ACTE PREMIER, SCÈNE I
mais elles ne correspondent pas aux caractères qu'il semble avoir voulu leur donner. Tout le monde va trop jusqu'au bout de son être et de sa pensée dans le théâtre de Monsieur Meyrieux, et il en résulte pour les spectateurs une impression fastidieuse de monotonie et d'irréalité », etc., etc.
ROSE, interrompant
Je ne comprends toujours pas pourquoi tu me lis cet article. Ce n'est même pas spirituel, ce n'est qu'injuste et méchant. Tu ne vas tout de même pas me dire qu'il t'affecte ? Daniel... enfin cette fois-ci tu serais inexcusable de. te plaindre de la critique.
DANIEL
Je ne me plains de personne. Mais tu ne m'empêcheras pas d'attacher beaucoup plus d'importance à cet éreintement qu'à tel coup d'encensoir qui, selon toi, devrait me transporter d'aise.
ROSE
Eh bien ! laisse-moi te dire que je trouve cela idiot. Je ne parle pas du coup d'encensoir, naturellement- Mais qui sait si ce Paul Thomas n'a pas contre toi je ne sais quelle rancune personnelle qu'il satisfait comme il peut ?
DANIEL
Je ne Tai seulement jamais vu.
ROSE
Tu sais bien que ce n'est pas une raison.
DANIEL
Enfin ma chérie, il ne faut pas se boucher les oreilles, il est de fait qu'il y a des gens qui ont horreur de mes pièces. Des gens intelligents.
ROSE, malgré elle
Oui, je sais bien que tu ne parles pas d'Adolphe.
DANIEL, étonné
Qu'est-ce que ton frère vient f aire-là ?
ROSE
Il m'a dit de telles insanités tout à l'heure au téléphone que je ne te les répéterai même pas.
DANIEL, nerveux
Je t'en dispense.
ROSE
Certes, je me doutais bien d'avance qu'il ne comprendrait pas, mais quand je l'ai entendu dire que tu étais un auteur immoral...
DANIEL
J'aimerais surtout savoir ce que cela peut bien signifier dans son esprit. Mais pour en revenir à cet article, vois-tu, Rose... si c'était tout de même ce bonhomme qui avait raison ? Non, voyons, ne t'exclame pas. Et puis, malheureusement, ton opinion, c'est comme la