleil, ainsi la naissance d'Anne annonça au inonde la naissance du Christ Rédempteur."

Et l'hymne se poursuit dans des strophes nombreuses encore, toutes également belles, celle-ci peut-être plus que les autres :

" Ainsi pleins d'allégresse, venons tous, — et bien vite, au devant de notre Patronne, et disons, en bénissant le Seigneur :

Vive sainte Anne à jamais!

Sicque lœtantes adeamus omnes Obviam tanta? celeres Patronse Atque dicamus Domino canentes :

Vivat in œvum.

Une autre preuve de la dévotion du Carmel pour notre Sainte, en même temps que de son goût pour la poésie, serait ce fait vraiment remarquable, peut-être même incroyable, pour ceux du moins qui veulent voir avant de croire. Un Bôînme très célèbre en son temps, "la lumière de l'université de Heidelberg", comme on disait, et pour l'appeler par son nom, Rodulphe Agricola, avait composé, en alexandrins alternés de vers décasyllabiques, un Carmen in lavdem sanctœ Aniiœ, grand poème de 310 vers, très élaboré, on dirait " virgilien ", en tout cas de lecture facile, même agréable. Or si nous pouvons en croire Jacques PoUus, '' tout ce panégyrique de la Sainte fut gravé sur le MARBRE {marmori insculptum)et le prieur des Carmes, Rombault de Laubach, le fit placer, accolé au mur, dans l'église de son couvent de Francfort-sur-Mein, au mois de mai de l'an 1496*. Polius n'a pas besoin de nous avertir que c'était là "un fait digne d'éloge" {nec laude vacare débet quod...) Oui certes, et d'autres poètes se contenteraient à beaucoup moins.

Il va de soi maintenant que plusieurs couvents du Carmel ont été dédiés à la chère Sainte. " C'est ime tradition de nos Pères, dit le Carme Giovanni Idelfino cité par Antoine de Saint-Elie, que le premier couvent de notre Ordre, après le " Collège du Mont-Carmel ", fut établi à Jérusalem près de la Porte dorée, dès les premiers siècles, et placé sous le patronage de sainte Anne.

C'est reporter bien loin l'origine du Carmel, mais c'est rester bien en deçà d'une tradition chère à un ordre religieux qui fait remonter sa fondation au prophète Elie lui-même. Evidemment, nous n'avons pas ici à discuter cette question, nous souvenant seulement que sainte Thérèse dit souvent " notre Père Elie. " Les amateurs pourraient lire à ce sujet la dissertation du P. Papenbrock dans les Ada sanctorutn (Vie du B. Albert, 8 aviil) et la réponse du Père Daniel à cette étude. Quoi qu'il en soit, au cours des siècles, l'Ordre a consacré à sainte Anne un grand nombre de ses couvents, tant d'hommes que

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de femmes. Pour la France, nous pouvons nommer d'après les chroniques, ceux de Chambéry, d'Orléans et d'Auray ;pour les Pays-Bas, ceux de Bruxelles et d'Alost ; pour l'Allemagne et l'Autriche, ceux d'Augsbourg, de Schongau, de Vienne et de Weissenau ; pour l'Italie, ceux de Gênes, de Brindes, d'Alexandrie, de Plaisance, d'Ancône, de Verceil, de Konciglionc. Nous trouvons encore en Sicile le couvont de Païenne, dont il est fait mention en 1628 ; en Espagne, ceux de Madrid, de Tarragone, deBurgos, de Médine, de Cordoue, de Pampelunc, d'Engucra, d'Aragon, de Tuy, de Villanova-la-Xara, de Valera ; en Portugal, le couvent de Coimbre et un autre près de Lisbonne. De plus deux provinces de l'Ordre s'appellent encore " Provinces de sainte Anne", celle de Gênes érigée en 1617 et celle de Murcie, en 1713.

Thomas de Saint-Cyrille raconte en détail la fondation d'un monastère de son Ordre à quelques milles de Vienne en 1644, et il faudrait le lire pour la poésie et le luxe de description qu'il y met.

