TROISIÈME PÉRIODE
l’a GE DU BRONZE.
A l’âge de la pierre succède en Danemark une période où les habitants n’ignoraient plus ni l’existence des métaux, ni leur supériorité sur la pierre. Ils connaissaient, il est vrai, non pas le fer, l’argent ou le plomb, mais bien le cuivre et l’étain, qu’ils savaient fondre et combiner ensemble pour en faire le métal que nous appelons le bronze.
L’or aussi était connu, mais il ne jouait qu’un rôle bien secondaire. Le bronze au contraire servit à la confection de la plupart des outils et instruments; il fut, pendant la période qui porte son nom, la principale matière travaillée comme l’avait été précédemment la pierre.
C’est pourquoi nous disons que Y âge du bronze succède Cl l’âge de la pierre^ ce qui n’implique nullement l’idée qu’à la période où l’on ne connaissait pas l’usage des métaux en aurait succédé une autre où l’on ne s’était servi que du bronze et où l’usage de la pierre était tombé dans l’oubli. Au contraire, on continua toujours à employer la pierre pour un grand nombre d’objets, et c’était seulement pour les instruments et engins les plus importants, ainsi que pour les armes les plus belles, que l’on employait le bronze qui, du reste, devait coûter bien
deux tertres désignés sous les noms de Treenhœi et Kongehœi, et qui se trouvent près du Kongeaa, en Jutland. Dans chacun des tumulus avaient été enterrés deux personnages ayant l’un et l’autre un double cercueil fabriqué avec de magnifiques troncs de chêne. Les squelettes étaient presque entièrement détruits par l’humidité, qui avait au contraire conservé les vêtements. Il paraît que ces personnages s’habillaient presque à l’écossaise, du moins ils doivent avoir porté une espèce de jupon en laine et des bandes en guise de pantalon, à peu près comme en portent les guerriers sur les miniatures carlovingiennes, et en outre un manteau, un bonnet, et peutêtre aussi un châle. Avec ces vêtements furent trouvés des épées en bronze dans des fourreaux de bois, des couteaux en bronze, un peigne, des caisses, des gobelets et de petites caisses en bois, une boule d’étain, et enfin dans un des cercueils une petite pointe de flèche en silex. On voit un fragment du manteau au- palais du Champ de Mars (n° 596).
Une trouvaille faite à peu de kilomètres de ce tumulus, à Hoeirup, dans le Slesvig du nord, fournit également des squelettes dans des cercueils de chêne, avec des instruments en bronze.
Le Seeland n’a pas offert des découvertes moins intéressantes. Ainsi en 18â5 on rencontra dans un tumulus, à Hvidegaard, près de Copenhague, une tombe de la première période du bronze; elle fut fouillée en présence des principaux archéologues danois. Elle était disposée à une distance de plus de 3 mètres au-dessous de la cime du tumulus. Construite en pierres, elle avait une longueur de plus de 2 mètres; la largeur était du côté de l’est de 0'’",60, et du côté de l’ouest de Le fond
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était tapissé d’une couche de petites pierres en silex, sur laquelle on trouva d’abord une peau, sans doute une peau de bœuf, et par-dessus, outre un morceau de tissu qui contenait des débris d’ossements humains, une épée en bronze avec le fourreau en bois, couvert de cuir et en état parfait de conservation, et enfin un étui renfermant les objets suivants : 1° un fragment d’une perle en ambre; 2” un morceau de pierre rougeâtre; 3° une petite coquille, qui ne peut être autre que le conus Mediterraneus (Hvâss); elle est percée pour être portée comme pendant au cou; â*’ un fragment d’une pointe de silex, sans doute une amulette; 5" la queue d’un serpent [coluher lœvis)‘, 6° un petit cube de bois de sapin ou de pin, et 7° un couteau en bronze avec tranchant convexe et manche orné.
Les ossements appartenaient, d’après les recherches des savants, à un homme qui, à en juger d’après les objets placés à côté de lui dans sa tombe, devait être un personnage distingué, guerrier et sorcier en même temps. Le cube de pin fait présumer que cet arbre n’avait pas encore disparu complètement, d’où il résulte que l’époque où vivait ce sorcier est bien reculée (voyez p. 8). Cependant il se pourrait aussi que ce morceau de pin ainsi que la coquille aient été importés de l’étranger. L’existence du coniis Mediterraneus semble établir que le Danemark avait déjà quelques relations avec la Méditerranée.
