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CHAPITRE PREMIER LE « VÉRITABLE COUR FORCÉ

Samain le définit ainsi : « Dilatation brusque du cœur accompagnée d’un syndrome fonctionnel et organique d'insuffisance cardiaque au cours ou à la suite d’un effort sportif » en soulignant l’importance du mot organique.

Le fait des animaux forcés à la course (cerf, lièvre) est bien connu. Dans ces cas la rigidité cadavérique est immédiate et la putréfaction plus intense et plus précoce que normalement. L'autopsie n'a jamais révélé de lésion cardiaque et en particulier, jamais de dilatation ; au contraire le cœur est dense, globuleux. Par contre il existe une vasodilatation intense des capillaires et l’on constate la présence de suffusions et d’ecchymoses sous la peau et dans tous les viscères. Le sang est noirâtre, la coagulabilité troublée. Aucun organe n'étant forcé, la seule explication plausible de la mort est celle d'une intoxication suraiguëé. La viande de ces animaux est d'ailleurs nocive et l’on a cité des cas d’empoisonnement. Au laboratoire, les physiologis-

tes n’ont jamais pu réaliser le cœur forcé : après avoir fait courir des chiens jusqu’à épuisement complet, ces animaux, après un temps de repos variable, étaient capables de reproduire un effort analogue et aussi violent. Le cœur forcé n’a donc jamais été démontré chez l'animal ; son existence même est douteuse. RU Voyons les faits en pathologie humaine. Le cas le plus célèbre est celui du soldat de Marathon. Le 12 septembre 4go avant notre ère les Athéniens remportèrent sur les Perses dans les plaines de Marathon une victoire qui allait assurer l'indépendance de la Grèce. Un soldat fut dépêché pour annoncer: la nouvelle au peuple d'Athènes ; il fit au pas de course les 18 kilomètres qui séparaient les deux villes, et tomba mort en arrivant. D’autres sont plus. scientifiquement étudiés. Heckel cite le cas de deux coureurs algériens morts après avoir parcouru, l’un 192 km. en 45 heures, l’autre 252 km. en 62 heures. Dans ces deux cas, l’autopsie n’a montré aucune dilatation cardiaque. Ces faits sont analogues à ceux constatés plus haut chez les animaux et la mort n'est sûrement pas survenue du fait d’un « cœur forcé ». Samain constate qu'il n’a pu rencontrer dans la littérature aucun cas d'insuffisance cardiaque, apparue brutalement chez un sujet sain, après un effort et dûment vérifiée. Le plus souvent

les faits rapportés concernent un syndrome de collapsus à la suite d’un effort épuisant : le sujet est pâle, les extrémités sont cyanosées, le pouls filiforme, la tension artérielle effondrée, la respiration rapide et superficielle. IL serait alors indispensable de procéder à un examen radioscopique. Dans l’asystolie aiguë il y a pléthore veineuse, pulmonaire avec défaillance et dilatation du cœur droit. C’est l’analogie des symptômes présentés qui avait conduié Lagrange à créer son expression. Bellin du Coteau a appelé cette dilatation droite survenant sur un cœur sportif « l'hypertrophie avec dilatation providentielle » ; sans elle l'effort ne pourrait être terminé. «C’est grâce à elle », dit-il, « que jamais depuis 25 ans nous n'avons vu un seul cas de défaillance cardiaque survenir sur un terrain de sport.

Cette dilatation n’est pas confirmée par la Ro

pie, sauf aux hautes altitudes, ainsi que nous le

verrons. Alors que la notion de « cœur forcé » postule l'existence de lésions définitives, les signes de collapsus et de prostration que présente le sportif, après une épreuve particulièrement pénible, ne sont que provisoires : le repos, une thérapeutique cardio-tonique au besoin, ramène le sujet plus ou moins rapidement à son état normal. Il semble bien

que ce soient ces troubles passagers que Lagrange avait dénommés « cœur forcé ». Dans son ouvrage,

on trouve les expressions : « exercice forcé:», « respiration forcée », et l'existence d’une lésion brutale et définitive de l’appareil respiratoire serait assez difficile à concevoir en pratique sportive. D’après l’ensemble des auteurs, le cœur forcé au sens strict est rarissime, pour beaucoup son existence même est niée.

Nous pensons que les cas de mort. signalés plus haut sont, comme pour les animaux et d’ailleurs dans des conditions voisines, beaucoup plus le fait d'une intoxication générale que la consé. quence d’une insuffisance cardiaque subite, si le cœur était sain auparavant,

Sur un cœur pathologique, myocardite parfois méconnue, infarctus par exemple, en cas d’effort considérable, l'existence du cœur forcé semble possible. En cas de circonstances aggravantes, surmenage préalable, altitude, la mort même pourrait se produire. Le facteur altitude est important à considérer, ne serait-ce que par l’essor considérable des ports d'hiver,

En montagne, la fréquence du pouls est augmentée, surtout après l'effort. L’entraînement d’une. part, l’acclimatation à l'altitude d’autre part diminuent cette tachycardie. Au-dessus de r.500 m. l'augmentation de la tension artérielle est en général plus élevée qu'en plaine. En montage l'effort de-

mandé est plus grand et le travail excessif conduit beaucoup plus facilement à la défaillance cardiaque. Barcroft, cité par Piéry et Milhaud, a pu constater l'apparition facile de la dilatation du cœur à 4.300 mètres. Elle peut se maintenir 1 à 3 semaines, même après le retour en plaine, si elle est survenue à haute altitude. Cette dilatation prédo- -mine sur le ventricule droit. On conçoit dans ces conditions qu'une ascension rapide en téléférique, suivie d'un effort pénible comme une montée à skis, puisse aboutir à des accidents graves, parfois mortels, chez un sujet non entraîné.

Dans la pratique habituelle sportive, après un surmenage manifeste, le cœur forcé existe-t-il et, sans amener la mort, peut-il produire des lésions constatables avec pronostic plus ou moins sévère P C’est là tout le problème pratique du « cœur forcé ». Le fait ne paraît pas niable pour un cœur malade, puisqu'il existe, ainsi que nous allons le montrer, pour un cœur sain.

Richard cite le cas suivant : dès l'effort, le pouls s’accélérait fortement puis le sujet avait des signes de défaillance : essoufflement, douleur précordiale. Même après un effort tout à fait minime «il était obligé de s'asseoir pour reprendre son souffle, se comprimant des deux mains l’hémithorax gauche comme pour contenir un cœur qui se serait

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