SCÈNE VI
HERMANN
Vous arrivez à propros, monsieur Paimbœuf...
PAIMBŒUF
J'arrive toujours comme cela ! monsieur?..
HERMANN
Hermann... Madame d’Aulnay me parlait de vos confidences... 11 paraît qu’il y a beaucoup à dire sur le compte de la dame en question?
PAIMBOEL’F.
Des volumes!...
BARBIZON, se récriant.
Sur ma danseuse?... sur mon adorable danseuse?
PAIMBŒUF
Oui, il court sur son compte, une histoire d’épée et d’éperons trouvés, chez elle, par son mari.
BARBIZON
Ah! Monsieur... c’est faux! c’est une calomnie!
PAIMBŒUF
Diantre! comme vous vous enflammez, jeune homme!
BARBIZON
Monsieur, c’est ma première passion... car, je ne suis sorti que cette année seulement du collège Henri IV.
PAIMBŒUF
Et vous voulez prendre votre première inscription à l'école de l’Amour *?
BARBIZON
Oui!... Je suis sûr que je serai bientôt reçu docteur... mais, hélas 1 je ne sais comment m’y prendre avec uue jolie femme.
PAIMBŒUF
Oh! pour ça, ce sont les laides qui sont les plus difficiles.*
V BARBIZON
Monsieur, vous avez une bonne figure, vous seriez bien gentil de me donner des conseils?
PAIMBŒUF
Moi!., (a part.) Tiens! au fait, ce serait drôle!.. (Haut.) Comment donc! je n’ai rien à vous refuser...
Eh bien?:.
PAIMBŒUF
Mon avis est qu’en pareille circonstance, il faut tout de suite attaquer la bète par les cornes!
BABBIZON.
S’il agissait de son mari, je ne dis pas... »
PAIMBŒUF
A cause des cornes...
HERMANN
11 est facétieux, ce petit.
* B. P. H., assis près de la cheminée.
BAIIB1Z0N.
Ah! que j’étais fier en dansant avec elle!.. On se pressait, on s'étouffait pour nous regarder. Et tandis qu’on l’admirait... de' loin... je contemplais de près... sur l’albàtre de son épaule gauche... un adorable signe.
Vous n’ètes pas myope, vous.
HERMANN
Moi, j’en ai admiré un autre sur son épaule droite.
Tiens, elle a tant de signes que ça?..
BARBIZON*
-J’adore les signes... ça me fait penser à Jupiter.
Chez la petite Léda, n’est-ce pas?.. Vous avez fait de bonnes études. Et... lui avez-vous parlé?
BARBIZON
Mon Dieu, Monsieur, je n’ai pas osé... La première fois qu’on s’adresse à une femme, c’est si délicat... Cependant, en la reconduisant à sa place, je me suis écrié : « Il fait bien chaud, Madame. »
PAIMBOEUF, se moquant.
Oh! c’est bien hardi !
BARBIZON
J’ai passé comme cela ma main dans mes cheveux... Elle m’a répondu : « Oui, Monsieur... il fait bien chaud. »
C’est une femme perdue!
BARBIZON
Alors, je lui ai demandé la faveur d’une valse.
Vous l’a-t-elie accordée?..
BARBIZON
Je ne sais pas... on m’a marché sur les pieds... j’ai été obligé de m’éloigner... Et maintenant, je ne sais plus comment faire pour lui reparler.
Il faut réclamer votre valse.
BARBIZON
Mais elte ne m’a pas promis...
Vous lui soutiendrez, mordicus, qu’elle vous Ta accordée.
BARBIZON
Bravo! je soutiendrai... Ah! diable!., mais, le mari? vous avez dit qu’il y avait un mari !
Allez donc toujours!., ça lui fera peut-être plaisir!..