La seconde période du bronze est caractérisée par l’incinération des morts, qui avait lieu parfois de la manière suivante : le corps du défunt était assez souvent placé avec ses armes et ses parures sur le bûcher construit exactement sur la place destinée à être le centre du tumulus; on allumait ensuite le feu et l’on recueillait à
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rares, et qu’on a faites dans toutes les parties du Danemark, on peut tirer la conséquence que ces monuments appartiennent à une époque antérieure à la période de l’âge du bronze où l’on incinérait les morts, mais postérieure à Fâge de la pierre.
Les études qui ont été faites pendant ces dernières années par M. Worsaae sur les monumens de l’âge du bronze ont porté beaucoup de lumière sur les commencements de cette période en Danemark. Il paraît ainsi qu’à l’origine du bronze on a enterré les morts d’une manière analogue à celle de l’âge de la pierre, c’est-àdire que l’on déposait les corps des défunts dans des chambres sépulcrales faites en pierre et couvertes par des tumulus; seulement ces chambres sont assez exiguës et ne renferment ordinairement qu’un seul squelette. En revanche, quelquefois plusieurs de ces petites chambres sépulcrales, ou plutôt de ces cercueils en pierre, se rencontrent dans le même tumulus.
Ces chambres olï'rent du reste à certains égards de grandes analogies avec celles de l’âge de la pierre; ainsi assez souvent on trouve répandue sur le sol une couche de silex qui ont passé par le feu, et sur ce fond se rencontrent des squelettes qui paraissent avoir été accroupis avant d’être ensevelis, exactement comme cela se pratiquait dans l’âge de la pierre.
Après cette classe de tombeaux il en vient une autre où la chambre sépulcrale, quoique toujours en pierre, n’est pas couverte d’une pierre, mais d’un en
bols. D’autre part, on a trouvé des squelettes avec des armes en bronze déposés dans une espèce à' encadrement en boiSy qui a très-souvent disparu, sauf quelques minimes fragments. Ces caisses ont été souvent couvertes
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de petites pierres qui semblent aujourd’hui reposer directement sur le squelette.
Enfin dans toutes les provinces danoises ,se rencontrent de grands cercueils en bois de chêne, formés de troncs creusés; ils contiennent également des corps humains qui paraissent avoir été enevelis dans des vêtements de laine.
Quant aux rites funéraires, ces tombeaux ne sont pas bien différents l’un de l’autre. Les corps y ont été déposés avec leurs instruments, leurs armes et leurs ustensiles, soit en bronze, soit en pierre; seulement en plus, au fond de la tombe on étendait des peaux d’animaux, ordinairement des peaux de bœufs.
Puis survint une nouvelle période où l’on brûla les corps et où on en recueillit les restes. Toutefois, on ne renonça pas d’abord à toutes les anciennes coutumes. Ainsi comme on avait autrefois enseveli les morts dans des vêtements de laine, on enveloppait maintenant les débris des ossements dans des pans de manteaux de même étoffe. Plus tard cependant cet usage devait à son tour disparaître, et l’on recueillit tout simplement les cendres et les débris des ossements dans des urnes. Gétte coutume se conserva jusqu’à la fin de l’âge du bronze, et en caractérise pour ainsi dire la seconde et dernière période, qui fut du reste la plus longue.
Il y a donc, en résumé, dans l’âge du bronze deux époques bien distinctes : celle où l’on enterra les morts tout simplement^ soit dans des petites chambres sépulcrales, soit dans des cercueils de bois, et ensuite celle où l’on incinéra les corps des défunts.
Une des trouvailles les plus remarquables concernant la première période du bronze fut faite en 1861, dans les
cher, surtout au commencement de son introduction dans le pays.
L’âge du bronze se caractérise dans plusieurs contrées de l’Europe par l’usage de l’incinération, c’està-dire qu’on brûlait les corps et qu’on déposait les cendres dans la terre, ordinairement renfermées dans des urnes ou des vases. Gela a eu lieu également en Danemark pendant la plus grande partie de l’âge du bronze; mais d’un autre côté il a été prouvé tout récemment qu’il y a eu avant l’introduction de cet usage une période où les morts continuèrent à être enterrés comme cela avait eu lieu pendant l’âge de la pierre.
