BROWN, LA BARONNE
BROWN
Eh quoi .' madame , vous vous arrachez aux plaisirs ! . . .
LA BARONNE
Oui.. . la chaleur. . . la fatigue. . . je voulais respirer ici seule un moment.
BROWN
C'est un désir que je respecterai , quoiqu'il m'en puisse co*'ler de vous obéir.
LA BARONNE
Vous me pardonnez , monsieur Brown ? . . .
BROWN
C'est moi qui serais coupable si je restais une minute de plus. ( // salue et sort.)
LA BARONNE , Seule.
Il n'est pas venu 1 . . . j'attendais I . . . toutes les danseuses avaient leur cavalier. . . lui, il m'avait oubliée ! • . . sans doute quelque autre femme attirait son attention ! . . . \'Valmoor!. . . que de grâces séduisantes... et que de légèreté dans le cœur!,..
que de peines il a prises pour se faire aimer! et que
d'insouciance pour cet amour qui trouble mon repos , qui me rend coupable, inquiète, malheureuse!... Lui, il est tout
pour moi ! et je ne suis pour lui qu'une femme de plus,
que bientôt une autre remplacera!. . . J'ai donné toute ma vie pour quelques heures de ses loisirs I... j'ai joué ma réputation
contre une fantaisie ! Ah ! pourquoi nous autres pauvres
femmes croyons-nous toujours trouver l'amour sous ces exprèssions gracieuses qu'on nous prodigue?. . . que de larmes ensuite ! . . . que de silencieux regrets ! . . . Air d^ Aristippe.
De faux plaisirs, d'hommages entourée,
Quand tous les yeux s'attachent sur mes pas ,
Dans un salon, malheureuse et parée,
Je dois sourire , en gémissant tout bas ,
Et de mon sort on vante les appas.
Pauvres femmes ! de notre vie,
Le monde, hélas! ne voit i]ue la moitié,
Et souvent celle à qui l'on porte envie, Est la plus digne de pitié.
Mais que vois-je ? . . . c'est le Baron . . . encore ce masque qui semble s'acharner après lui I . . . Comme mon mari paraît soucieux ! . . . Ah si je pouvais entendre.'*. . . Oui , c'est cela ! . . . d'ici je ne perdrai pas une parole.
( Elle se cache dans le cabinet à droite ■lu spectateur,)