D'abord le couvent s'appelle " Sainte-Anne du Désert", et ce sont leurs sérénissimes Majestés d'Autriche qui pourvoient pécuniairement à sa fondation. Mille obstacles s'élèvent : les oppositions des habitants qui s'étaient peu à peu emparés de ce lieu pour faire chaque année leur provision de bois dans la forêt attenante ; les " fureurs de Mars semant partout la foudre," les vexations des soldats, les dévastations des campagnes, etc. Pourtant, la glorieuse sainte Anne, secondant un si noble projet, fait disparaître tous ces obstacles. En présence de sa Majesté césarine Ferdinand III , du sérénissime roi de Hongrie et de Bohême, Ferdinand IV, de l'Impératrice Eléonore, de l'archiduc Léopold-Guillaume et de toute la cour, la première pierre est posée. Le chroniqueur a sohi de rappeler que la dite Majesté césarine avec l'impératrice et le roi de Hongrie, vinrent plus d'une fois visiter les travaux de construction et suivre ainsi pas à pas les progrès de l'entreprise. Enfin après quelques années, l'œuvre était achevée, église et monastère. La consécration de tout l'édifice BOUS le nom de sainte Anne et son inauguration eurent lieu — nous traduisons toujours notre auteur — devant les Augustes Ferdinand III et sa très illustre femme Eléonore, une autre Eléonore, très pieuse veuve de Ferdinand II d'heureuse mémoire, le sérénissime Archiduc d'Autriche Léopold le jeune, maintenant roi de Hongrie et de Bohême, plusieurs Archevêques et évêques, après quoi les illustres visiteurs rentrèrent sains et saufs dans leurs foyers.

C'est le temps pour notre historien de raconter la vie austère des religieux nouvellement installés et de citer à ce sujet un grand poème vraiment bien tourné d'un certain Cornélius. Après quoi, vient la description du lieu lui-même, et ici tout est poésie : Un vallon très spacieux et enchanteur, bordé d'un côté de monticules qui ressemblent aux fleurons d'un diadème {moniicvHs ceu diademate circumquaque coronatvs) ; de l'autre, d'une montagne élevée qu'entourent des collines ombreuses où coulent des sources d'eau limpide. Au centre, le monastère, comme le ca-ur au milieu du corps. Et de U\ une vue charmante sur le feuillage, les fleurs, les vallées, les hauteurs voisines, et cela sous un ciel toujours serein, au milieu des chants d'oiseaux de toute sorte qui semblent

inviter les moines à entonner eux-mêmes les louanges divines. Et cela encore au sein des bénédictions de la sainte Mère sainte Anne, bénédictions telles et si nombreuses, que si l'écrivain les rapportait, on lui refuserait créance ^.

Thomas de Saint-Cyrille nous dit que la fondation de Sainte-Anne du Désert, près de Vienne, avait été inspirée par le souvenir de la Mère Anne de Saint- Augustin si dévote à sa Patronne, et qui avait opéré, par son assistance, des choses si merveilleuses. Nous réservons un chapitre de ce livre pour l'Espagne, et ce sera le lieu plutôt qu'ici, de rappeler ces faits extraordinaires. L'exemple du Carmel, l'exemple de sainte Thérèse surtout, ne pouvait manquer d'exercer une influence victorieuse sur la piété espagnole.

Sainte Thérèse en effet a été, comme toute sa famille religieuse, une dévote de sainte Anne. Le nom qu'elle donnait de préférence à ses filles spirituelles était celui de la Sainte ; sa fidèle compagne, sa conseillère dans l'œuvre de ses fondations, se nommait Anne de Saint-Barthélémy ; sa fille chérie et "la prunelle de ses yeux, " comme elle l'appelle elle-même, était la mère Anne de Saint- Augustin. Elle raconte encore elle-même, et on sent que c'est avec plaisir, le voyage à Rome du Père Jacques de la Guadalaxara entrepris dans le but de propager le culte de sainte Anne en rapportant de là des indulgences pour le sanctuaire qu'il avait fondé en son honneur à Villanova ^. Elle inspira cette dévotion à ses fils et à ses filles, comme le prouvent tant de fondations qui furent faites de son vivant ou peu de temps après sa mort sous le patronage de la Sainte ; et elle-même donnant la première l'exemple, lui dédia, en même temps qu'à saint Joseph, son Père très aimé, le dernier monastère qu'elle ait érigé. C'était à Burgos le 15 avril 1582, et la sainte mourait le 4 octobre de la même année ^.