On avait observé depuis longtemps que les dolmenstumulus, dont nous avons parlé dans le chapitre précédent, renfermaient assez souvent, au centre de la chambre sépulcrale, des corps humains enterrés avec des instruments en pierre et sans aucune trace de métal ; mais en revanche dans les mêmes tumulus, à la circonférence extérieure, surtout dans l’allée couverte des salles de géants, se rencontrent très-souvent des urnes funéraires contenant des cendres et divers objets en bronze; souvent aussi ces objets en bronze sont placés à côté de l’urne. Ces dépôts doivent, par conséquent, être postérieurs à l’érection du tumulus, ou en tout cas aux monuments qui se trouvent au centre; c’est-à-dire que la période où l’on brûlait les morts et où l’on déposait dans la périphérie du tumulus leurs cendres avec des instruments et armes en bronze doit être postérieure au temps où l’on inhumait les corps avec des armes en pierre.
Ce furent ces observations tant de fois réitérées qui portèrent M. Thomsen, le fondateur de l’archéologie nationale en Danemark, à établir qu’il y a eu une période
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OU l’on ne connaissait looint les métaux^ et qu’à cette époque en a succédé une autre où le bronze était le métal 'principal et unique. De plus, il trouva un rapport analogue entre le bronze et le fer, c’est-à-dire que dans des’ tumulus élevés pendant l’âge du bronze il y avait quelquefois, à l’extérieur, des tombes avec des objets et des armes en fer, fait qui, constaté partout, conduisit M. Thomsen à établir la théorie des trois âges préhistoriques successifs : l’âge de la pierre, l’âge du bronze et l’âge du fer. C’est ce système qui fut plus tard développé par M. WorsaaeS et qui est aujourd’hui reconnu par tous les archéologues qui s’occupent des temps préhistoriques et qui les regardent comme la base même de toutes recherches et études sur la civilisation de ces époques reculées. Il faut ajouter que les mêmes observations, recueillies en Suède, suggérèrent à M. Nilsson des idées tout à fait analogues. Des découvertes postérieures ont confirmé un nombre de fois infini la parfaite justesse de la théorie des savants archéologues Scandinaves.
Des fouilles différentes, faites principalement pendant ces dernières années, ont donné des résultats intéressants sur l’âge du bronze. On a découvert aussi que plusieurs tumulus, dans lesquels on trouve des urnes funéraires avec des instruments en bronze à la périphérie, contiennent au milieu, non pas des squelettes avec des instruments en pierre, mais bien des squelettes avec des armes et des outils en bronze. De ces trouvailles qui ne sont pas
1. M. W§rsaae a publié, entre tant d’ouvrages de premier ordre, un catalogue illustré des plus beaux morceaux du Musée des Antiquités du Nord ou Musée royal de Copenhague. C’est la seconde édition de cet ouvrage intitulé Nordiske Oldsager^ in-8°, Copenhague, 1858, que nous avons cité si souvent dans le courant de ce travail.
la fin les débris des ossements dans une urne. Le reste était laissé sur place, entouré de pierres et couvert de terre jusqu’à l’achèvement du tumulus. L’urne qui contenait les cendres était alors placée dans un autre endroit du tumulus. Ce procédé n’était pas le seul employé; les armes et autres objets de parure n’étaient pas toujours placés sur le bûcher, mais apportés plus tard et placés autour de Fume.
Le nombre des tombes datant de l’âge du bronze découvertes en Danemark est extrêmement considérable. Il existe des milliers de tumulus, et plusieurs contiennent beaucoup d’urnes funéraires. Une grande partie de ces tumulus ont été fouillés à diverses reprises et ont fourni une foule d’objets divers en bronze. Le musée de Copenhague ne possède pas moins de six cents épées remontant à l’âge du bronze.
Les tombeaux ne sont cependant pas les seuls dépôts où aient été rencontré des objets en bronze; d’autres trouvailles non moins intéressantes ont été faites dans les tourbières et dans des terres cultivées, principalement sous de grandes pierres. On y a découvert dilïérents objets tels que des vases en bronze ou en or, de grandes trompettes, des plaques en bronze, des objets de parure et enfin des quantités d’armes et d’ustensiles parmi les monceaux de métal brut, de moules et de restes du jet.
Les trouvailles de ce dernier genre ne sont pas rares; on en a fait dans toutes les provinces danoises, et, assez souvent, ces dépôts ont fourni une riche moisson. Ainsi à Smoerum-oevre, près de Copenhague, on a découvert en 1851 9â haches à talon, 3 haches à douille,
1 poignée d’épée, 1 couteau, 1 aiguille, 2 boutons et 60 pointes de lances ou de piques. A Blaere on découvrait
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en 1838 un vase en argile, un peigne, trois barres de bronze et les restes de deux jets.
On a considéré longtemps ces assemblages d’antiquités comme des dépôts cachés par des fondeurs en métaux, lors d’une invasion ennemie, et que diverses circonstances les avaient empêchés de retirer; quant aux autres trouvailles ne comportant pas trace de fonte, on les regardait comme des trésors enfouis par leurs propriétaires ou par des voleurs.
