‹ Le cœur des autres: trois actesChapitre 13 sur 77 · ACTE PREMIER, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER, SCÈNE II

MADAME CHAMBLEY

Si, si... Seulement je crois tout de même que vous aurez tort. Votre pièce, Daniel, voyez-vous... Vous pensez bien que je n'ai pas la prétention d'émettre sur elle un jugement littéraire. C'est sûrement très bien, très remarquable, supérieurement écrit ; mais ditesmoi, pourquoi est-ce que vous avez mis à la scène l'histoire de tante Solange ?

Tante Solange ?

MADAME ÇUAMBLBY

Oui, ma belle-sœur. Oh ! vous ne l'avez pas connue, elle est morte il y a de longues années... mais enfin» c'est moi, je me rappelle très bien, qui un jour, aux Sureaux, vous ai raconté son histoire et j'ai bien vu tout de suite qu'elle vous faisait beaucoup d'impression. Mais je n'aurais tout de même pas cru que vous vous en souviendriez de cette façon-là. Et alors que voulez-vous que je vous dise ? cela m'est extrêmement pénible,

ROSE, tendue

Voyons, maman.

DANIEI,

Il est fort possible, en effet, que ce récit que vous nous avez fait à la campagne, et dont je ne me souviens guère que maintenant, ait contribué à me donner l'idée de ma pièce.

i6 LE CŒUR DES AUTRES

. MADAME CHAMBLEY

C'est même certain.

DANIEL

Mais là, sincèrement... Qu'est-ce que cela peut vous faire ? Il n'y avait même pas d'intimité, je crois, entre cette personne et vous.

ROSE, vivement

Et puis, quand même ! enfin maman ; personne ne connaît tante Solange, personne n'aura seulement l'idée de faire ce rapprochement. J'ajoute d'ailleurs que l'héroïne de Daniel, de quelque façon qu'on juge sa conduite...

MADAME CHAMBLEY

Tu ne vas pas prendre sa défense, j'espère ?

ROSE

C'est une conscience dévoyée^ je te l'accorde.

MADAME CHAMBLEY

Pis que cela. Enfin, réfléchis, cette mère qui se fait la complice de sa belle-fille et va jusqu'à l'aider à rencontrer son amant. Là d'ailleurs, Daniel, vous dépassez la mesure, à mon avis ; en tous cas ma pauvre bellesœur n'a jamais poussé la complaisance jusque-là.

ROSE

Alors tu vois bien, les deux cas sont trop différents pour que personne songe à les rapprocher.

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