Héritière de sa dévotion, sa disciple et compagne, Anne de Jésus nous a révélé les apparitions et l'assistance merveilleuse dont la chère Patronne la favorisa. Une fois entre autres qu'elle désirait vivement une statue de la Sainte pour l'honorer dans le pauvre ermitage placé sous son vocable, elle sentit un jour, durant son oraison, que sa prière allait être exaucée, et le soir, elle s'entretenait avec ses sœurs de la prochaine arrivée de la statue. " Pendant que cette douce attente, dit-elle, nous tenait comme en suspens, ô merveille ! voici qu'une colombe d'une admirable blancheur paraît tout à coup dans le lieu de notre réunion : elle vole çà et là ; elle semble, par le doux battement de ses ailes, manifester son contentement ,et après cette joyeuse démonstration, elle disparaît sans avoir été vue de mes sœurs. Alors, me retournant, je vis la très auguste Reine du ciel, et je l'entendis m'adresser, avec un sourire bienveillant, ces aimables paroles : " Va vite ; ouvre à ma mère ; elle demande à entrer. " Aussitôt, je cours à la porte, avec deux de mes sœurs. Au moment où nous arrivons, un homme venait d'y déposer la statue de la très glorieuse sainte Anne, emballée avec beaucoup de soin, et, sans autre renseignement, disparaissait ^"

Anne de Jésus était née un 25 novembre, fête de sainte Catherine, et le Père

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Manrique, en observant que " celle-là ne pouvait naistre en meilleur jour qui estoit élue et choisie de Dieu pour le mesme subject que ceste grande saincte, à laquelle on donne quatre couronnes de vierge, de sçavante, de martire et de Uoyne," ajoute cependant que " le nom d'Anne ne lui vient j)oint mal, et aiiproche plus à la Royne des Anges que celui de Catherine, que ses parents lui eussent donné s'ils eussent pu prévoir l'advenir." En tout cas, la Mère Anne de Jésus eut à cœur d'honorer sa Patronne et elle lui consacra sa première fondation, ajoutant à son vocable celui de saint Joseph, comme avait fait sainte Thérèse. C'était l'an 1611. Le Père iSIanrique et Mirœus nous fournissent quelques détails sur ce sujet. Le premier nous montre comme présents à la cérémonie de l'inauguration " leurs Altesses " qu'il ne nomme pas, " et guère lomg d'eux les Dames de l'Infante, un peu plus avant Monseigneur le Nonce ; et peu plus bas estoient le duc d'Aumale, le duc d'Ossuna, le comte de Bucquoy, le marquis Spinola etc." lueurs Altesses, Mirœus nous l'apprend, étaient " les très pieux princes des Belges, Albert et Isabelle." Manrique ne néghge pas de dire que " la sérénissime Infante prit une truelle dorée, et que l'Archiduc posa lui-même la première pierre." Puis il conclut ainsi : " Il y a plusieurs grands princes qui ont faict des fondations : mais ils n'ont pas tousiours trouvé des saincts pour les commencer. H y a eu plusieurs saincts qui ont commencé des couvents : mais il y en a peu qui ont trouvé des Rois pour les fonder. La saincteté et le pouvoir ont concouru en cestuy-cy, afin qu'il fust de tout point plus illustre '."