Cette supposition n’est pas tout à fait invraisemblable. Il y a des dépôts qui peuvent bien avoir été des trésors cachés par des fondeurs ou par d’autres personnes ; mait en revanche il y en a beaucoup d’autres qui ne paraissens pas pouvoir être expliqués de cette manière, car on rencontre des amas considérables d’objets en bronze, sans qu’il y ait aucune trace de fonte; il n’y a là ni moule, ni jet, ni métal brut. Les objets sont brisés, il est vrai, ce qui pourrait faire supposer qu’on allait les fondre; mais ils sont enveloppés avec soin^dans des caisses en bois, ce qui exclut l’idée d’une préparation pour cette opération.
De plus, il y a très-souvent dans ces dépôts des. objets qui n’ont pu être affectés à aucun usage; le métal est si mince, qu’il aurait été brisé par le moindre choc (voyez par exemple la hache en bronze du musée de Copenhague^ figurée chez Worsaae, p. 28, n° 112); ils sont du reste entièrement neufs, ce qui rend impossible la supposition qu’on avait l’intention de les fondre immédiatement. Or ils ne peuvent pas être employés dans la vie quotidienne; mais s’ils ont dû servir, cela ne peut être que comme ex-voto. En outre, il faut remarquer -u’on trouve quelquefois des bracelets en bronze réunis
par un filet en métal ; les vases et les trompettes [louri<) se trouvent également deux ou même plusieurs ensemble.
On observera encore que les -objets retirés des tourbières et des terres cultivées sont de tout autre nature que ceux qui sont extraits des tombeaux. Certains objets, tels que les grands lours, n’ont jamais été trouvés dans les tombeaux, et d’autres, les vases à suspension par exemple, ne s’y sont rencontrés que très -rarement. Ainsi parmi les 3A vases à suspension que possède le musée de Copenhague (comp. Worsaae, p. 61 à 62, n°" 281 et 283), il n’y en a que deux qui proviennent de monuments funéraires, les 32 autres sont tirés des tourbières ou des lerres cultivées. Quant aux plaques désignées sous le nom de iululi, une seule a été trouvée dans une tombe; le reste provient des tourbières. Les lours se rencontrent ordinairement deux ensemble dans les lacs ou marais. Parmi les vingt-quatre exemplaires qui sont au musée de Copenhague, deux des plus beaux proviennent de la tourbière de Maltbek, en Jutland, d’où on les a retirés il y a quelques années; ils reposaient au-dessous de la tourbe, dans une couche de sable qui paraît avoir formé, pendant l’âge du bronze, le fond d’un lac transformé en tourbière par la suite des siècles (comp. p. 8). On trouve dans la même couche de grands troncs de chênes qui paraissent avoir crû autrefois sur les bords du lac et avoir été engloutis successivement. Une autre tourbière, celle de Lommelev, dans file de Falster, a fourni un bouclier de bronze très-bien conservé, deux lours ou trompettes malheureusement endommagées, et enfin deux épées cassées. Quoiqu’il soit présumable qu’elle contienne beaucoup d’ossements, cependant elle n’a pas encore été l’objet de
fouilles systématiques. Eu 1865, on a découvert près de ^ Noerre-Snede, à l’ouest de la ville de Horsens, en Jutiand, deux magnifiques lours qui se trouvent maintenant au musée de Copenhague.
On remarquera que tous les objets recueillis en dehors des tombeaux, soit dans les tourbières, soit dans les terres cultivées, sont ordinairement bien détériorés ; les lours sont brisés, les vases cassés, les tutuli endommagés; on peut s’en convaincre en .examinant de près les différents numéros de ces classes à l’Exposition, ainsi que les fac-similé. Cette circonstance ne peut pas être due au hasard, il doit y avoir eu là une intention, un but; mais lequel ? Il est extrêmement difficile de le dire. Cependant, en groupant les faits que nous allons exposer, nous pourrons peut-être émettre une hypothèse plausible.
Remarquons d’abord que les objets trouvés dans ces dépôts sont justement de nature à avoir pu servir à des sacrifices et festins religieux; ce sont en effet des vases pour les offrandes, des lours pour la musique, des pains de poix tirés en grande partie de l’écorce du bouleau et qui paraissent avoir servi comme encens, etc.
