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Gros fûts de 600 litres

2. Cette amende représentait une valeur d'environ 50000 francs.

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Les mois se passèrent et le commerce cessa peu à peu faute de communications. Les Européens surtout, souffrant de cet état des choses, envoyaient message sur message au roi, qui restait impassible et n’avait pas l'air de s'apercevoir de ce qui se passait.

ll les fit appeler un jour à la Gore et leur fit transmettre une fois pour toutes sa réponse, dont voici la traduction à peu près littérale :

« Tout ce que font les Anglais m'est indifférent; nous vivons, moi et mon peuple, comme par le passé ; si les Européens souffrent de ce qui se passe, c'est à eux à vider la question. Je n'ai pas besoin des Européens, moi; s'ils s’en vont, je me passerai d’eux. J’ai les tissus que l’on fait dans mon pays; j'ai de l’eau-devie de maïs ; au lieu de poudre, j'ai des arcs. Je n’ai besoin de personne. Si les Anglais veulent prendre Whydah, je les laisserai faire ; mais ils sentiront bientôt ma force et ma puissance. Et si l’on me parle encore de cette affaire, qui ne me regarde pas, je vais défendre à mes sujets de rien vendre aux Européens. Moi aussi je mettrai le blocus ; je fermerai les chemins et les Anglais seront bien obligés de prendre les Européens sur leur navire pour les empêcher de mourir de faim. »

En effet, si le rof faisait ce qu’il disait en dernier lieu dans sa réponse, les Européens avaient, en plus du manque de commerce, la perspective de mourir de faim.

L'agent de la maison Régis, M. P. Germa, qui connaissait la fermeté du roi, savait que rien ne le ferait revenir sur sa décision. Il ne vit dans tout cela que de tristes résultats pour le commerce et écrivit aux chefs de sa maison, à Marseille, lesquels réclamèrent l'intervention du gouvernement.

Notre cabinet fit entamer des pourparlers avec lord Carnevon, ministre des affaires étrangères ; mais le temps passait sans aucun espoir de faire cesser prochainement la situation. Enfin, lasses d'attendre, les deux maisons françaises se décidèrent à avancer, au nom du roi, 200 punchons d'huile de palme (mai 1877).

Le blocus fut levé immédiatement. Il avait duré sept mois. Gièlè, en apprenant la levée du blocus, dit que cette huile n’arriverait Jamais au pays des Anglais. Le hasard lui donna raison : arrivé au cap des Palmes, le navire fut pris par un ouragan et sombra. L’accomplissement de sa prédiction augmenta encore

1. Gore, palais de justice, mairie, préfecture, dans les villes du Dahomey.

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le prestige du roi de Dahomey. Il n'était pas seulement grand poète et grand guerrier, le voilà aussi devenu grand prophète.

Dès que les Anglais eurent disparu à l'horizon, le roi se rappela qu'il avait une foule de pelits comptes à régler avec les négociants qui, par leurs signatures, avaient certifié un document écrit contre son gouvernement. Il les appela aussitôt à Abomey; les Européens ne répondirent pas à cet appel; les négociants brésiliens ou indigènes seuls s’y rendirent ayant peur de provoquer par un refus la colère du souverain.

Après trois mois passés dans l'attente, Glèlè les fit comparaître devant lui et leur parla de tout, excepté du motif pour lequel il les avait fait venir, arrivant ensuite à ses prétendus griefs, il les condamna tous à la prison, donnant à chacun un prétexte :

Julian-Félix da Souza, parce qu’il était allé aux Popos pendant le blocus ; Andrea Pitou, parce qu'il avait critiqué le gouvernement ; Francisco Rodriguez da Silva, parce qu’il avait accepté à déjeuner avec des officiers anglais à la maison Daumas et Lartigues ; Dorothéo, pour indiscrétion, etc. Chacun eut un motif plus ou moins plausible à sa détention, mais ils savaient tous que c'était pour avoir signé le procès-verbal du commodore.

L'un d'eux, Ignaço da Souza Magalhans, qui était resté à Whydah, fut puni d'une forte amende, enchaîné et emmené de force à Abomey. Sa faute était plus grave : on l’accusait d’avoir conspiré contre le chacha et le roi. Lorsque, après deux ans de captivité, on relâcha les autres, il fut gardé à Abomey avec le loisir de se promener dans la ville.