Notons encore pour finir des autels aux couvents de Madrid, de Mayence, de Cologne et de Gand ; une relique insigne au couvent de Trêves, et dans l'église des Carmes déchaussés d'Anvers, cette merveilleuse Education de la Vierge, l'une des meilleures œuvres de Rubens et qui se voit aujourd'hui au musée de la même ville. Le même sujet, peint par le même maître, se trouvait aussi daas l'église des Carmes chaussés. Le tableau périt dans un incendie en 1695, mais il en reste une gravure par Van Caukerkem. L'autel de Gand était orné d'un rétable de Van Thulden, transporté depuis à l'église de Saint-Nicolas ". Enfin, puisque nous venons de nommer des artistes, nous ne pouvons pas manquer de citer un nom plus célèbre encore ou en tout cas plus sjTnpathique, celui du Carme fra Filippo Lippi, disciple de fra AngeUco, qui nous a laissé une Vierge sur un trône entourée de sainte Anne et de saint Joachim. Ce tableau peut se voir au palais Pitti, à Florence, et nous y reviendrons plus tard conmie à d'autres au dernier volume de cet ouvrage.

REFÉRftNCES. NOTES, ADDITIONS.

(1) Non «ara maraviglia, se la raedesima mia Keligiono ebbc per use antico di faro due volto al giorno la cominemorazionc noUe Ore Canoniche di sant' Anna, una ai Bcncdiclua, c l'altra al Maguifical ; e se da ciuquecento, e piu anni sono. Ant. de Saint-Elie, /. cil. p. 10.

(2) Si legitimi Carmeli inqiiilini, si veri Filii, si germani Mariœ sororis vestrœ Fratres estis, Matrem cum ea communem, Armam pie cognosoite ; Filiam pio devotionis cultu cum Matre conjungite ; si quandoque diilcis et devotus animos vestros demulcet Virginis gustus, etiam nonnunquam, erga Matrem Annam, quae fuit dulcedinis iliius favus distillans, pius subeat, et sequatur gratitudinis affectus ; si vos subiiide suspenses tenet tautœ Virginis gloria; et raajestatis admiratio, vel naturalis instinctus pronitate Anna; Matris excessiva; felicitatis succédât laus et benedictio ! Ingénia vestra acuité. . . Anna Mater vobis sit in prctio : Anna Mater bit vobis in voto et desiderio ; Annam festivis extollitc laudibus ; Annam piis complectimini affectibus ; Anna sit vobis in imis cordis visccribus, et millies in die illam, quani vobis sacra Carmeli vestri Poesis suggerit, ad Annam affectuosam salutationem repetite :

Anna, parens sublimis Dominae Qure est Mater misericordise, Tu gemma lucens cœlestis curia^, Tu vena viva divinœ gratis?, Te salutamus et amamus, Te veneramur amore Filia; etc.

Thomas a S. Cyrillo, 1. cit., p. 615.

(3) Voir plus bas la bibliographie. —

(4) Voir l'appendice à l'Allemagne.

(5) T. a S. Cyrillo, Mater hovorif., p. 527-535.

(6) Livre des fondations, ch. xxviii, dans les Œuvres de sainte Thérèse, trad. par le R. P. Bouix, S. J. (3 in-8, Paris 1854), p. 431.

(7) Œuvres citées, note du P. Bouix, p. 481. — (8) Acla Sanctorum, Sainte Anne, 26 juillet, p. 244.

(9) P. Ange Mamique, La vie de la Vén. Mère Anne de Jésus . . . (in-8, Bruxelles 1639), p. 689-91 — Pour la citation précédente, p. 10 ; Auberti Mir*i, Opéra di-plomatica et historien (4 in-fol., Louvain 1723), t. m, p. 647.

(10) Revue de l'arl chrétien, 1884, p. 386.

BlBLIOGRAPHIB

xiVe S.Jean de Venette (1307-69), auteur d'ui». poème de quarante mille vers — de La Curne les acomptes — intitulé l'Histoire des trois Maries. On le conserve à la Bibliothèque nationale, Paris, mais on n'en montre d'ordinaire qu'un abrégé en prcse imprimé à Paris vers 1505, et dont nous avons dû nous-même nous contenter.