Notons ensuite que les objets fournis par les tombes sont très-souvent détériorés ; les épées sont brisées, les aiguilles roulées ensemble, etc. Ainsi à Idurn^ en Jutiand, et dans l’île de Foehr, on a découvert des urnes funéraires avec des épées et autres objets en bronze rompus et endommagés à dessein. La reproduction du même fait dans les tombes aussi bien que dans les tourbières ne peut pas être simplement fortuite, elle ne peut être due qu’à un seul et même motif qui, selon toute vraisemblance, a été de nature religieuse. Il paraîtrait que c’est
après des sacrifices et des grandes fêtes célébrées en l’honneur des dieux qu’on aurait déposé, soit dans la terre, soit dans un lac, les objets et les instruments de musique dont on se serait servi pour la cérémonie. Les dépôts attribués aux fondeurs ont très-probablement une origine analogue, c’est-à-dire que des ouvriers, après avoir terminé leur travail, auraient déposé, comme une dîme aux dieux du ciel ou de l’enfer, une partie de leurs instruments et de ce qu’ils avaient fabriqué. Quant aux autres dépôts d’objets isolés, ils semblent avoir été faits dans un même but religieux; le guerrier aurait offert une partie de ses armes, la femme de son côté aurait sacrifié quelques objets appartenant à sa parure, etc.
Ces dépôts ne sont pas en Danemarck particuliers à l’âge du bronze seul; on les rencontre également dans d’autres pays. Nous en avons déjà mentionné de semblables effectués dans l’âge de la pierre, et nous en trouverons plus tard dans l’âge du fer. D’autres contrées ont fourni des assemblages d’objets du même genre, notamment les stations lacustres de la Suisse, qui présentent une masse considérable d’objets déposés dans une intention visible. Le musée d’Amiens possède une collection très-intéressante de bronzes découverts dans une tourbière près de la ville; plusieurs de ces bronzes sont endommagés exactement comme ceux du Danemark. Il est présumable que tous ces dépôts ont aussi été faits dans un but religieux.
Cette explication du reste n’est pas sans fondement; les auteurs romains nous apprennent expressément que chez divers peuples on entassait des objets de ce genre, soit sous la terre, soit à sa surface, soit au fond des lacs, et cela dans des intentions religieuses. Nous citerons
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d’cTbord Jules César, qui raconte {B. G., vi, 16-17) que les Gaulois, lorsqu’ils allaient au combat, promettaient à l’avance le butin à leur dieu de la guerre et qu’ils exécutaient scrupuleusement ce vœu. Personne, ajoute- t-il, n’osait toucher à ces dépôts sacrés. Ce récit s’accorde avec un passage de Diodore de Sicile, qui rapporte avec quel scrupule superstitieux les Gaulois respectaient les trésors sacrés.
Strabon le géographe raconte de son côté (iv, 1) que les Gaulois avaient pour habitude de déposer des trésors d’or et d’argent dans des lacs sacrés. Ces témoignages ne concernent pas le Danemark, il est vrai; mais d’après ce que nous apprennent le scoliaste d’Adam de Brême et quelques sagas islandaises, le même usage régnait dans le nord Scandinave. Enfin, comme l’a fait observer dernièrement un savant français, M. E. Beauvois, il y a un passage dans Orose (v, 16) qui pour le sujet qui nous occupe est plus important que tous les autres; il a trait aux Cimbres qui , d’après ce qu’on suppose , doivent avoir eu certaines relations avec le Danemark et avec les tribus qui ont peuplé ce pays vers le commencement de Père chrétienne. Suivant ce chroniqueur, les Cimbres , victorieux des Romains , auraient pillé le camp de leurs ennemis; mais, continue- 1- il, cela ne fut pour eux d’aucun profit, car ils jetèrent dans les fleuves tous les objets précieux en or et en argent qu’ils avaient enlevés.
Les objets qui datent de l’âge du bronze sont extrêmement nombreux en Danemark et nous mettent à même de nous former une idée assez nette de la civilisation et de la façon de vivre de la population de la contrée à cette époque. Nous allons énumérer, comme nous l’avons fait
pour les autres périodes, les productions de l’industrie et de l’art dans Fâge du bronze.
A. Habitations. Elles étaient probablement en bois, comme dans les périodes précédentes (p. 31 et p. /i9).
B. Vêtements. Les pauvres s’habillaient sans doute de peaux ou de pièces de cuir, les riches portaient des vêtements de laine. Ils paraissent avoir eu un costume analogue à celui des Écossais, c’est-à-dire jupon, bandes autour des jambes, châle, bonnet, etc., le tout en laine (voyez p. 6*2).
G. Instruments pour la vie quotidienne.