Chaque année, au moment des coutumes, l'usage voulait que les négociants et au moins un Européen par factorerie se rendissent à Abomey pour assister au spectacle révoltant des sacrifices humains. Îls s'en reltournaient écœurés et peu désireux de faire le voyage une seconde fois.

En 1878, le roi de Dahomey avaitratifié avec la France le traité de 1861 ; à la demande des Européens, une clause fut ajoutée, les dispensant à l'avenir d'assister à ces fêtes.

En 1883, le quatrième chacha mourait et était remplacé par Julian, dont nous avons eu deux fois déjà l’occasion de parler.

Julian-Félix da Souza était peu digne d'occuper ce poste ; d'une moralité plus que douteuse, capable de tout, il était fait pour abaisser encore, si possible, le prestige des chachas. Néanmoins, au début, il sut, on ne devine comment, gagner la confiance du

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roi ; le commerce des esclaves continuait comme par le passé et, sans lui donner une grande fortune comme au premier chacha, il lui procura une aisance que nous ne saurions qualifier d'honnète.

Dans un but d'intérêt, plutôt que pour reprendre l'influence que ses prédécesseurs avaient perdue, il se mit à s'occuper des affaires des Européens. Comme il avait l’air de prendre leurs intérêts à cœur, ils furent encouragés à avoir recours à lui et, graduellement, le chacha de Whydah redevint quelqu'un, comme au temps de Francisco F. da Souza. Il prit également un certain ascendant sur l'esprit du roi, qui finit par lui demander conseil et faire cas de son avis.

Il est étonnant que Glèlè qui, par sa police, connaissait certainement tous les agissements du chacha, ait pu lui accorder sa confiance.

Julian da Souza obtint du roi de Dahomey ce que jamais aucun chacha n’eût osé proposer. Sur ses conseils et après de longs essais de persuasion, Glèlè, oubliant l’indépendance qui lui était si chère, consentit à accepter le protectorat du Portugal.

Ïl va sans dire que le chacha s’était fait l'intermédiaire de cet arrangement moyennant un fort courtage en cas de réussite. Nous verrons plus tard que le roi était trompé et qu’il ne savait pas en réalité ce qu'il accordait au Portugal. Le traité fut signé en 1885.

Nous devons maintenant remonter, en vue des événements qui vont suivre, à l’origine du royaume de Porto-Novo, lequel va prendre une grande place dans notre récit.

Porto-Novo et son histoire.

La ville de Porto-Novo s'appelait Ardres au dix-septième siècle ; tous les voyageurs la décrivent comme une cité riche et commerçante. Elle était la capitale du royaume du même nom. Les rois habitaient à Allada qui était aussi une ville fort importante. Après la conquête du royaume d’Ardres par les Fons et son annexion au Dahomey, Agadja avait à sa merci tous les princes de la famille régnante. Sûr de leur soumission et voulant faire preuve de générosité, il confia à l’ancien roi d’Ardres des fonctions équivalentes à celles de gouverneur de son nouveau fief. Ces fonctions étaient transmissibles à sa famille par ordre d’hérédité.

Le royaume d'Ardres s’étendait fort loin du Dahomevy vers l’est;

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un gouverneur y était indispensable. Afin de toujours connaître ses agissements, le roi entoura le prince d’Allada' de gens dévoués au Dahomey. Toute tentative de rébellion eût, d’ailleurs, été inutile, le royaume d’Ardres étant peuplé de Fons et son ancienne population éparpillée chez ces derniers. Le roi de Dahomey avait fait grâce une fois, mais sa clémence n'allait pas plus loin.

Les princes d’Allada n'ignoraient pas que toute conspiration eût été la perte de la famille entière. Ils refoulèrent donc au fond du cœur toutes leurs idées d'indépendance et s’acquittèrent tranquillement de leurs fonctions.

Ardres ou Ardra-Offra fut pendant longtemps connu sous ce nom. Les Fons l’appelaient Anjachè et les Portugais Porto-Novo. C'est ce dernier nom qui lui resta depuis le dix-huitième siècle.

Les rois de Porto-Novo ne peuvent être considérés Jusqu'en 1843 que comme des chefs ou gouverneurs soumis au Dahomey. Étant en sous-ordre et incapables d'initiative, leur histoire est confondue avec celle du Dahomey jusqu’à la même époque. Aujourd’hui on en parle comme s'ils avaient été rois et indépendants, mais, en réalité, ils ne peuvent réclamer ce titre que depuis l’époque de Méji.

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