Pour ce qui est d'abord du poème original, en voici le plan, d'après de Villiers {Bihliotheca Carnulitana, ii, 132). Le premier livre rapporte, avec les développements qui se devinent, la légende des trois Maries et du trinubium. Avant d'y arriver, l'auteur raconte toute l'histoire judaïque depuis Abraham jusqu'à la captivité de Babylone, le tout pour prouver que les trois Maries remontent par leur origine, d'abord jusqu'à David, ensuite jusqu'à Abraham. Les livres suivants nous tracent, dans des tableaux immenses, immenses comme le poème, la vie des trois Maries et celle de Notre-Seigneur dans les scènes diverses où les trois sœurs se sont rencontrées avec le Sauveur. De La Curne, que nous citions tout à l'heure, affinue que, sur les quarante mille vers, il en a trouvé à peine deux qui fussent acceptables. Pour le fond, c'est ce qu'il y a jamais eu de plus extrême comme de plus prolixe

dans cette fameuse discussion dont nous avons parlé ailleurs relative au Irinubiwn.

L'abrégé porte en titre, dans l'édition dite de 1505 : La Vie des trois Maries^, de leur mhe, de leurs enfans et de leurs marys : nouvellement revue et corrigée (A Paris, chez Simon Calvarin, rue St-Jacques.— Sans date). D'autres éditions, disent : La Vie des trois Maries, translatée de ryme en prose par Jehan Drouin, Bachelier es Loix et en décret (Rouen et Paris, sans date ; Troyes, sans, date ; Lyon, 1513) ; et c'est en effet l'auteur de l'abrégé que noas avons eu entre les mains.

Des notes nombreuses que nous avions prises, nous ne conser^'ons que la date,

précisée à la fin :

Lan mil trois cent sept et cinquante En raay que ly rossignol chante Un pou de temps devant complie Fu ceste ccuatc toute accomplie.

xve B. — Baptista Spagnolus Mantuanus. (le Bienheureux Spagnuoli), né à Mantoue, en 1444. Œuvres nombreuses parmi lesquelles : Carmina de beata Virgine Maria, quœ et Parthenicœ dicuntur ; 1492, Deventer, Rich. Paffraet. On ne voit pas pourquoi Jules Scaliger le traite si mal : " Mantuanus, carmelita, mollis, languidus, flaxus, incompositus, sine numeris, plebeius, non sine ingenio, sed sine arte." A part les deux premiers vers, ce qu'il dit de notre Sainte mérite d'être conservé :

Anna

magis admirando quod aul hor

Istius immensiE molis, quam dicimus orbem, Ipsius est soboles, et qui sine fine manebit, Et sine principio mansit, generatiis ab illa est. Anna diu sine proie fuit, sterileraque putabat Se fore, sed nondum gignendi accesserat hora, Quam dederat divina novis sapientia rebas : Ha;c ubi converso totiens erupit olympo, Protulit, ut modo vult hominum pars maxima, natam Criminis expertem, fecit cui nomcn origo, Longum expectato faceret quaî cxordia sa;clo De Judtc prognata sinu Bethleometica civL?. Jacobus Reimolanus, vulgo Kymolanus (m. 1508), carme flamand. A part ses Odes, U aurait écrit une Vie de S. Joachim. Vossius en fait mention dans son De Ilistoricis latinis, lib. m, p. 640.

xvies. Nicolaus Simonis, de Harlem, Provincial des Carmes, mort en 1511. Vita divœ Aitnœ, mentionnée par de Villicrs, 1. c, ii, 512.

1591. Laurent de Cuyper, Provincial des Carmes de Belgique, m. 1594, Véritable histoire de sainte Anne, ayeule de Notre Seigneur Jésus Christ, contenant sa 'jhiéalogie et sa vie. Outrage opposé aux litres fabulnix cotnposés sur le même sujet /Htr des écrivains pim sûrs. En flamand, Anvers, Jean Bellcre, 1591, in-16. Paqaot, t. XIII. p. 2.')0. Id. Anvers 1593.

1592. B. Annœ Chnsti Servatoris noslri Aviœ malemœ, ex optimis et vduslissimis Kcclesiœ doctoribus studione collecta Grncalogia et vita, snnotis hine omnib^tf confiais ({uas vetcrts igrwrarunl historiolis, au tore F. Laurentio Cupero, S. T. Licent.. Carmelitanim Infer. Germani* P. Provinciale. Antuerpia", apud loannem Bellerum ad insigne aquilrc aureje, 1592. 11 sur 8 centimètres, 158 p. sans le préambule.

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