ÉVOLUTION ET PRONOSTIC
Dans les chapitres précédents, où nous avons exposé les modalités cliniques du cœur sénile, il nous étaitimpossible de ne pas faire de nombreuses allusions à leur évolution. C’est elle, en effet, qui donne à l'affection sa caractéristique et si nous en dégageons l'essentiel, nous relevons les deux éventualités suivantes :
1° D'une part la cardiopathie sénile n'échappe pas à la règle générale de toute cardiopathie. Elle est vouée à l'insuffisance cardiaque terminale qui peut surgir avec toutes ses modalités.
— Tantôt celle-ci apparaît brusquement, sous forme d'un de ces accidents aigus et imprévus qui emporte le malade ou le laissent exposé à des jours d’infirmités, précédant de peu la mort qu'il s’agisse de crise d’angine subite et grave d'emblée, d’æœdème aigu, d’infarctus du myocarde, qui peut être la conséquence redoutable de l’artérite du vieillard comme de toute artérite ; l'issue n'en est pas moins redoutable et fatale ;
— Tantôt l'évolution se fait vers l'insuffisance ventriculaire gauche et l’on voit apparaître progressivement les symptômes fonctionnels connus, les œdèmes généralisés des congestions viscérales de l'asvstolie.
20 D'autre part, et c’est là le point qu’il importe de connaître, on est surpris de la tolérance, variable il est vrai avec chaque sujet, mais souvent anormale, du vieillard à l'égard de ses lésions.
Il est des signes qui chez l'adulte, annoncent la mort au bout de quelques mois, et le vieillard qui en est porteur se voit épargné pendant de longues années. Bien plus, on assiste quelquefois à des formes mixtes, à une évolution qui semblé brûler les étapes, puis qui s'arrête et se stabilise.
Ces faits ne sont pas l'exception. Il faut les connaître car ils autorisent tous les espoirs. Ils ont probablement leurs raisons profondes dans la vie calme et l’activité physique réduite du vieillard. Hs sont d’ailleurs si frappants qu'ils n'avaient pas échappé à la sagacité des cliniciens d'autrefois et dans leurs leçons, ils opposaient l’avenir de la myocardite sénile à celui de la myocardite des jeunes.
Certes, bien des accidents étrangers au cœur peuvent venir entrecouper celte évolution si longue et leur notion jeter une note moins optimiste sur l’avenir du vieillard. La sclérose, chez Jui, ne reste pas cantonnéé au cœur : elle frappe tout l'arbre vasculaire et tous les viscères ; elles les rend vulnérables à toutes les agressions morbideset infectieuses. Le vieillard peutmourir d’accidents pulmonaires, cérébraux, rénaux, et souvent ce sonteux qui mettent un terme à une évolution dans laquelle le cœur n’a pas dit son dernier mot.
Mais il ne s’agit pas ici d'étudier la mort chez le vieillard. Il s’agit de savoir ce que l’on est en droit d’atten-
dre du cœur, et encore une fois, à cet égard les espoirs les plus grands restent permis. Ainsi parlait Rigal dans les Cliniques de qui nous avons retrouvé des observations analogues aux nôtres.
Chez un de ses malades, ancien:arthritique âgé, qui. le consultait pour des irrégularités du cœur et du pouls, et où il notait l'existence d’un galop sans trouver, malgré ses investigations, de néphrite concomitante, Rigal vit l'orage s’apaiser et son malade, sous l'influence d’un repos passager et d’un régime modéré, reprendre une vie normale.
Ainsi, ditil, le vieillard se plaint d’un cœur qui n’est pascomplaisant mais il s’en accommode. Médecin, il satisfait à sa clientèle, chasseuril continue à chasser, homme du monde il ne déserte pas la vie mondaine, et dans celte activité surprenante, plus de dix ans s’écoulent sans qu'apparaissent les symptômes inquiétants.
Telle est également la note optimiste qui se dégage de certaines formes cliniques que nous avons déjà soulignées, des observations que nous avons compulsées dans les archives que notre maître Laubry a bien voulu mettre à notre disposition et où de nombreux malades étaient suivis pendant une période qui, quelquefois, atteignait vingtans. |
Telle est enfin également l'opinion de M. Laubrvy que : nous défendons aujourd’hui.
Pour comprendre au mieux cette évolution particulière du cœur sénile, il faut l’opposer aux grandes entités morbides cardiaques dont il ne s'éloigne guère par son expression clinique. Dans celles ci on trouvera,
comme dans le cœur sénile, des formes de myocardites généralisées ou localisées, des formes valvulaires ou des formes arythmiques, rien ne les distingue, au premier abord, des formes similaires que nous avons analysées dans le cœur sénile, mais l’évolution en es bien différente.
La comparaison n’est peut-être guère valable pour le rhumatisme cardiaque, encore que lesformes évolutives soient d’un pronostic sévère, et ne pardonnent pas, el qu’on les voit chez les jeunes aboutir rapidement à une infirmité incompatible avec la vie.
Il y a par contre, entre le cœur sénile et le cœur syphilitique des concordances frappantes qui s’expliquent, si l’on veut bien se reporter aux lésions le plus souvent en cause et voir que dans l’un et l’autre cas l’altération artérielle domine. Bien plus comme l'ont souligné Laubry et Routier, ces lésions sont souvent identiques et l’histologie est impuissante à les distinguer. Cliniquement, la syphilis cardiaque n’est qu’une sénilité précoce, mais ce qui les distingue, c’est l’évolution. Autant l’une est lente, trompant les prévisions, autant l’autre est brutale, rapide, souvent tenace et récidivant toujours malgré les arrêts que donne le traitement. Cela est vrai, non seulement pour les myocardites diffuses, mais aussi pour les myocardites régionales avec arythmie.
Autant le vieillard tolère une arythmie complète, un pouls lent, une sclérose progressive, autant l'adulte syphilitique frappé dans les mêmes condilions voit sa vie strictement limitée.
Quelles sont alors les raisons qui fixent, pour le méde-