ACTE. V, se. I
Mon œil, baigné de pleurs, vous interroge en yain ; Votre ame est sans courroux contre un sort inhumaia; Ce fils , qu'à votre amour rendait la destinée , A de nouveaux périls sa vie est condamnée ; Peut-être il paîra cher ce vain titre de roi , Et vous ne tremblez point, Czarine... Ah ! je le voi , Vous êtes reine;, et moi, je ne suis qu'une femme,, Faible , qui s'abandonne aux, transports de son ame ! Quand, malgré moi, je cède au trouble de mon cœur. Qui donne à votre esprit ce calme?
MARPHA
Le malheur.
Seule , vingt ans entiers , j'ai vécu loin du monde. Dans cet i3olement, dans cette nuit profonde , De mes jours languiftsans s'est éteint le flambeau , Et j'ai déjà subi l'épreuve du tombeau.
EUPHRASIE
Sans doute... Le cœur cède aux atteintes de l'âge : Aussi je m'étonnais que sur votre visage , Quand le Ciel vous rendit ce fils long-tems pleuré, Rien n'annonçât l'espoir en votre cœur rentré. Et pourtant un enfant que retrouve une mère, C'est tout un avenir, c'est une autre carrière, N'est-il pas vrai, Marpha?
MARPHA
C'est un trop grand bonheur, Que rarement le Ciel accorde à la douleur !
74 LE CZAR MSiETRIUS.
EUPHRA.SIS.
Marpha, de ce coté^ quel bruit soudain s'élève ! ^ai-je pas entendu le cliquetis du glaive ?
Quel sourd frémissement !
MARPHA
C'est letruît du combat ; La voix des chefs se mêle aux clameurs du soldat.
Écoutez... Tout se calme... Il semble qu'on soupire.
MARPHA
C'est la plainte de l'homme , à l'instant qu'il expire* Sa voix s'exhale alors, pareille aux derniers cris Que pousse un faibfe enfant paf le trépas surpris..* Je connais cette plainte...
EtPfiRASIE.
Ah ! vous versez des larmes!
Et votre cœur enfin partage mes alarmes.
Pleurer , pleurez, Marpha, j'ai besoin de vos pleurs ! Le sort nous réunit par d'égales douleurs.
* Mais je dois plus que vous redouter sa colère ;
* 11 menace à la fois mon épôiix et mon père.
* O toi , Dieu'qui m'entends , d'un propice regard .
* Du haut des cieux protège et mon père et le Czar .
* Pour eux dans ta bonté mon ame se confie.
S'ils succombent , je meurs ! L'im me donna Iîj vie ,
* os