ACTR TROISIÈME, SCÈNE III
ROSE, comme à elle-même
Il ne me laissera même pas ça.
DANIEL
Cette espèce d'amour-propre mal placé m'étonne... Voilà qui est de la littérature, par exemple !
ROSE, de nouveau les larmes aux yeux
Comme tu es blessant !
DANIEL
Je te signale un travers, voilà tout.
ROSE
Le jour où je voudrais prendre des leçons d'humilité, ce n'est probablement pas à toi que je viendrai les demander.
DANIEL
Au fond me reproches-tu de t'avoir tout pris ou de t 'avoir tout donné ? Il faudrait pourtant s'entendre.
ROSE, à mi-voix
Je me demande si cela ne revient pas au même.
DANIEL
Je renonce à comprendre, (il s'absorbe de nouveau) Attraper avec un p... mais au fond... dis-moi, Rose, est-ce qu'attraper prend un ou deux p ? ça c'est idiot par exemple, voilà que je ne sais plus. D'ailleurs les doubles lettres...
ROSE, elle est venue s'asseoir devant lui à la table où il travaille — d'une voix tremblante qui s'affermit peu à peu
Daniel, écoute-moi ; tout à l'heure tu as fait semblant de ne pas me comprendre, ou enfin je veux croire que tu as fait semblant. Tu sais très bien que depuis quatre mois tout est change ici.
DANIEL
Depuis quatre mois... c'est à Jean que tu fais allusion ?
ROSE
Pas seulement à Jean.
(Daniel a un mouvement d'épaules comme pour dire qu'il ne saisit pas.)
DANIEL
Tu es vraiment sûre que c'est si pressé, ce que tu as à me dire ?
ROSE
Tout à fait sûre. Il n'y a pas un instant à perdre, d'abord parce que le courage... (eiu se mord les lèvres)
DANIEL Je t 'écoute. ( Ils' accoude et la regarde)
ROSE
Tu me regardes froidement, tu n'es pas bon. Oui, c'est peut-être une rançon. Je ne sais pas. (Un silence)
DANIEL, cherchant à maîtriser sa nervosité croissante
Alors ?